Charles Robinson, Génie du Proxénétisme

Clément Solym - 04.02.2008

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Proxénète, un métier d’avenir, qui l’aurait cru ? Tout le monde garde à l’esprit la ruelle sombre où le client en mal d’amour vient chercher le réconfort de la chair sans se soucier que de son plaisir médiocrement tiré de cette passe. Une passe dans l’impasse, c’est une évidence. Et cette crasse sexualité jette l’opprobre sur une relation intime de partage et de tendresse, qui sait ?
Incroyable de parler en ces termes de ce qui reste dans l’esprit populaire « une vidange », « une mesure d’hygiène » ou encore « tirer son coup ». Et pourtant…

La Cité, c’est un lieu de plaisir, de charme et de prostitution. Mais pas celle informe de la luxure vulgaire : non, c’est un château importé de Cythère où l’on rend grâce aux joies du sexe. La Cité est une entreprise, un prestataire de service installé dans une région en plein déclin économique. Et parmi ses employés, on rencontre bon nombre de prostitué(e)s. Car la Cité vend du sexe.
On y traite de la fellation comme d’un produit d’attaque, de forfaits trois position, de mesure satisfait(e) ou remboursé(e). Ici on propose de la sodomie comme l’on vendrait autre chose, à la seule différence qu’aucune entreprise ne connaît un tel développement, ni une telle perfection dans la gestion des ressources humaines.

Le Génie du proxénétisme raconte l’épopée d’une boîte qui se monte, se heurte à la morale et aux bonnes mœurs parce qu’elle vend du sexe. Du plaisir. De l’orgasme. Et même multiple si l’on y met le prix. Comme dans un restaurant, on peut choisir à la carte ou préférer un menu. Comme dans un restaurant, on attend avant d’être servi et de consommer, et finalement cette attente participe au plaisir, à la jouissance.

Dans la Cité, les femmes ou les hommes se prostituent – on emploie même des étudiant(e)s pour des boulots saisonniers – et se vendent, mais dans le respect mutuel du client et du prestataire. Pas de maquereau sordide, pas de bordel glauque : ici, tout est organisé, structuré et encadré pour le bien-être de chacun.

À la Cité, on vous vend du sexe. Mais ce n’est pas pour cela que vous reviendrez.

Une blague. Promis. Avant de recevoir ce livre, on a tous cru à une blague. Et on a cessé de rire dès les premières pages. Abordés avec la rigueur d’un traité d’économie et de gestion d’entreprise, Génie du proxénétisme est un livre qui ne peut ressemble à aucun autre. Un extra-terrestre sur la planète édition. De façon décomplexée – c’est un mot d’ordre – on y aborde tous les paramètres à prendre en compte dans l’organisation d’une gigantesque institution où la sexualité et le plaisir sont au centre de l’offre. Et répondant à une demande, avant elle très largement laissée à un amateurisme sordide, la Cité est l’exemple type d’une perfection économique.
On y vend du sexe. Mais ce n’est pas pour cela que vous reviendrez. Non, sûrement pas.

Dans ce livre qui jamais ne plonge dans le vulgaire ni le graveleux, mais au contraire aborde avec humanité une relation commerciale délicate, on a élu le plaisir au rang de religion. Non sans une ironie cinglante, il aborde le sexe et ses variantes avec une logique d’économie de marché, avec la puissance d’un esprit libéral, qui décrypterait un marché en plein développement. Et c’est le cas…

On prend en compte la formation du personnel, depuis les menus gestes jusqu’aux demandes les plus retorses : tout doit répondre aux besoins d’un client roi, mais avec le respect essentiel de son partenaire sexuel du moment. Rien n’est laissé au hasard, que ce soit dans la nécessaire rentabilité ou l’épanouissement du personnel, encadré par des psychologues.

Cette éthique de la prostitution, entrecoupée d’extraits du Génie du christianisme de Chateaubriand démontre comment l’on peut faire revivre une région sinistrée avec une poigne ferme et une volonté de réussite.

On vous y vend du sexe. Mais ce n’est sûrement pas pour cela que vous reviendrez.

Génie du proxénétisme, c’est un humour corrosif, un pamphlet surhumain et méticuleux, c’est aussi un livre léger et plaisant, une mine de renseignements sur l’attitude de l’entrepreneur idéal… Autant de lectures qu’il y aura de lecteurs. Avertis tout de même. Ici, on ne va pas par quatre chemins : business is business… Faites-vous un avis