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Céline Robinet, Faut-il croire les mimes sur parole ?

Clément Solym - 24.12.2007

Livre - Celine- - Robinet - Croire-


Il en va des recueils de nouvelles comme des feuilles chagrines que le vent d’automne bouscule sur les trottoirs de l’indifférence urbaine : ça fait marrer les gamins de jouer avec. Avec cette nouvelle salve de 17 textes, Céline continue de tirer à balles réelles sur le monde, mordant, griffant, arrachant des yeux au besoin pour se débattre. Dix-sept nouvelles aux titres parfois désopilants parfois sinistres, et d’autres juste un peu plat. Encore qu’ils se redressent toujours par un rapport au texte facile à faire.

C’est rudement important dans une nouvelle d’avoir un titre qui adhère au texte et lui donne du relief. Tout comme la valeur du texte lui-même rendre évidemment en compte.

Histoire de femmes, histoires d’homosexualité (un thème récurrent) traitées sur un mode agressif et humoristique : ces deux femmes, l’une se préparant avant un rendez-vous avec l’autre, qui attend en bas dans sa voiture. Laquelle mourra de cette attente (Protect me from want I want) ? Histoire d’enfants, d’une fille de dentiste qui veut des caries pour que son père s’occupe d’elle (Si les poules avaient des dents), ou d’une autre qui entame un panégyrique du suicide comme une raison de vivre (Le vent, même léger, fait circuler les nuages. La pelouse, elle, reste.). Comme un poisson dans l’eau, c’est l’histoire des désillusions, si bien amenée qu’on se laisserait presque piéger par sa chute…

On trouve d’autres motifs de réjouissance, dans des thèmes un peu plus faciles : celui de la femme aristocratique pressée de vivre intensément (Reprendre, c’est voler) pluridisciplinaire et qui fraye avec la plèbe pour mieux l’observer… Une autre racontera cette femme qui découvre un carnet de notes appartenant à son mari, avec lequel tout va mal, mais qui déploie une telle poésie qu’elle lui pardonne et se blâme de n’avoir pas su l’aimer…(Le bois ne peut regarder la cendre)

Deux extraterrestres égayent la lecture. Celle de cette prostituée dans la chambre de qui débarquent Vincent Van Gogh et Francisco Goya : charmante compagnie quand les deux lurons se battent à coups de pinceaux et de peinture.(Une perle dans la soupe). Un récit délicat et drôle. Et surtout l’éponyme, Faut-il croire les mimes sur paroles ? Histoire d’un voyage pour des noces d’argent, qui glisse vers la catastrophe aéronautique puis insensiblement au drame humain d’un enfant blotti à l’intérieur du train d’atterrissage.

Donc dix-sept textes variés – quoique féministocentrés, je dis ça sans arrière-pensées) – et sympathiques. Certes. Pas quoi hurler à la Lune non plus. Si l’on s’enthousiasme pour beaucoup, les chutes sont abruptes – le principe de la nouvelle rétorquerez-vous. Ouais. Ben un peu trop. Non que ça gâche la saynète, mais ça donne souvent l’impression d’être sorti de nulle part, plutôt perruque tombée dans la soupe que simple cheveu.

Ajoutons aussi que si l’on trouvera dans toutes une finesse, une subtilité ou un je-ne-sais-quoi pour sourire, toutes ne sont pas d’un style et d’un traitement égaux. Du fait de textes très variés, certes, et qui nécessitent des plumes différentes, re-certes… Cependant, quelques tournures de phrases auraient mérité un petit coup de pouce, quand ce ne sont pas des paragraphes entiers que l’on saute parce qu’on s’y englue un peu trop.

Attention, hein, me faites pas non plus dire ce que je n’ai pas osé penser. Céline écrit bien. Et on ne peut pas plaire à tout le monde, voilà pour les évidences. Simplement, bon, ben ces paragraphes là, ça gonfle un peu, alors on passe vite à autre chose. Un des textes aussi n’est pas folichon folichon, intitulé Sainte Maldonne. Facile, raccourci (l’un des plus courts) et quelque peu gratuit, le petit garçon qui voit son père trimer à la maison avec une maman absente ou presque. Soit je n’ai rien compris, soit vraiment celui-ci reste un peu fade.

L’ensemble des nouvelles mérite toutefois un coup de chapeau, pour leur charme et leur cynisme grinçant. Et je ne parle pas du sens des situations que Céline aménage pour nous brillamment : on se tient au livre de peur de tomber. En dépit des remarques désagréables que j’ai pu lancer, Faut-il croire les mimes sur paroles sans mériter un hommage particulier fait partie des livres agréables à lire, divertissants et pas vraiment pénibles.

On attend surtout une prochaine mouture, plus murie encore et débarrassée des imperfections qui nuisent à ce recueil.
En clair, Céline : laisse tomber la traduction et mets-toi franchement à la littérature. Et tant pis si ça rapporte moins.


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