Bijoux de familles, Laurent Maréchaux

Clément Solym - 25.08.2008

Livre - bijoux - famille - Laurent


La vie, comme un fil ténu qui raccroche malgré eux des êtres imbriqués dans une toile sylvestre : celui de l'arbre généalogique. Certaines cases manquent d'une photo, d'autre d'une date de naissance, d'un lieu, mais comme on nous le rappelait, c'est important l'identité, ça fixe la personne que l'on est. En partie.

Pour Sacha Ivanov et Victor Bornstein, une nouvelle vie s'engage, tirant ses racines de la Russie, pour s'exiler désormais vers les facultés parisiennes et l'existence dans la capitale. Et pour les études, ce sera médecine : sait-on jamais, on a toujours besoin d'un médecin dans une famille. Ça rassure, ça apaise, et puis, le siècle vient de commencer, avec ses lumières et ses promesses. On quitte l'âge ancien pour un renouveau industriel, résolument moderne.

Voilà pour qui vit l'histoire. Et pour nous qui connaissons l'Histoire, on sait quels sont les drames qui se dérouleront en 14-18. Par ferveur, par obligation, nos deux jeunes Russes s'engageront et une fois séparés, devront mener leur arbre généalogique vers de nouvelles ramifications.


« Il partit. Il revint », écrivit Flaubert (L'éducation sentimentale). Et en revenant, même de la guerre, surtout de la guerre, il faut vivre, réapprendre le monde. Se trouver une femme, un passé, une existence qui nous convienne quand on sait qu'il nous reste, justement, toute une vie à éprouver. Fonder une famille pour que d'autres branches se forment. Être heureux, un peu. Si l'on a le temps, entre deux guerres...

Dans ce récit narratif quasi à l'extrême, tant les séquences dialoguées sont rares, on voit défiler tout un siècle aujourd'hui enseigné, rabâché, détaillé. Mais en entrant dans la petite histoire des petites gens, on lui donne un sens nouveau : celui des familles qui l'ont parcouru, des gens qui ont fait l'histoire, en toute ignorance de causes.

Bijoux de famille – quel joli titre !, si chargé d'une ironie triste – n'est pourtant pas un bête roman historique qui dresserait le tableau séculaire moult fois ébauché par des peintres pas toujours doués. Il n'est pas non plus une plongée obscène dans l'intimité d'une famille qui se construit, se définit progressivement, vit, meurt, survit et pleure. Rit parfois. Plus rarement.

De l'ensemble, il se dégage comme une tristesse chargée de ce que l'on voudrait être de l'espoir. Que l'on redoute être un fatalisme ou une croisée de destinées pré-écrites. Le drame de la littérature est là : quelle part d'alternatives, quand le hasard, moins que partout ailleurs, ne saurait exister. Et pourtant, on les accompagne de bon coeur, on les suit, comme l'on découvrirait les siens, ses ancêtres, au gré d'alliances, de mariages, de ruptures, de séparations...

« C'est la vie », conclurait-on bêtement, un lot de souffrances. Belle lapalissade. Pierre, qui sera le dernier à prendre subjectivement la parole conclut bien mieux : « Il est urgent de vivre. » Et il est tout aussi urgent de découvrir ce livre, pour qui aurait encore un peu mal à ses ancêtres.

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