Chico & Rita, du jazz à la passion

Clément Solym - 05.07.2011

Livre - chico - rita - trueba


Cuba, La Havane, 1948 : on observe les destins croisés de Rita, chanteuse à la voix de velours et de Chico, pianiste ambitieux. C’est la musique qui les a rassemblés, c’est aussi elle qui les sépare. Retrouvailles fougueuses, ruptures brutales. Quand l’amour se heurte à l’ambition et le rêve américain à la ségrégation raciale, il est des choix qui s’imposent et qui décideront de toute une vie.


La bande son de Chico et Rita évidemment est incroyable avec tous les grands classiques de jazz des années 50 : Dizzy Gillepsie, Thelonious Monk, Cole Porter, Charlie Parker, sans oublier la voix sulfureuse de Rita, incarnée par Limara Meneses et les musiques originales du film, composées par Bébo Valdes. Le spectateur mélomane se retrouve bercé par un sulfureux mélange de jazz cubain et américain, relevé par des notes de salsa et de rumba… Une musique nouvelle, riche des deux origines.

Crédit photos : © Studio 37

Chico et Rita est un dessin animé traditionnel, de ceux qui se font rares aujourd’hui et dont on ne peut que regretter la finesse des traits. Ici, le dessin de Javier Mariscal avec ses imperfections et ses mouvements parfois saccadés est plein d’un charme nostalgique.

C’est un dessin animé oui, mais d’emblée on est prévenu, ce n’est pas un film destiné aux enfants : la très belle affiche montrant les deux personnages éponymes nus et enlacés au dessus d’un piano est explicite. Les sujets abordés dans le film le sont également : l’amour sans tabou, le sexe, la boisson. Mais aussi des thèmes historiques voire politiques sur le contexte cubain des années 40 et 50.

La petite histoire dans la grande Histoire

En effet, le film revient indirectement sur les évènements historiques de Cuba. L’intrigue commence à la fin des années 40 où l’on découvre un cuba ouvert sur le monde et notamment les États-Unis. Puis l’on y retourne quelques années plus tard, en pleine révolution cubaine. Si l’aspect historique est secondaire et contextuel, il est tout de même omniprésent à travers l’histoire du jazz cubain et américain.

Crédit photos : © Studio 37

Enfin, le film montre bien la position des noirs dans la société américaine des années 50 et dénonce avec virulence la ségrégation. On se souviendra par exemple de la scène poignante où Rita se confie sur scène, seul endroit où elle peut s’exprimer librement : « J’ai la chance de chanter dans ce grand hôtel, mais on refuse de m’y laisser dormir. Je dois passer la nuit dans un motel en dehors de la ville ! et on me dit que je suis une star ? » Un aveu malheureux qui mettra d’ailleurs un terme à sa carrière.

Si l’on (re)vit avec Chico et Rita les principales évolutions historiques américaines des années 50, on partage avant tout leur très belle histoire d’amour.

Sortie officielle en salles le 6 juillet 2011