ROMAN FRANCOPHONE - Une pépite, ce premier roman de Yancouba Diémé. Un récit tout en pudeur du chemin emprunté par son père, Apéraw, entre son village de riziculteurs du pays diola en Casamance et la banlieue parisienne.
 


Un récit construit au rythme des souvenirs qui remontent, avec leurs non-dits et leurs oublis, parfois liés au temps et parfois volontaires : pour Apéraw, « les histoires il faut que ça reste dans la famille ça ne doit pas sortir ».
 
Un récit au style agile et savoureux, aromatisé d’un zeste d’humour (« trois parents et une seule famille » pour décrire la maisonnée aux deux épouses, ou « les ignames sont cuites »), juste ce qu’il faut pour laisser toute leur place à la tendresse et à l’humanité. Et à l’émotion quand la voix du père se fait entendre, avec son français singulier.
 
Né en 1990 et dernier de neuf enfants, Yancouba Diémé a attendu des années que son père lui raconte son itinéraire. « Ça ne sert à rien de parler, vous pouvez pas comprendre le diola sinon je vous aurais raconté plein de choses », dit Apéraw. Et quand il commence à parler, enfin, il a cette phrase : « on peut pas retourner dans la souffrance (...). C’est beaucoup la souffrance ».
 
Les mots ont été cueillis petit à petit, pour dire le départ du village après la baisse soudaine des pluies dans les années 1950, les pérégrinations et l’installation à Dakar du « Boy Diola », une expression gentiment moqueuse désignant les villageois du sud venus dans la capitale.
 
C’est là qu’il serre la main à une femme blanche pour la première fois, dans la foule venue l’accueillir : c’était la reine d’Angleterre. Vient son embarquement en 1969 sur un bateau qui l’emmène à Marseille en huit jours – « on nous a ramassés pour aller travailler en France ». Il ira chez Citroën à Aulnay-sous-Bois. Ses premiers mots de français seront les noms des pièces d’un moteur.
 
Deuils familiaux, licenciement, difficultés économiques n’épargnent pas Apéraw qui se bat pour sa famille, sa dignité. Une dignité qui commence par le soin apporté au choix de ses vêtements, avec force cravates. Un jour qu’un collègue de Citroën l’interroge pour savoir pourquoi il accorde tant d’attention à sa mise, il répond : « parce que j’ai le droit ».
 
À ses enfants, il dit : « faut pas que les gens vous dominent ». En 2010, il est officiellement « réintégré » dans la nationalité française, pour lui « une évidence, pas une récompense », après plus de quarante ans en France.
 
C’est la force de ce livre que de donner une voix à ceux que l’on assigne trop souvent à des stéréotypes ou des ghettos sociaux, de montrer leur richesse humaine et culturelle.
 
En nous faisant entendre la musique des conversations ponctuées de « Yooo ».
 
En désignant par son nom le bonnet de laine porté par de nombreux Sénégalais, le « bonnet Cabral », du nom d’Amilcar Cabral, figure de la lutte contre la colonisation portugaise en Guinée-Bissau.
 
En nous rappelant que « du temps d’avant-avant », les Diolas étaient asoninkés, ni musulmans ni chrétiens, puisque l’islam a progressé avec le commerce de l’arachide et la pression des troupes françaises, qui ont poussé les asoninkés à s’entendre avec les Mandingues.
 
Ou encore en nous partageant la joie d’Apéraw regardant à la télévision la demi-finale de l’Euro en 2012 et le doublé de Mario Balotelli alors devenu, après bien des avanies racistes, le héros de l’Italie.
 
Laure Amblesec
 
Yancouba Diémé  - Boy Diola – Flammarion - 9782081446182 – 17 € 


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Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre : littérature
Total pages : 192
Traducteur :
ISBN : 9782081446182

Boy diola

de Dieme, Yancouba

"?Boy Diola?", c'est ainsi qu'on appelait le villageois de Casamance venu à Dakar pour trouver du travail. Ce villageois, c'est toi, mon père, Apéraw en diola. A force de côtoyer de trop près la souffrance, tu as décidé de partir. Pendant des mois, tu t'es rendu au port jusqu'à ce que ton tour arrive, un matin de 1969. Tu as laissé derrière toi les histoires racontées autour du feu, les animaux de la brousse, les arachides cultivées toute ta jeunesse. De ce voyage tu ne dis rien. Ensuite, tout s'enchaîne très vite. L'arrivée à Marseille, l'installation à Aulnay-sous-Bois, la vie d'ouvrier chez Citroën, le licenciement, la débrouille.Odyssée depuis le fin fond de l'Afrique jusqu'aux quartiers populaires de la banlieue parisienne, Boy Diola met en scène, avec une pointe d'humour et beaucoup d'émotion, cet homme partagé entre deux mondes et donne ainsi corps et voix à ceux que l'on n'entend pas.

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