Agrippine la Jeune, "une sorte de pionnière du féminisme"

Audrey Le Roy - 13.07.2015

Livre - histoire Rome - Agrippine pouvoir - antiquité romaine


Virginie Girod, docteur en histoire et spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité dans l’Antiquité romaine, nous propose une biographie d’Agrippine la Jeune extrêmement complète et terriblement attrayante, publiée chez Tallandier : Agrippine. Sexe, crimes et pouvoir dans la Rome Impériale. 

 

A priori, lorsque l’on pense à Agrippine, ce n’est pas le mot douceur qui nous vient à l’esprit, mais plutôt froideur, manipulation et libertinage ainsi que mère de ce charmant jeune homme appelé Lucius Domitius Ahénobarbus, plus connu sous le doux nom de Néron. Charmant, j’avais prévenu !

 

On a coutume de dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu et il semblerait, à la lecture de ce livre, qu’effectivement Agrippine la Jeune soit une femme que nous appellerions aujourd’hui une femme de pouvoir, « une sorte de pionnière du féminisme » comme le dit l’auteur. Mais le caractère d’une personne ne devient pas ce qu’il est sans raison. Il apparaît donc intéressant, pour ne pas dire primordiale, d’étudier la famille et l’enfance d’Agrippine pour mieux comprendre la femme qu’elle est devenue. Et c’est ce que fait avec brio Virginie Girod. 

 

Agrippine la Jeune, arrière-petite-fille d’Auguste et de Marc Antoine, fille de Germanicus, sœur de Caligula, a eu une jeunesse un peu difficile, jugez plutôt : elle naît dans l’actuelle Cologne en 15 apr. J.-C. sous le règne de l’empereur Tibère. Dès sa naissance, elle est baladée de camps militaires en camps militaires ; à 18 mois elle entre à Rome pour le triomphe de son père. Toute la famille défile devant le peuple romain, elle est trop jeune pour s’en souvenir, mais cela met en lumière que son enfance ne sera évidemment pas celle de la petite romaine lambda. Elle aura très vite conscience « de son rang et de sa noblesse ». Son père, Germanicus, meurt le 10 octobre 19, elle a 4 ans. Mort naturelle ? Assassinat ? C’est un peu flou, mais gageons que de perdre son père est difficile à supporter, quelles qu’en soient les causes. 

 

Agrippine Sexe crimes et pouvoir dans la Rome Impériale

 

 

Quelques cabales, disgrâces, meurtres et années plus tard, voici Agrippine la jeune mariée, on est en 28, elle a 13 ans. L’époux, Cnéus Domitius Ahéonobarbus, est certes issu d’une excellente famille, il est le petit-fils de Marc Antoine et d’Octavie, petit-neveu d’Auguste et donc cousin éloigné de sa promise, mais le marié a surtout 45 ans passés et est réputé pour sa brutalité. Après ce passage, avouez que pour l’innocence enfantine on repassera ! 

 

Tout cela donne des éléments de compréhension pour appréhender la femme « froide et calculatrice » qu’elle allait devenir. « Dès sa prime enfance, Agrippine la Jeune devait comprendre qu’il n’y avait que deux choses essentielles dans la vie : gouverner et rester en vie. »

 

Elle accouche d’un joli chérubin, son unique enfant, exactement neuf mois après le décès d’un autre homme au cœur tendre, Tibère, mort le 16 mars 37 ! En l’absence d’héritier direct (quelques meurtriers s’en sont assurés), c’est Caligula qui devient empereur de Rome à 25 ans, il rappelle auprès de lui la seule famille qui lui reste, à savoir ses trois sœurs : Agrippine, Drusilla et Livilla II.

 

Si Caligula n’a pas d’héritier, la voie vers la pourpre impériale reste accessible au fils d’Agrippine. Autant vous dire qu’elle ne porte pas ses belles-sœurs dans son cœur et que l’opportunité de fomenter un petit complot pour assassiner son frère, qui de toute façon commence sérieusement à perdre la tête (Caligula était épileptique et souffrait de troubles psychiques) est plus que tentant. Hélas, Caligula conserve assez de lucidité pour sentir le danger. Agrippine est exilée en janvier 41 sur l’île de Pontia avec sa sœur Livilla, les autres complices furent exécutés. On ne connaît pas grand-chose des conditions de l’exil, on sait cependant que son fils, âgé de 2 ans, resta à Rome. 

 

Cet exil dura un peu plus d’un an. En effet, le 24 janvier 41, Caligula était assassiné par des membres de la garde prétorienne pour mettre fin au règne de cet « empereur fantasque et violent ». Caligula n’eut pas de fils, Néron n’était encore qu’un jeune garçon, ce fut Claude, frère de Germanicus et petit-fils de Marc Antoine, qui fut proclamé empereur. 

 

Dès lors Agrippine pouvait revenir à Rome et faire tout ce qui était en son pouvoir pour que son fils, Néron, devienne empereur, afin qu’elle puisse gouverner à travers lui. Son premier mari étant mort d’hydropisie quelques années plus tôt, il lui fallait retrouver un statut de femme mariée. Elle épousa un riche avocat, Crispus Passiénus. 

 

Parallèlement, le destin d’Agrippine était lié aux actes de Messaline, la femme de Claude. La réputation de cette dernière n’est plus à faire. Qui dit Messaline, pense à adultère (pour ne pas dire plus). Et c’est en effet son dernier adultère qui aura raison de sa vie. Elle pensait faire un coup d’État avec son amant et ainsi prendre le pouvoir, la machination est déjouée, elle est exécutée en 48. Claude se retrouva donc le célibataire le plus convoité de la ville. Les choses étant bien faites, le second mari d’Agrippine passa l’arme à gauche au plus tard en février 48, Agrippine pouvait donc, également, se remarier… 

 

Si vous avez bien suivi, Claude est le frère de Germanicus, lui-même père d’Agrippine, mais qu’à cela ne tienne, si c’est pour le bien de Rome, on peut bien marier un oncle à sa nièce. Ça sera chose faite le 1er janvier 49. Agrippine n’a plus qu’à tout mettre en œuvre pour que Claude adopte son fils Néron (le 25 février 50) et le déclare seul héritier aux dépens de son fils légitime, le tristement célèbre Britannicus. 

 

Après 6 ans d’un mariage heureux, Agrippine estima qu’il était plus que temps pour son fils de régner. Une poêlée de champignons servie à son cher et tendre et le tour était joué. Claude meurt dans la nuit du 13 au 14 octobre 54. On notera que subsiste un léger doute sur la culpabilité d’Agrippine, léger… . 

 

Néron devenait empereur à moins de 17 ans et Agrippine réalisait son rêve, être impératrice mère. À toujours être sur le dos de son fils et à lui dire comment gouverner, il fallut moins d’un an à Agrippine pour se faire haïr de Néron et moins de 4 pour que celui-ci pense carrément à l’occire. 

 

Ce livre nous permet de découvrir une femme qui s’est battue toute sa vie pour se faire une place là où les femmes n’en avaient que peu. Oui ! Il y eut adultères, meurtres, manigances, mais ni plus ni moins qu’à d’autres périodes de l’Histoire. Le véritable tort d’Agrippine est en fait d’avoir enfanté un monstre et elle fut jugée, a posteriori, pour cela. Un récit remarquable et captivant !


Pour approfondir

Editeur : Tallandier
Genre : mythologie /...
Total pages : 304
Traducteur :
ISBN : 9791021004917

Agrippine - Sexe, crimes et pouvoir dans la Rome I ...

de Virginie Girod

Agrippine la Jeune appartient à la lignée des femmes dangereuses, des empoisonneuses, des séductrices, entre Médée et Lady Macbeth. Son plus grand crime? Avoir porté un monstre à la tête de Rome! Car Agrippine la Jeune est la mère de Néron, le tyran qu’on accusa de tous les vices, le premier persécuteur des chrétiens. Pour déposer la couronne de lauriers sur la tête de son fils et gouverner Rome à ses côtés, Agrippine souilla ses mains du sang d’innocents, s’offrit à des hommes de toutes conditions pour mieux les manipuler. Hélas, Néron, une fois son pouvoir bien établi, assassina sa démiurge de mère. Mais l’historiographie est trompeuse. Derrière la criminelle sensuelle, derrière la mère indigne, se cache une femme résiliente et intelligente, une femme politique redoutable, déterminée et machiavélique. Le destin d’Agrippine est incroyable. D’illustre naissance, descendante à la fois d’Auguste, de Marc Antoine et de Jules César, elle révolutionna la fonction d’impératrice et prit part au gouvernement de Rome envers et contre tous en dépit de sa condition de femme. Et si c’était là sa plus grande transgression?

J'achète ce livre grand format à 20.90 €

J'achète ce livre numérique à 12.99 €