Big fan, Radiohead, la fin du monde et moi de Fabrice Colin

Clément Solym - 11.03.2010

Livre - Big - fan - Radiohead


Vous ne rêvez pas du futur album de Radiohead ? Vous n'avez pas écouté 1111 fois Idiotheque ? Vous êtes en danger. Bill Madlock était un big fanatique. Convaincu que « Radiohead jouait pour sauver le monde » (p.216) et que Thom Yorke est un prophète. Celui que l'on surnommait « gros tas », « gros lard », « Hippo » ou encore « Gros Bill », est un solitaire qui s'est projeté dans un culte sans borne pour le quintet de Thom Yorke.

Dans Big Fan, 3 histoires se chevauchent. Il s'agit de la biographie du groupe Radiohead, formation rock alternative incontournable aux 30 millions d'albums vendus, de lettres de Bill Madlock adressées à Fabrice Colin, une des rares personnes (en dehors d'irréductibles écumant les forums dédiés à Radiohead sur lesquels l'auteur a pris connaissance du cas Madlock) à s'être focalisée sur Bill Madlock.

Ce dernier avait tiré deux balles au dessus de la foule lors d'un concert de Radiohead le 25 juin 2008 au Victoria Park de Londres. Il pensait que la police du Karma menaçait même Thome Yorke et les siens et a grièvement blessé une personne. Madlock a été interné en psychiatrie, à Grendon. Un troisième récit reconstitue donc logiquement l'itinéraire de Bill Madlock. Big Fan contient une postface de Fabrice Colin, particulièrement éclairante et bienvenue.

Le discours de Bill Madlock est ahurissant. D'ailleurs, Fabrice Colin est légitimement bien incapable d'expliquer la naissance d'une telle folie : Peut-être que Madlock n'a pas pardonné à sa mère d'être une adepte des Beatles. Sans doute a-t-il perçu un écho aux romans apocalyptiques qui peuplaient ses phantasmes de fins du monde dans les textes de Radiohead. Incapable du moindre discernement, Bill Madlock aurait très bien pu porter son attention sur Public Enemy ou sur Chantal Goya, les interprétations tirées de ses écoutes, auraient donné un résultat tout aussi surprenant. « Thom Yorke est le fils caché de George Orwell, de Franz Kafka, de William Burroughs et de Jim Morrisson, chers amis. Transcrite en alphabet morse, la ligne de batterie de Reckoner diffuse un message d'une étonnante clarté, enjoignant tous les Tories d'Angleterre à un suicide de masse. » (p.164)

A cet égard le rapprochement de 1984 d'Orwell et de la chanson Karma Police constitue le matériau de base sur lequel Bill Madlock a édifié des théories exclusives, aussi abracadabrantes qu'irréfutables. Buvant les paroles de Radiohead, vivant au rythme de la musique du groupe originaire d'Abingdon, le décès de sa compagne Karen, elle-même amante de Radiohead, a consolidé l'univers clos habité par Madlock. Il a ainsi assemblé un magma de fabulation rendant la lecture de Big Fan aussi effrayante qu'un tueur en série lâché dans un supermarché, un samedi après-midi.

La biographie de Radiohead rédigée par Colin conserve les annotations apportées par Bill Madlock. Ainsi on peut lire, entre autres : « Ne continue pas à lire ce livre. N'essaie pas de le publier. C'est mon avis, mec. Tu donnes du groupe une image faussée : une image bourgeoise, coincée, hésitante. […] Si c'est pour écrire de telles inepties, tu peux tout aussi bien te lancer en politique ou devenir testeur de somnifères. Vous êtes vivants et je suis mort, ce genre. » (p.136) Ceux qui connaissent bien l'histoire de Radiohead ne trouveront pas forcément de révélations fracassantes dans cette biographie. D'autant plus que la biographie s'arrête à Kid A. Serais-je d'accord avec Bill Madlock ? Est-ce grave docteur ?

L'auteur de Dreamericana et de Sayonara Baby livre avec ce Big Fan une écriture racée, parfaitement maîtrisée qui se paie même le luxe d'une biographie de Radiohead bourrée de clichés journalistiques n'ayant pas échappés à Madlock ! Big Fun ! Sous la plume de Fabrice Colin, Bill Madlock a assurément des airs de Patrick Bateman. Parfois, il nous terrifie autant que Jack Torrance ! Difficile de croire que Radiohead est derrière tout ça.

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