1515, Marignan : Le jour où la France a dérouillé la Suisse

Audrey Le Roy - 14.09.2015

Livre - Bataille Marignan - François 1er - guerre France


Il y a 500 ans, jour pour jour, l’armée de François Ier remportait la bataille de Marignan (13 et 14 septembre 1515). 1515, Marignan. Voici une date que tout le monde ou presque connaît. Facile à retenir, elle nous assurait au moins un point lors des contrôles portant sur les grandes dates de l’Histoire de France.
 

 


1515, Marignan ! Il faut bien avouer que c’est à peu près tout ce que l’on sait de cette grande victoire. Grande victoire ? Amable Sablon du Corail, conservateur du patrimoine au Service historique de la Défense, au château de Vincennes, tente de mieux nous faire comprendre les tenants et aboutissants de cette bataille dans son livre 1515, Marignan publié au mois de mars chez Tallandier. 

 

François Ier (12 septembre 1494 – 31 mars 1547) devient roi de France le 25 janvier 1515 suite au décès, sans héritier direct, de Louis XII (le 1er janvier 1515). Il a 22 ans. C’est un beau jeune homme charismatique, mais qui n’a pas encore les épaules pour régner. Il est fort à parier qu’il n’a pas décidé seul de partir à la reconquête du duché de Milan (perdu par Louis XII trois ans plus tôt), il aura fallu des hommes d’expérience, les conseillés de ses prédécesseurs pour l’en convaincre. 


Quoi qu’il en soit, il prend la tête, début août 1515, de la plus grosse armée jamais réunie par la France, forte de plus de 40.000 hommes. Le futur Charles Quint n’est pas encore une menace. La neutralité du roi Henri VIII d’Angleterre a été achetée, il semble donc bénéficier d’une relative tranquillité pour aller faire la guerre en Italie. 


La campagne commence bien, ce qui fait espérer à François Ier que les Suisses accepteront une alliance, début septembre il propose pour cela une très grosse somme d’argent. Hélas les négociations échouent. 


Le 13 septembre, les Suisses lancent l’offensive et attaquent les troupes françaises à environ 13 kilomètres de Milan, à Marignan. Ils sont 25.000 hommes contre 40.000. Malgré leur infériorité ils réussissent à tirer leur épingle du jeu, mais la nuit tombe, il faut se retirer. Pendant la nuit, les Français, qui souffrent moins de la faim, car mieux ravitaillée, ont creusé des tranchées et encerclé les Suisses avec leurs pièces d’artillerie. De plus, l’arrivée des troupes vénitiennes, alliées des Français, siffle l’arrêt du match. Les Suisses sont vaincus. 


Il aura fallu plus de 12.000 morts (8.000 chez les Suisses et environ 4.000 chez les Français) pour arriver à signer un accord (le 29 novembre 1516) que François Ier voulait faire signer avant la bataille, à savoir une « paix perpétuelle » et l’exclusivité concernant l’enrôlement des mercenaires suisses. 

 

Mais ce livre nous en apprend également énormément sur l’histoire de la Suisse durant cette période, histoire assez méconnue et très surprenante.
 

1515

Olivier Bacquet, CC BY 2.0

 


Il faut savoir que la Suisse n’était pas un état comme pouvait l’être la France ou n’importe quels autres pays européens. Elle était composée de trois cantons distincts. « Communautés de vallée et communes urbaines sont des associations librement consenties, formalisées par un échange de serments, donnant à leurs membres une garantie de sécurité et d’assistance mutuelle, ainsi que le droit de bénéficier de services collectifs. » Au XVe siècle, il est plus question d’une Confédération que d’un état. Les cantons sont tous différents les uns des autres ce qui n’est pas sans créer des tensions internes, mais au final le devoir d’assistance mutuelle a toujours été le plus fort… et contre les Habsbourg il y avait fort à faire.

Aujourd’hui encore, l’image que nous avons de la Suisse est celle d’un pays paisible depuis la nuit des temps (ou du moins depuis 1516) et peuplé de gens paisibles, proches de la Comté de Tolkien en définitive. 


La lecture de ce livre va en donner un tout autre aperçu. 


On découvre des hommes toujours prêts à se battre. Qui vont à la guerre de préférence sans armure pour ne pas être gênés dans leurs mouvements. Certains même sans casque et pieds nus. Ils ne sont pas friands des arbalètes et autres arcs qui sont trop longs à recharger, ils préfèrent, et de loin, les hallebardes et les piques. En définitive, ils ressemblent plus à des brutes épaisses qui pour gagner les batailles misent tout sur une attaque frontale et en masse, « la tactique des Suisses sur le champ de bataille, exclusivement frontale, est pour le moins sommaire et fait irrésistiblement penser aux sorties du village d’Astérix contre les Romains. » 


Et de fait, l’offensive lancée le 13 septembre 1515 contre les troupes de François Ier était dans cette idée-là.

1515, Marignan, d’Amable Sablon du Corail, nous présente l’état de l’armée française et de l’« armée » suisse et nous informe de l’évolution de ces deux pays depuis le XIVe siècle jusqu’au XVIe afin de mieux nous faire comprendre l’engrenage qui a amené à ce carnage.


Les scènes de guerre sont passionnantes, écrites avec des phrases courtes qui donnent une rapidité à la lecture qui nous laisse haletants, on en oublierait presque que l’on connaît le dénouement final ! 


Marignan restera dans le conscient collectif comme une des grandes batailles de l’Histoire de France, mais à y regarder de plus près le courage des Suisses en impose et laisse un petit goût amer. On appréciera, de ce fait, tout particulièrement les cinq leçons de Marignan à la fin du livre. 


Pour approfondir

Editeur : Taillandier
Genre : histoire essais
Total pages : 512
Traducteur :
ISBN : 9791021003309

1515, Marignan

de Amable Sablon du Corail

1515? La réponse sonne comme une évidence: Marignan! Mais qui sait où se trouve Marignan? Que la bataille se déroule les 13 et 14 septembre? Qu’elle est remportée contre des Suisses à l’apogée de leur puissance? Que plus de la moitié des combattants de l’armée française sont des lansquenets allemands? À la conquête du lointain duché de Milan, François Ier se jette dans la mêlée au prix de risques insensés, soucieux d’affirmer son attachement aux valeurs chevaleresques. Pourtant, ce n’est ni par ses faits d’armes ni par son courage que le jeune roi a remporté la victoire, mais grâce aux ressources financières colossales que lui procure le peuple le plus nombreux d’Europe. Rarement bataille est autant disputée: 12 000 morts en seize heures! Les divisions qui opposent les Suisses, la violence dont ils font si souvent preuve, leur courage et leur acharnement au combat donnent à la campagne une épaisseur humaine particulière. Trop souvent prisonnière de sa notoriété, la plus célèbre bataille de l’histoire de France est enfin racontée dans un récit aussi savant que haletant.

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