Charles Baudelaire, Lettres inédites aux siens

Clément Solym - 17.06.2010

Livre - correspondance - baudelaire - poete


En cette période prospère où l’on exhume une photo (controversée) d’Appolinaire, des clichés (authentifiés) de Saint Exupéry, voilà que la maison Grasset publie une centaine de lettres inédites de Charles Baudelaires aux siens.
 
Rédigée entre 11 ans et 20 ans, elles ont d’abord été conservées par la famille proche du poète, tantôt par affection, tantôt pour les utiliser afin d’empêcher, avec l’aide de la justice, le jeune Baudelaire de dilapider sa fortune en le plaçant sous tutelle. La liasse de lettres fut ensuite transmise de générations en générations, avant d’être enterrée avec le reste de la maison lors d’un bombardement au cours de la dernière guerre.

Ce n’est pas moins de dix ans plus tard, comme le raconte Philippe Auserve dans la préface, que « des maçons, qui relevaient les murs, rapportèrent un petit paquet bien enveloppé, trouvé sous du plancher à demi pourri – cent lettres de Baudelaire ».

Le jeune Charles fait preuve d’une incroyable maîtrise du français dès ses premières années, allant, alors qu’il vient d’avoir 11 ans, jusqu’à vilipender son grand frère à qui « la peur du choléra [fait] oublier sa grammaire française ».

Il se dégage de cette correspondance un incroyable attachement de Baudelaire à sa famille et une sensibilité à fleur de peau.
S’adressant toujours à son frère, il écrit ainsi âgé de 13 ans : « Et bien je te demande pardon, je suis fâché et ne manquerai plus aux devoirs d’amitié. Hier soir, j’ai écrit à mes parents pour leur dire de ne pas désespérer de moi, et je leur ai demandé pardon dans ma lettre ».

Où l’on découvre (mais de l’auteur des Fleurs du mal, est-ce une surprise ?) un Baudelaire suicidaire, et qui l’écrit à sa mère « Songe que depuis tant, tant d’années, je suis sans cesse au bord du suicide. Je ne te dis pas cela pour t’effrayer ; car je me sens malheureusement condamné à vivre ; mais simplement pour te donner une idée de ce que j’endure depuis des années qui pour moi ont été des siècles. […] Si tu savais combien j’aurais de talent, et de souplesse, et de douceur dans le caractère, et même peut-être de gaité, si j’étais débarrassé de tout ce qui m’accable depuis dix-neuf ans ! ».

Et l’éternel passionné, futur traducteur d’Edgard Poe. Il consacre ainsi, âgé de 21 ans, toute une missive pour demander à sa mère : « Aussitôt que tu recevras cette lettre, monte dans mon cabinet, cherche les œuvres d’Edgar Poe, prends le quatrième volume, informe-toi du moyen le plus rapide […] et envoie le moi tout de suite. Cet exemplaire de Poe me coûte un prix fou ». Avec en post-scriptum : « Protège bien surtout les coins et les angles du volume. Recommande la grande vitesse, la plus grande ».

Elève dissipé mais capable de repentir (dans une lettre adressée à un professeur : « J’ai ri et je vous ai manqué de respect. Je vous en fait mes excuses sincères, aussi profondes, aussi complètes que vous le désireriez »), fils rebelle mais aimant, Baudelaire dévoile dans ses premières lettres une enfance heureuse en contraste avec la mélancolie qu’il dira plus tard en avoir éprouvé.

Pour qui souhaite connaître davantage (tout le monde lève la main), même un tout petit mieux, ce poète de génie intemporel, à qui sont redevables des Verlaine, Rimbaud ou Mallarmé, il n’y a qu’une chose à faire avec ce recueil de lettres inédites : se jeter dessus.


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