Ça va aller, tu vas voir, de Chrystos Ikonomou

La rédaction - 06.04.2017

Livre - Ça va aller, tu vas voir - Chrystos Ikonomou - Quidam éditeur


Ils sont chômeurs fraîchement élus, travailleurs précaires, fabricants de glace, retraités sans le sou, femmes de ménage à l’hôpital... Ils sont Grecs. Leur pays est en crise et tandis que certains, que l’on ne trouve jamais entre ces pages, s’en sortent plutôt bien, eux surnagent en se demandant pendant combien de temps encore ils vont pouvoir garder la tête hors de l’eau.

 

 

 

Garder la tête hors de l’eau, l’image est pertinente, car les personnages de ce recueil de nouvelles sont comme les naufragés d’un pays qui sombre lentement mais sûrement et à qui l’on dit qu’il n’y a plus de place dans les canots de sauvetage.

 

Publié en Grèce en 2010, Ça va aller, tu vas voir est l’œuvre d’un auteur-caisse de résonance qui perçoit le pouls de son pays et sait trouver les mots pour dire ce qui ne va pas quand les citoyens eux-mêmes restent sans voix.

 

Il y a dans ce livre des gens qui veulent gueuler, mais n’y arrivent pas. Ils aimeraient s’en prendre à quelqu’un, mais à qui ? Les riches, les puissants, les politiques, on ne les croise pas, ils sont inatteignables et, dès qu’on les approche d’un peu trop près, police et justice sont là pour vous humilier et vous envoyer pour un petit séjour derrière les barreaux. Alors, on se méfie entre pauvres, entre dépossédés, entre « mendiants d’allocations ».

 

La nouvelle qui ouvre le livre, à cet égard, est bouleversante. Une femme lave sa salade et repense à l’homme avec lequel elle vivait depuis quelques mois, cet amant parti sans dire un mot la veille avec les économies du couple, la tirelire et les quoi ? 800, 900 euros, qu’elle contenait... Alors elle pense « Si nous les pauvres faisons des choses pareilles à des pauvres, qu’est-ce que les riches doivent nous faire ? ».

 

Les temps sont durs, mais on ne cède que très rarement au désespoir. Personnages dans une mauvaise passe au cœur d’un pays lui-même dans une très mauvaise passe, il leur reste pourtant encore suffisamment de dignité pour se battre. Ces nouvelles d’une certaine manière nous montrent le sens du combat.

 

traduit du grec par Michel Volkovitch

François Reynaud,
Les Cordeliers (Romans-sur-Isère)

 

en partenariat avec le réseau Initiales