Carnet d'un chanteur de casino hors saison : Guy Marchand se livre...

La rédaction - 01.12.2015

Livre - Marchand Guy - Cinéma - portrait


Un cinquième livre où l’artiste nous entraîne dans les méandres de ses souvenirs, réflexions et considérations piquantes et amusées. « Ni réactionnaire ni actionnaire de cette société à irresponsabilité illimitée. »

 

Tel qu’en lui-même, Guy Marchand, sur la couverture en glorieux noir et blanc de son cinquième livre : « Carnet d’un chanteur de casino hors saison », fait un peu penser à un ex-samouraï de cinéma bien connu. Mais un personnage qui aurait déserté sa ligne de crête glacée et solitaire – le contraire de lui – pour apparaître, regard sombre de braise et œil qui frise diablement, comme un intermittent permanent et récalcitrant du spectacle de la comédie humaine, qu’il commente à maintes reprises dans ce délicieux opuscule.

 

Et cela avec une ironie amusée qui parfois laisse poindre un peu d’irritation, sans s’aventurer sur le terrain miné de la férocité.

 

Comme ces expériences de certains salons du livre, où il fut invité.

Quand le moindre lauréat juvénile d’un concours de nouvelles se plaint d’être le voisin d’un « chanteur de variétés » – sous-entendu une vile espèce inférieure – face au nouveau génie des lettres en mal de la reconnaissance qui lui est due. Le chanteur de variétés en question, outre ses exceptionnelles qualités d’interprète, peut être tour à tour un très grand auteur de chansons, un remarquable écrivain, l’acteur que nous savons : les préjugés ont la vie dure, et l’ego phagocyte et oblitère l’intelligence – potentielle, voire totalement embryonnaire, voire hypothétique – chez trop de monde. Guy Marchand laisse vagabonder ses réflexions et souvenirs dans tous les sens, sans ligne directrice ni thématique ni chronologique.

 

Sans se revendiquer nostalgique, tout en étant depuis toujours le contraire d’un suiveur, l’artiste évoque avec une évidente tendresse son accession subite à la gloire avec « La Passionnata », il y a cinquante ans – eh oui, ici on lira ce qu’on oublie beaucoup trop : Guy Marchand aussi, comme d’autres en 2015, peut contempler cinquante ans d’une carrière atypique et diversifiée, dans son rétroviseur…

 

Il nous entraîne au club de la Licorne, où Richard Bennett et avant cela la compagne d’un autre jeune chanteur ultraprometteur, Nino Ferrer, le découvre en 1965.

Et sa vie change du tout au tout.

 

Auparavant, soldat en Algérie, il assiste à l’horreur de barbares qui tirent sur des musulmanes paisibles, en djellaba blanche, devant une boulangerie… pour rire du contraste entre le blanc et le rouge de leur sang. Mais la gravité ne s’attarde jamais longtemps autour de Guy Marchand.

 

 

 

Il raconte qu’il lui arrive d’entendre un portable qui sonne alors qu’il donne un concert. Il interrompt le show et déclare : « Si c’est pour moi, dites que je suis occupé. » Bien avant cela, il se voit un jour coincé en voiture au beau milieu d’un embouteillage. Il sort de sa bagnole… qu’il plante au milieu du boulevard et s’en va tranquillement décompresser au cinéma ! Ensuite c’est bonjour la fourrière : il paie cher pour récupérer son véhicule, mais en le sachant et en l’acceptant d’avance.

 

Au fil de ces considérations, citations et réminiscences qui se dévorent bien plus qu’elles ne se lisent, notre grand artiste excentrique nous fait rencontrer quelques grands du cinéma, de Depardieu à Lino Ventura en passant par Brialy. Il évoque ses passions : le jazz, les femmes aussi bien entendu.

 

Depuis son premier amour : sa mère dont le petit Guy adorait sentir l’odeur des cheveux lorsqu’elle l’emmenait sur son vélo. Sa jeune épouse actuelle Adelina, qui le pousse à fond sur la voie de l’écriture. Le Paris de sa jeunesse. Peu avant le 13 novembre d’horrible mémoire, il parle à la télévision de ce Paris où on voyait moins de kalachnikovs et plus de couteaux à cran d’arrêt…

Il écrit dans l’ouvrage : « Je ne vais pas changer la couleur de mes plumes parce que c’est l’ouverture de la chasse et que j’ai peur qu’on me tire dessus. »

 

Guy Marchand a écrit quelques mots extrêmement gentils sur… la Belgique, dans ce très remarquable « Carnet d’un chanteur de casino hors saison ».

 

Alors voici une déclaration du grand poète belge Achille Chavée, qui aurait pu être celle de ce si grand chanteur hors format, dont les dons époustouflants ne sont absolument pas suffisamment reconnus à leur juste démesure. Il est vrai que ses capacités de démagogue cynique et tricheur sont elles parfaitement inexistantes, ceci pouvant expliquer cela.

 

Chavée : « Je suis un vieil Indien qui ne marchera jamais dans une file indienne. » Presque un portrait, non chinois, mais belge, de Marchand l’irremplaçable.

 

CHRISTIAN NAUWELAERS


Pour approfondir

Editeur : Le Cherche Midi
Genre : musique
Total pages : 171
Traducteur :
ISBN : 9782749144108

Carnets d’un chanteur de casino hors saison

de Guy Marchand

"Personne ne me fera croire que je n'ai pas de talent. Du génie peut-être! "
G. M. Je suis un jouisseur universel. J'aime les voitures américaines, les pâtes italiennes, les boudins de printemps orientaux, le couscous marocain avec des raisins, le lin irlandais, le cachemire écossais, les chaussures anglaises, les fromages français, les chevaux argentins et, pour les femmes, mes goûts vont bien au-delà des frontières, jusqu'en Mongolie. G. M.

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