Blacks out : un jour sans immigrés

Mimiche - 28.04.2015

Livre - Littérature italienne - racisme - xénophobie


Le 20 mars au matin, Valentino Delle Donne se réveille complètement déboussolé. Il a bien dormi mais trop longtemps. Nina est déjà partie mais c'est normal : elle se lève tôt quand elle part à sa gym. Mais Mary, la femme, originaire des Philippines, qu'ils emploient à la maison aurait dû le réveiller depuis longtemps.

 

En catastrophe, Vale s'éjecte du lit et, Mary restant injoignable au téléphone, fonce au bar de Leo pour prendre un café et un croissant. Mais : pas de croissant ! Leo n'a pas été livré ce matin !

 

Mis de mauvaise humeur par le régime sec qui lui est ainsi imposé, Vale fait le détour par le kiosque d'Alfredo pour prendre ses quatre quotidiens avant de rejoindre la rédaction du journal où il travaille. Mais : pas de journaux ! Alfredo n'a pas non plus été livré ce matin !

 

Totalement en pétard, Vale saute sur sa moto pour découvrir, tout au long du chemin qui le mène au travail, que le trafic est beaucoup plus faible que d'habitude et surtout que nombre de commerces sont étonnamment fermés : pizzérias, fruits et légumes et jusqu'à la station-service qui n'a pas levé son rideau.

 

En garant sa moto devant la rédaction, Vale prend conscience de la petite affiche noire, pourtant là depuis plusieurs jours, avec un texte minimaliste en blanc « Blacks out » accompagné d'un texte encore tout petit « 20 Mars à 00 :01 ».

 

Vale va bientôt découvrir que l'Italie toute entière subit un mouvement de grève inédit : tous les immigrés du pays n'ont pas pris leur travail ce matin et ont disparu, jetant le pays dans un chaos indescriptible.

 

Journaliste, Vale va plonger au cœur de l'événement. Ce livre est universel !

 

Il aurait pu être écrit, très certainement, dans toutes les langues et dans tous les pays. Ce qui est sûr, c'est que, en changeant les noms des lieux et les quelques éléments trop typiquement italiens, il aurait pu être écrit dans un contexte bien français.

 

Vladimiro POLCHI écrit un ouvrage militant, qui attire l'attention sur le racisme primaire lequel fait son lit dans la peur de l'autre laquelle commence par la méconnaissance de ce dernier. C'est cette peur qui est le ferment dont se nourrissent les extrémismes, les généralisations aussi hâtives qu'imbéciles, l'autosuffisance, l'orgueil ou le rejet de ce qui (et de qui) est différent.

 

Personnellement, je regrette un peu le parti pris de l'auteur (néanmoins très clairement énoncé dans un avant-propos sans ambiguïté) d'avoir trop voulu naviguer entre fiction et réalité en faisant trop appel à des références socio-économiques, s'éloignant ainsi, à mon goût, un peu trop de ces personnages omniprésents mais invisibles, de ces parias accusés de tous les maux sans discernement.

 

Certes les citations utilisées sont énormes, édifiantes et pertinentes, mais on est, pour moi, trop près de l'article journalistique et un peu trop loin du roman. Mais comme la réalité dépasse la fiction, peut être que Vladimiro POLCHI a eu raison dans son choix : dénoncer la bêtise qui nourrit le fascisme et l'intolérance reste l'objectif de l'auteur. Il met, à le faire, tout son talent de journaliste.

 

J'aurais cependant aimé un peu plus de travail romanesque pour faire de cette idée originale un vrai pamphlet que ce texte un peu trop factuel a dumal à transformer en brûlot corrosif.

 

Il reste à retenir que le rejet de l'autre est bien l'un des défauts les mieux partagés de l'Humanité : on est bien partout et toujours l'immigré ou l'étranger de quelqu'un.

 

Et les italiens installés en France maintenant depuis des générations, dont les lointains ancêtres n'ont pas manqué de se faire traiter de « rital » par les français de souche qui les ont alors copieusement méprisés, rejetés et accusés de tous les maux, vont pouvoir constater que leurs ex-compatriotes restés dans la « Botte » ne se conduisent pas mieux aujourd'hui avec ceux qui viennent occuper, en Italie, des emplois que les « autochtones » n'acceptent plus.

 

Et c'est désespérant de constater que les compatriotes de Dante, n'ont rien à envier à ceux de Goethe, Shakespeare, Cervantès, Senghor, Neruda, Rousseau ou Confucius : ce n'est décidément pas demain que les guerres vont s'éteindre !