Catherine Millet : une sexualité publique, vingt ans plus tard

Jean-Luc Favre - 29.01.2020

Livre - Catherine Millet - vie sexuelle Catherine


D’abord des chiffres, 800 000 exemplaires vendus en France, 2 500 000 exemplaires à travers le monde, traduit en 44 langues, quel écrivain aujourd’hui ne rêverait pas d’un tel succès national et planétaire. Publié pour la première en 2001 aux éditions du Seuil, La vie sexuelle de Catherine M, écrit par la très sérieuse critique d’art Catherine Millet également co-fondatrice du magazine avant-gardiste Art Press vient d’être rééditée en poche, preuve que ce livre réputé scandaleux à sa parution, ou quelque chose de cet ordre, n’a rien perdu de sa ferveur auprès des éditeurs et des lecteurs.



 
Mais ne nous y trompons pas ! Cet ouvrage reste trompeur sous bien des aspects. Car si le temps a passé depuis sa première publication, cela ne signifie en aucun cas que le contenu lui-même soit accessoirement démodé. Tant s’en faut, car le sexe inévitablement passionne. Il rend curieux, même si finalement les pratiques se ressemblent toutes ou presque. Affaire de mise en scène alors ? Vraisemblablement !

Tous les accrocs du corps ne trimballent pas forcément les mêmes fantasmes dans des esprits tourmentés ou tout simplement confus, en exhibant de voluptueuses pratiques souvent similaires susceptibles de rendre la vie un peu plus légère quitte à en perdre la raison. Et il y a d’ailleurs dans ce genre très prisé des masses, quelques fameux antécédents.

Jean Genet, Pierre Guyotat, Christine Angot, Catherine Breillat, Annie Ernaux, Virginie Despentes, et même un Tony Duvert tombé aux oubliettes, dont les témoignages livresques, voire incidemment rocambolesques, autobiographiques parfois, sont autant d’intrusions conscientes et volontaires au sein de l’interdit.

Rendre sa sexualité publique présente alors quelques risques, ceux de déclencher la vindicte populaire ou à l’inverse, susciter l’admiration béate des plus avertis en la matière, les adeptes du corps fou et de l’expérimentation autonome, quand cette dernière n’est pas tout bonnement naturelle. Ce n’est pas toujours dans ce cas, qu’une affaire d’éducation et d’apprentissage, on peut évoquer aussi le caractère inné, et pulsionnel de la sexualité dont les racines psychanalytiques renvoient à des messages subliminaux ou symptomatiquement refoulés dans l’inconscient servile. 
 

L’expression d’une saine subversion  


Née en 1948, Catherine Millet a tout juste vingt ans en 1968. Occasion pour elle de s’émanciper une bonne fois pour toutes. Accusant les ruptures d’une époque accolée au désir d’une plus grande liberté d’expression et de libéralisation des mœurs dont on connaît les tribulations avec son cortège de revendications légitimes ou pas. Le féminisme est à l’avant-poste de la déflagration vaginale, c’est le moment ou jamais d’en profiter.

Et elles seront nombreuses à franchir le cap. « Jusqu’à ce que naisse l’idée de ce livre, je n’ai jamais trop réfléchi sur ma sexualité. J’étais toutefois consciente d’avoir eu des rapports multiples de façon précoce, ce qui n’est pas coutumier, surtout pour les filles, en tout cas dans le milieu qui était le mien. J’ai cessé d’être vierge à l’âge de dix-huit ans », écrit-elle lucidement, comme pour s’exonérer d’une si longue attente ?

Au cœur de cette époque politiquement troublée. Dans les classes moyennes, on ne badine pas avec les mœurs. Le sexe c’est encore tabou. Catherine Millet elle n’en a cure. Elle a besoin de savoir à quoi ressemble un corps en mouvement, son propre corps qu’elle dévolue alors au libertinage. Son propos d’ailleurs n’inventorie pas la séduction comme une phase nécessaire.

Chez elle c’est plutôt une affaire de soudaine conversion. « Toujours est-il que la toute première histoire ayant accompagné ma pratique de la masturbation et reprise pendant de très nombreuses années me mettaient dans une situation d’être entraînée dans l’un de ses abris par un garçon. Je le voyais m’embrasser sur la bouche, me toucher partout, tandis que nous étions rejoints par ses copains. Tous s’y mettaient ! »

Une froide description qui n’a rien cependant de pornographique ou d’érotique. De simples circonstances presque banales, où l’auteur tente d’expurger des pratiques somme toute généralisées. Et sans émettre aucun regret, pourquoi d’ailleurs, elle assume ses actes, quitte à se tromper sur leur réelle finalité. 
 

Le festin nu est le miroir de Dieu ! .


Une conscience d’ailleurs qui n’a rien d’outrancier ! « J’étais très religieuse et il n’est pas impossible que la confusion dans laquelle je percevais que l’identité de Dieu et de son Fils ait favorisé mon inclination pour le comptage. Dieu était la voix tournante qui rappelle les hommes à l’ordre sans montrer son visage. » Nous y voilà ! Catherine Millet tombe enfin le masque. Ce n’est plus la raison qui est inscrite au compteur, mais la voie céleste.

C’est par le haut que l’homme et la femme se révèlent intégralement, nus ; la chute elle, est l’inévitable conséquence de la transgression, il faut payer le prix du désobéissement, mais plus encore du déshonneur. L’Eden est remplacé par la « partouze ». Si la miséricorde n’appartient pas à ce monde, il reste l’amour, fût-il collectif et convertible en toutes sortes d’ébats. À ce niveau, la réflexion s’intensifie, il faut bien trouver une cause à ce grand chambardement de la conscience déchue, se détourner en quelque sorte de la plus vile hypocrisie. « Mon corps m’appartient, il n’est soumis à aucune autorité divine. »

De toute façon il finira par disparaître. Poussière ! Poussière ! Et pour l’éternité. Le message est ainsi bouclé jusqu’à l’extrême. Il n’y aura donc pas de rédemption. Le corps souillé est désormais voué aux enfers. Certes, si La vie sexuelle de Catherine M, n’est certainement pas un chef-d’œuvre littéraire, il révèle néanmoins que lorsque les mots ont un sens et que la phrase est bien agencée, en faisant preuve toutefois d’une certaine sincérité, ils permettent de libérer l’imaginaire d’inutiles entraves.

La sexualité chez les crétins (article de Tony Duvert, paru dans la revue littéraire des éditions de Minuit en 1973) prend alors tout son sens. 


Catherine Millet – La vie sexuelle de Catherine M. – Points – 9782757883150 – 7 €


Commentaires
Ce livre n'est tout simplement pas intéressant. Ses ventes sont dues au battage médiatique. Il y a mille fois mieux en la matière où il n'est nul besoin de réalité vécue. Aucune différence si l'auteur relate des faits reels ou le prétend- c'est du pareil au même.
Un livre d un mortel ennui. CM y raconte comme elle-même ennuyée, ces hommes qui se servent de son corps .. son non ressenti de ces instants.. loin d'un libertinage ludique ou sexy, un étalage de viande. Je n'ai pas du tout aimé. J'ai trouvé son regard, sur le libertinage, sordide. Je ne comprends donc pas ce qui l'a amenée à ça, ni son envie de le raconter
J'aime bien l'expression "saine subversion". Notre société croule sous la pudibonderie, on laisse passer des images ultra-violentes, réelles (guerres, fusillades etc.), on érige des guillotines sur les ronds-points, mais si vous êtes nu sur une plage, au bord d'une rivière, et même dans votre propre jardin, on vous envoie les flics!

Les seins nus, généralisés il y a une génération, maintenant ça relève du militantisme, on se prend force regards lubriques ou regards noirs, insultes parfois, et même on risque l'agression physique.

En jupe ou robe au collège? Vous n'y songez pas, on est classée (censuré) pour bien moins que ça!



Alors, sans pour autant suivre Catherine Millet dans toutes ses idées et sans adopter ses pratiques (je suis du genre monogame, non par conformisme, mais parce que c'est ce que je préfère), je lui dis bravo et merci.
Article très obscur qui mélange tout. Les récits de viol, la pédophilie (Duvert), le libertinage, toutes ces pratiques n'ont rien à voir entre elles, à part le fait de l'écrire. " les pratiques se ressemblent toutes" ? Non certainement pas! Et que signifie "déflagration vaginale", "Désobiessement"? Enfin, il y a longtemps que cet ouvrage, excellent par ailleurs, est édité en poche. Et à l'époque, il n'a scandalisé que les pudibonds. Enfin une femme qui a osé écrire sur sa sexualité et sans aucune victimisation. Rien à voir avec la prise de parole libératoire de femmes abusées, trahies, et qui , des années après, crient leur souffrance.
Outre le fait que, pour cause d'"écriture", un premier "Catherine Millet" m'était tombé des mains, je ne lirai pas "la vie sexuelle...", convaincue cette fois par cet article et les deux commentaires.
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