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Charles Dantzig, Je m’appelle François

Clément Solym - 10.01.2008

Livre - Charles- - Dantzig - m-appelle


Quand on vous répète que l’influence du contexte social où évoluent les enfants modifie fondamentalement leurs réactions et conditionne leur avenir… Le petit François, entouré d’une mère prostituée à ses heures perdues, d’un père alcoolique et d’une famille du côté de sa pute de mère composée de femmes, toutes assez peu recommandables, le petit François, donc, ne connaîtra pas les aventures paisibles du petit Nicolas…

Quittant son Sud natal via la gare de Tarbes pour Paris Montparnasse à l’âge de 16 ans, François se serait senti l’âme d’un Rastignac s’il avait eu l’occasion de lire du Balzac. Mais débarquant sans un sou vaillant, le voici qui brode, invente, son passé comme son futur, sa famille et ses relations. Il ruse, feint et simule, parce que la vie est une chienne, qu’il faut se méfier de tous et de tout. Parce qu’il n’a que lui sur qui compter et que s’il peut profiter de la stupidité des autres, pour améliorer sa vie, alors rien ne l’en empêchera.

Le reste du livre n’est qu’une aventure. Une imposture de haute voltige comme il s’en est déjà rencontré dans les faits divers. D’abord conquérant de Paris, voici François d’Array, ou d’Arblay, Delamothes selon les jours, Darrigrand au besoin, Astor par temps pluvieux, Dumas quand le soleil s’y prête, et « autant d’autres François qu’il faudrait ». Puis lassé de la Capitale, François devient Depardieu, neveu de l’acteur français et part à l’assaut des USA.

Le reste n’est que littérature. Inculpé pour un larcin datant de son époque parigote, François sera extradé vers la France, purgera une peine de prison, et son imposture démasquée, il deviendra une star. Un people. Mais peut-on frapper son torse avec ardeur, en clamant bien haut « Mon honneur ! » et supporter la mitraille des paparazzis, qui font de votre image, si inconnue et insaisissable, leur gagne-pain ?

En sortant de ce livre, j’ai eu une seconde d’hésitation. Penchant tout d’abord pour l’imposture littéraire, et le second degré, voire la mise en abîme du récit, illustrant pour le lecteur même, toute la course effrénée du héros (mais est-ce là un homme méritant le titre de héros, quoique je le pense ?). Certes, l’ensemble est bien écrit. On ne se lasse presque pas des turpitudes qui rythment dans le strass et les paillettes la vie de François.

« « Je m’appelle François » est peut-être la seule phrase où je n’ai jamais menti de ma vie », nous informe assez laconiquement la quatrième de couverture. Rien à quoi se retenir, rien pour tenter d’accrocher si ce n’est un mystère identitaire, une inconsistance sociale ou un oedipe réglé au fusil de sniper…

L’alternative qui se présentait aurait voulu que je sois passé complètement à côté du livre. Avec mon second degré, je pouvais me rhabiller et repartir penaud à ma collection de Pif gadget de l’ère Khrouchtchev, sans me retourner. Qu’avais-je bien pu lire ? L’histoire d’une descente aux enfers pour un ange qui aura caressé les étoiles ? Ôtez le lyrisme facile et l’on nage en plein dedans. Mais quelle sensation d’inconfort me prend, alors que la dernière page est tournée, que la fin m’a laissé un goût de « tiens, je te voyais pas venir gros comme un HLM du périph’ ».

Bien, je n’en ai aucune idée. Et finalement, je crois juste que le livre était fade. Ni mauvais ni bon. Ni à porter aux nues pour son double sens caché, ni à mépriser pour sa vilenie. Un livre tiède, comme ceux qui ne croient pas en Dieu, mais ne parviennent pas à réfuter sa possible existence. Un livre qui ne choisit pas, que l’on finit comme on arrive au terminus de sa station de métro, de bus ou de tram.

Un livre que l’on ne recommandera pas, pour ne pas ennuyer, ni désennuyer le lecteur.


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