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Bibliocoaching, ou comment j’ai failli arrêter de lire

Victor De Sepausy - 29.12.2016

Livre - bibliocoaching lecture stimulation - comportement développement personnel - soigner esprit humeurs


Depuis les premiers temps de la bibliothérapie, les livres font l’objet de nouvelles approches. Le bien-être par les livres, la formule est séduisante. Les méthodes plus étonnantes. Le bibliocoaching (attention, marque déposée) est un concept défendu par Émilie Devienne. Et son dernier ouvrage pose les bases des « livres à lire pour éclairer [sa] vie ». 

 

 

 

En trois étapes, le bibliocoaching donnera au lecteur les outils pour associer lecture et mieux-être. L’auteure les résume assez simplement : « Aider à vous interroger sur cette drôle d’activité qu’est la lecture en ce XXie siècle agité, troublé, numérique et virtuel. » Ah, tiens... Mais pas seulement : le bibliocoaching sert de guide pour savoir « comment choisir un livre » qui deviendra un support d’autocoaching. Et surtout, se servir des ouvrages « pour avancer dans votre réflexion et vous permettre de passer à l’action ».

 

Le programme est dense, et, pour ce faire, le livre présente une multitude de témoignages d’éditeurs, d’auteures et de libraires, qui tour à tour viennent apporter leur pierre à l’édifice. Attention toutefois : il s’agit de lire des livres d’auteur/écrivain. Ou, comme le définit Émilie Devienne, « toute personne qui a pris le temps de plancher sur un sujet et de le servir par des mots, tout en ayant eu la reconnaissance de ses pairs par une publication en bonne et due forme ».

 

Tout ce qui touche à l’autopublication serait alors renvoyé aux escoubilles, peu crédible ou pas reconnu donc. Un premier pas vers l’élimination progressive : c’est que le bibliocoach est avant tout là pour faire du tri.

 

Chaque chapitre du livre – ou Étape – décortique donc la méthodologie à suivre : Pourquoi lire... et pour quoi ?, Choisir un livre, Faire équipe avec son livre. Puis, suivent autant d’approches thématiques associées à des ouvrages : deuil, désir, retraite, vieillir, et ainsi de suite.

 

Mais attention (bis) : on lira avant tout sur papier. D’abord, parce que le format du livre audio ne semble « pas le plus approprié pour les fins qui nous concernent ». Entendu. Le livre numérique, « aucun souci », mais uniquement si l’on a une « âme de geek », que l’on a mal au dos, ou que l’on manque d’espace. Mais dans l’ensemble, le format est plutôt dévalorisé. Du tri, toujours du tri.

 

On l’a compris dès les premières pages, la lecture bibliocoachée est avant tout « pratico-pratique » : pas question de plaisir, ici on appréhende le livre comme un marteau pour taper sur un clou. Et que les foudres de Zeus s’abattent sur qui prétend ne plus avoir le temps de lire : « Seriez-vous, là encore, dans une forme d’évitement, de résistance ? Il y a fort à parier que oui. [...] Vous n’avez rien de mieux à faire que de lire ! »

 

Bien entendu, le bibliocoaching ne sert pas à soigner au sens propre, mais à accompagner un état d’esprit, et se sentir mieux : du développement personnel par la lecture, en somme. 

 

Ce qui épuise à la lecture de ce livre, c’est le sentiment d’autosatisfaction qui en découle. Cela, ainsi que des chiffres assénés sans aucune référence – ou encore ce smiley en milieu de page. Vraiment ? Autosatisfaction qui ira jusqu’à cette note 39 (p. 189)

 

Un mot en forme de clin d’œil pour vous signaler que je n’ai cité aucun de mes livres. Sur la bonne vingtaine que j’ai eu la chance de concocter depuis plus de quinze ans, j’aurais pu. Mais vous me lisez déjà depuis des pages, n’abusons pas !

 

 

Quid ? Pourtant, p. 47, le lecteur est bien renvoyé à la lecture d’un « autre de mes ouvrages, 50 exercices pour prendre la vie du bon côté ». 

 

Le bibliocoaching a certainement de l’avenir : la lecture en avait avant que l’on n’invente ce concept. Outre les erreurs de jugement et les poncifs que le livre accumule, le « je » permanent est aussi épuisant pour l’esprit. On en sort avec le sentiment d’avoir été gentiment infantilisé au fil des 200 pages de cette bibliothérapie.

 

L’articulation de citations, d’extraits et de commentaires, même avec un chapitrage solide, ne fait pas tout. Sur le fond, on rêve de cette guérison par ordonnances littéraires. Dans les faits, on répondrait volontiers à la question de la page 153 : « À quel moment ai-je décroché ? » Simplement quand j’ai senti que ce livre allait me dégoûter de la lecture.


Pour approfondir

Editeur : Leduc.S
Genre :
Total pages : 208
Traducteur :
ISBN : 9791028502782

Bibliocoaching

de Emilie Devienne

Découvrez la méthode originale d'auto-coaching par les livres !Mieux se connaître, réfléchir sur ses amours et ses amitiés, améliorer ses relations à ses parents mais aussi à ses collègues de bureau, ou comprendre son mal-être... tous ces grands thèmes de la vie sont au cœur des livres. 30 thèmes d'auto-coaching sont éclairés ici par plus de 150 romans, essais, titres de développement personnel, afin d'apprendre par vous-même à tirer le meilleur de vos compagnons de route, ces livres qui vous veulent du bien.En 3 étapes simples, cet ouvrage vous aide à y voir plus clair dans votre vie : Comment bénéficier de la sagesse des livres ;Bien choisir la ou les bonnes lectures en fonction de vos questionnements ;Passez à l'action grâce à de petits exercices simples et ludiques. Grâce aux témoignages de nombreux contributeurs, auteurs, librairies, éditeurs, vous serez entouré de conseils précieux pour trouver les bons livres, en retirer des leçons, et vous auto-coacher grâce à vos lectures ! Pour aller mieux et être plus heureux, livre après livre !

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