Bugsy Pinsky contre le grand complot juif, Y.B. Abner Assoun

Clément Solym - 30.04.2010

Livre - prison - conversion - musulman


Qu’il soit permis à l’humble chroniqueur surchargé de plaider coupable, une fois n’est pas coutume. Et que l’auteur l’excuse par avance de n’avoir probablement rien compris à son bouquin, au point de n’avoir même pas compris s’il s’agissait d’un dédoublement de personnalité classique ou bien d’une œuvre écrite à quatre mains… Et une fois son pardon dûment obtenu, par cette brève introduction, laissez-moi vous causer dans l’oreille d’un truc qui m’a complètement échappé. Et pourtant tenu en haleine d’un bout à l’autre.

Bugsy Pinsky est né juif. Sa mère peut en attester, sur la vie d’son fils. Quant à son père, il a pris l’habitude de le croire. Donc, va donc pour le mieux, excepté que le petit est dyslexique. Ce qui pose de sacrés problèmes. Enfin, surtout à lui, parce que sa mère, qui l’aime, le comprend parfaitement. Mais voilà, un jour Bugsy quitte - toujours trop tôt - la maison, et voilà qu’il tourne mal et finit en prison. Je vous la fais courte : ses petits larcins valent cependant le détour. Et dans ces neuf mètres carrés, il va faire une triple rencontre, accompagnée d’une grande révélation : on survit plus longtemps musulman en prison que juif. La conversion s’imposait comme une évidence.

Et au sortir du cachot, c’est alors la lutte armée contre tout ce que l’on a pu lui inculquer de ce que les juifs ont fait de pire - le grand complot - qu’il est impératif de démanteler. Et de confondre au grand jour. Et pour cela… Bugsy et sa bande sont prêts à tout. Mais vraiment à tout. Même à enfiler des burqas pour pénétrer la zone réservée aux femmes dans la mosquée et tenter de prêcher la bonne parole… Organiser des attentats ratés, tenter de pénétrer de l’intérieur dans un hospice réservé aux anciens rabbins - ou un truc du genre…

Bon, sans avoir la critique facile, ce livre reste, malgré sa petite taille, un brin confus. Pas dense, mais on se perd en digression et anecdotes qui vous font tourner les pages, sans plus trop savoir pourquoi, presque machinalement, mais avec plaisir. Et ça, c’est pas banal. Parce que s’il y a une thèse dans ce livre, c’est que l’imbécillité et le sectarisme sont les vraies plaies du monde. Un étrange chant de tolérance vibre, auquel les médias ou les invités de plateaux télé n’habituent pas le grand public que nous sommes. Et pourtant, un chant qui résonne étrangement juste.

En évoquant dans les dernières pages « une fable antisémite contre l’antisémitisme », on retombe sur ses pattes, et l’on se dit que l’on a bien compris le fond de ce dont il s’agit, tout en étant assuré que l’on est probablement passé à côté de la moitié du livre. À cause des interjections et autres vocables en arabe ou hébreu qui parsèment le texte, à cause des phrases hypnotiques qui endorment la vigilance du lecteur au point de l’assoupir, et ainsi de suite.

Et comme dans l’ensemble, on ferme le livre, un peu courbaturé, comme après une sieste dans le TGV, mais que, malgré tout, on se sent reposé et d’attaque, limite en pleine forme, il suffit de quelques pas, de s’étirer un peu pour oublier la sensation d’avoir dormi contre une planche de bois façon oscilloscope. Bon livre ? Mauvais livre ? Aucune idée… mais je ne crois pas m’être ennuyé…