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Cécile Ladjali, Mauvaise langue

Clément Solym - 11.01.2008

Livre - Cecile - Ladjali - mauvaise


Cécile Ladjali s’inscrit à contre-courant d’un mouvement de pensée qui encense la culture de la cité au point de l’instaurer en tant que mode, qui se réjouit de voir enfin le verbe « kiffer » entrer dans le dictionnaire (alors qu’on ne mentionne jamais le nombre de mots qui sortent du langage courant pour lui faire une place…). Professeure engagée dans un lycée de la Seine-Saint-Denis, elle nous propose, au travers de cet essai, une riche réflexion nourrie de ses expériences de terrain sur la transmission et le devenir de la langue française.

L’enfant doit être remis à sa place au sein du système éducatif et Cécile se glorifie davantage d’arriver à faire apprendre des vers de Racine ou Corneille, à élaborer et monter une tragédie à ses élèves de seconde plutôt que de leur faire pondre un poème à base de langage de la rue (« Eh ! Grosse cochonne ! Quand tu veux, j’te prends ! »…comme dit le pauvre Alphonse dans la célèbre chanson !). Autrement dit : une mise au point sur certaines idées reçues sans démagogie avec l’envie toute simple de transmettre une culture digne de ce nom à tous. S’avoir s’exprimer avec bonheur, goûter les chefs-d’œuvre de la littérature ou se divertir les oreilles au son d’une symphonie de Beethoven ne doit pas rester l’apanage d’une élite, et cette culture ne peut pas se laisser emprisonner dans l’adjectif « bourgeois ».

Si les jeunes des quartiers portent aux nues les marques qui font le quotidien des gens fortunés, il faut qu’ils puissent avec la même hargne s’éprendre de la Culture. Toutefois, pour arriver à cette fin, c’est une culture de l’effort qui reste à transmettre par le ministère de l’Instruction publique (bien nommée avant qu’on ne lui préfère le nom d’Éducation…). S’il suffit, force est de le constater, de sortir quelques billets de cent euros pour s’offrir du Armani, Dior ou Gucci, la culture, elle, ne se monnaie pas tout à fait dans la même devise et vos billets resteront sans valeur lorsque vous souhaiterez acquérir un langage des plus châtiés… Il faut bien souvent laisser perdre un fromage pour faire entendre sa plus belle voix…

Ce livre est un chant d’espoir, montrant aussi à tout professeur qui débute sa carrière qu’il est encore possible d’apporter quelque chose à ceux qui semblent tout refuser. Essentiellement là où le terme de mission de service public prend pleinement son sens, c’est-à-dire dans les établissements situés au bas des hautes tours grises. Néanmoins, ce propos est à mitiger quand l’on intervient au collège. Cécile enseigne les Lettres à des lycéens et un écrémage certain a déjà été réalisé. C’est aussi pourquoi elle est amenée à convoquer dans sa réflexion l’expérience d’une de ses collègues qui apprend le français à des élèves suivants des filières professionnelles.

Cécile en appelle à un transfert culturel : la culture des élites doit rester un point de convergence dans notre société si l’on veut éviter d’aggraver encore une fracture sociale existante. Il faut tendre vers elle, amener les élèves de tous lieux à pouvoir l’admirer, l’apprécier. Autrement dit, il faut regarder vers le haut pour avancer, et plus on regarde haut, plus on élève les exigences, plus on gagne en marge de progression.

Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ce bref essai qui ouvre des pistes de réflexion intéressantes et plutôt de haute volée… N’est-ce pas là aussi ce que l’on attend d’un essai ? Cécile sublime le beau langage et réactualise la hiérarchie des niveaux de langue. Sans être mauvaise langue et sans langue de bois, elle nous donne à lire, ligne après ligne, son amour de la langue française. Cette affection pour les mots, pour l’écriture, c’est elle aussi qui la pousse à se battre pour que ses élèves n’en soient jamais frustrés.


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