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Cambouis, Antoine Emaz

Clément Solym - 13.05.2009

Livre - cambouis - Antoine - Emaz


La collection Déplacements dirigée par François Bon fait honneur à son directeur : elle prospecte. Incontestablement. À ce titre, Antoine Emaz a enfilé sa combinaison de chercheur d’opales à de nombreuses reprises, pour dévoiler une poésie rude et ascétique. Limite stoïcienne, dans sa rigueur. Mais riche… Riche d’une économie de mots puissante – attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas pensé : tout poète qui fait des économies ne thésaurise pas pour autant son capital vocable et ne doit pas non plus être classé dans la catégorie des gros radins.
 

Partons d’un constat simple : les artistes s’expliquent toujours trop. Au lieu de laisser aux personnes compétentes ou non, le soin de nous parler de leurs œuvres, nombreux sont les revendicateurs de tout poil, qui s’emparent d’un micro pour nous expliquer leur démarche, leur concept, ou mieux : leur perception. Inutile autant que pesante, cette exégèse ennuie très vite.
 

En littérature, cela prend rapidement la tournure d’un onanisme littéraire indécent, où l’on passe 250 pages, si l’auteur a encore un peu de cœur, à endurer une masturbation corticale prolongée, entre nausée et verbiage. Je vais être franc : souvent, ils m’emmerdent.
 

Mais toi, mon cher Antoine, « l’aventure dans la langue » t’a mené où tu es, pour reprendre tes mots. Et je m’y suis repris à deux fois pour potasser ton livre, avant de me décider à ne rien écrire dessus. Permets que pour le coup, je fasse l’artiste, et que j’explique ma démarche.
 

D’abord, tu cites régulièrement Reverdy en référence. Tu y aurais ajouté Crevel, je t’aurais demandé en mariage. Et Saint John Perse, et là, j’atteignais l’orgasme. Mais je ne suis pas un garçon facile, tant s'en faut. Car comme tu le dis : « Ma vie, j’ai perdu beaucoup de temps à la gagner. » Et que pour poète que tu sois, il faut rendre à l’aveu sa force. Mais surtout, tu m’as presque réconcilié avec ce que mon infâme prof de fac nommait la métalittérature : cette chose qui parlait d’elle-même, comme se nourrissant de sa propre consistance. Mais après tout, « le poète est omnivore », non ?
 

Si. En tout cas, tu le prétends.
 

J’ai vraiment apprécié de t’entendre réfléchir à voix basse. Je ne suis pas certain d’avoir saisi tout ce que tu racontais, trop d’auto-référenciations gênent la lecture et la compréhension, mais tu parles bien de toi, de tes livres, de ton écriture.
 

C’en devient même un plaisir de ne pas te suivre, parce que l’on se sent en sécurité dans ton incertitude. Osons les oxymores : on a confiance en tes craintes. Parce que le chemin que tu as tracé, et auquel tu t’es fié, quoique sûrement pas de tout repos, il a le charme de tes découvertes. Certains auteurs te font penser à « ces retraités qui passent des années à réaliser une maquette de la tour Eiffel en allumettes », dis-tu.
 

Ben toi, tu m’as fait penser à un luthier.

Le type qui aime y mettre les mains. Dans le cambouis...




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