Bic et autres shorts, Vitaliano Trevisan

Clément Solym - 07.11.2008

Livre - Bic - autres - shorts


Les shorts sont les ancêtres lointains de nos clips vidéo. Du rapide, bref, immédiat, instantané : en clair, pas le temps de faire de chichis, faut que ça pulse. Un peu comme la nouvelle peut être un condensé du roman, penserait-on. Non, sûrement pas. D'abord, la nouvelle est un récit qui n'a rien de commun avec le roman, compose avec ses nécessités propres et rien n'est plus agaçant que d'entendre dire qu'une nouvelle aurait pu être « allongée en roman ».

Ensuite, le short, retranscrit en littérature, cela passe de l'immédiat au foudroyant. Deux pages, et c'est plié. Souvent en laissant le lecteur pantois : on a l'impression d'assister à une sorte de speed dating littéraire, dans lequel on ignore si l'on est vraiment en mesure d'être séduit. Et pourtant...

L'histoire d'un briquet Bic, passé de mains en mains, celle d'une ferme montée par deux amoureux, un vieux traumatisme d'enfance ayant trait aux anguilles ou encore un hurluberlu qui vous raconte plus de 20 ans après sa mort qu'il prend chaque jour des verres avec Samuel Beckett. Pour d'autres, il s'agira de mourir avec un bon café et une cigarette à la main, de vivre avec la malédiction des trèfles à quatre feuilles ou de résoudre les angoisses de sa jeunesse, et du loup qui vit dans le placard à balais...

Ces histoires démarrent toutes en trombe et (s')explosent littéralement sur le lecteur. Avec des récits aussi brefs, on n'aurait pas le temps d'entrer que l'on serait déjà expulsé de cette trame, sans avoir eu le temps de s'attacher sur la longueur, ni de prendre le temps. Et pour cela, Bic, le tout premier récit met immédiatement dans l'ambiance. Là encore, et pourtant...

Il ne faut pas s'imaginer que l'on perd son temps : tout est si condensé que les pages défilent comme un paysage en train, mais voilà que, oh, oui, pas la peine de poser ses bagages, il faut déjà descendre. C'est assez déstabilisant. Mais c'est brillamment réalisé.

Si Vitaliano nous laisse en permanence, ou presque, sur notre faim de lecteurs consuméristes, qui avalent des pages, comme des routiers les kilomètres, ici, malgré les apparences, on prend le temps de savourer. Toutes les histoires sont si denses, que le moindre mot a une importance, et que passé l'expérience de la première nouvelle, on se rend compte que tout va finir très vite si l'on continue de tourner les pages, sans se ralentir et s'obliger à savourer des récits qui prennent de short, pardon, de court..

Après, de savoir si ces histoires sont intéressantes ou non, la réponse normande serait la plus raisonnable : tout n'est pas bon à prendre, ou ne plaira pas. Mais pour le lecteur enthousiaste, l'ensemble peut s'apprécier sans peine. Il se dégage un humour léger ou une cruelle fatalité – ce qui n'est d'ailleurs pas incompatible, au sein d'un récit de trois pages, et tendrait à prouver la virtuosité de Vitaliano – qui marque chacun des textes et ne manque pas de vous toucher.

La vitesse n'enlève rien au plaisir, ni même à l'implication dans les nouvelles. Comme disait un empereur philosophe : « Hâte-toi lentement ! » Avec Vitaliano, on redécouvre un sens à cette expression.