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Caprice de la reine : miniatures virtuoses d'Echenoz

Xavier S. Thomann - 15.04.2014

Livre - Jean Echenoz - Sous-marin - Nouveau Roman


Voici réunis par l'inconditionnel éditeur de Jean Echenoz, les Éditions de Minuit, sept courts textes. « Caprice de la reine » est l'un d'entre eux. Il date de 2006 et donne son nom au recueil. Rien de nouveau à proprement parler, même si les récits en question ont été « plus ou moins modifiés » pour l'occasion. Mais le recueil a tout son sens, ne serait-ce que parce que ces textes n'étaient pas facilement accessibles jusqu'à présent. Ils sont parus dans différents ouvrages et périodiques, entre 2002 et 2014.

 

Pourquoi lire ces « à-côtés » de l'œuvre principale de l'auteur de l'Équipée malaise ? Certainement parce qu'ils offrent une jolie panoplie, assez complète, du talent d'Echenoz. L'incongruité de « Nelson », dans lequel le célèbre amiral britannique prend congé de ses hôtes pour aller planter des arbres dans un jardin. Le brio descriptif du « Caprice de la reine ». Étonnante tentative de portrait d'un paysage, où l'auteur invoque Conrad pour justifier sa poétique très cinématographique.

 

« C'est qu'on ne peut pas tout dire ni décrire en même temps, n'est-ce pas, il faut bien établir un ordre, instituer des priorités, ce qui ne va pas sans risque de brouiller le propos» Voilà d'une certaine façon exposée la « méthode » Echenoz. Le narrateur est là pour opérer des choix, tout en guidant son lecteur dans lesdits choix. Il lui prend la main : « Il faut marcher, contourner la maison prolongée par cette terrasse et qui a été construite au flanc du promontoire ». 

 

Autre thème parfaitement echenozien : le déplacement, le voyage. Comme dans Je m'en vais, Un an ou les Grandes blondes, le voyage a certes un but, mais il est toujours contrecarré d'une manière ou d'une autre. Chez Echenoz, on a beau faire le tour de la planète, on revient souvent à son point de départ. Ainsi, « Trois sandwiches au Bourget », narre l'improbable quête d'un narrateur qui « a décidé d'aller manger un sandwich au Bourget. »

 

C'est la coutume chez Echenoz, sa précision maniaque (on saura maintenant qu'il aime utiliser un « feutre V5 Hi-Tecpoint 0,5 Pilot »), son goût prononcé pour la technique (on saura aussi grâce à « Génie civil » qu'il en connaît un rayon sur les ponts) côtoient un humour certain. Comme si l'objectif ultime de l'écriture était justement de mettre en péril par un bon mot le texte patiemment construit. On ne se lasse jamais des pirouettes qui parsèment les sept récits. 

 

Il y a un côté équilibriste dans Caprice de la reine, à cheval entre l'héritage du Nouveau Roman et une passion pour le romanesque – le sous-marin de « Nitrox » rappelle qu'Echenoz s'est distingué au début de sa carrière en revisitant les principaux genres de la littérature populaire. 

 

Bref, un fourre-tout cohérent, où l'on voit que l'on peut passer d'Hérodote en goguette à Babylone aux sous-marins et aux ponts suspendus sans grande difficulté. À condition de s'appeler Echenoz, bien sûr.