Ce que nous dit la vitesse : la Formule 1, objet littéraire?

Xavier S. Thomann - 24.10.2013

Livre - Formule 1 - Jean-Philippe Domecq - Rush


Le sport automobile et la formule 1 ne sont pas des sujets qui passionnent les littéraires, c'est le moins que l'on puisse dire. Rares sont les livres « intelligents » consacrés à la discipline reine des sports mécaniques. C'est donc avec un réel intérêt que nous avons relu l'essai de Jean-Philippe Domecq, Ce que nous dit la vitesse. L'ouvrage paru initialement en 1994 ressort ces jours-ci en poche (Pocket, Agora), dans une nouvelle édition, revue et augmentée par l'auteur. 

 

Il est difficile de mettre des mots sur ce qui se passe lors d'une course de Formule 1. Rien de métaphysique ou d'indicible, simplement des voitures qui tournent en rond. Et pourtant, une retransmission télévisée d'un grand prix peut réunir jusqu'à un milliard de téléspectateurs, partout dans le monde. C'est donc d'autant plus étrange que la discipline soit rarement l'objet de réflexions sérieuses, si ce n'est comme l'illustration un peu convenue du sport-spectacle. 

 

Les raisons de cet enthousiasme planétaire, Jean-Philippe Domecq cherche à les comprendre, après avoir précisé qu'il est l' « un des rares écrivains à être affligé de cette discutable passion pour la formule 1 ». Il dit notamment : « Nous assistons à la course parce que l'asphalte tourne autour de la mort, qui est l'exacte lumière pour remettre à leur place les plaisirs et les choses. Et les hommes, ceux qui jouent à ce jeu sous nos yeux ».  

 

Jean-Philippe Domecq profite de cette nouvelle édition pour parler de l'actualité plus récente du sport. C'est plutôt bienvenu, puisque la première édition de Ce que nous dit la vitesse remonte à 1994. Certes, tout n'a pas changé depuis, mais il était bon de prendre en compte les évolutions de ces dernières années. 

 

 

Du reste, on retrouve les pages qui faisaient l'intérêt du livre initialement. À savoir : une analyse fort intéressante du deuil qui suivit l'accident du célèbre pilote brésilien Ayrton Senna, ou encore une réflexion sur la carrière extraordinaire de l'Autrichien Niki Lauda (voir le film Rush, actuellement en salles, et qui revient sur l'un des épisodes de la carrière de Lauda et du sport en général). Domecq a visiblement beaucoup de plaisir à revenir sur les grands épisodes de la F1. 

 

L'intérêt principal de ce livre, plutôt agréable à la lecture, même pour le néophyte, réside finalement moins dans ses passages réflexifs (c'est-à-dire essayer de mettre au jour la spécificité de ce sport ainsi que ce qu'il révèle de nos sociétés modernes) que dans ses passages narratifs pleins d'anecdotes. Celles-ci sont bien connues des spécialistes et des aficionados, mais n'en demeurent pas moins toujours aussi savoureuses. Les mentionner permettra peut-être aux sceptiques de se faire une autre idée de ce sport. 

 

En tout cas, Ce que nous dit la vitesse fait office d'introduction idéale pour qui veut y voir un peu plus clair sur le sujet et connaître les grands faits d'armes de la F1.