Les sables bitumineux : la honte du Canada

Mimiche - 22.12.2015

Livre - sable bitumineux - Canada - Environnement


A l’heure où des engagements mirifiques viennent de nous être assénés à l’issue de la COP 21 par une myriade de pays tous mieux pensants les uns que les autres quant à la réduction des GES (gaz à effet de serre), il est une nécessité absolue : celle de lire cet ouvrage d’Andrew NIKIFORUK particulièrement édifiant sur le désastre écologique, environnemental, énergétique, politique, financier, que les grandes compagnies pétrolières mondiales sont en train de créer et d’entretenir en Alberta (une province du CANADA) avec la bénédiction des politiciens tant au niveau provincial que fédéral.

 

Ouvrez Google Earth (ou n’importe quel autre site internet similaire) et tapez « Fort McMurray ». Vous allez découvrir, au beau milieu de la forêt boréale, milieu éminemment fragile, un réseau tentaculaire de routes, de mines, de bassins de stockage, sur des milliers et des milliers de kilomètres carrés dévastés.

 

Ouvrez un atlas géographique et allez découvrir le gigantesque réseau hydrographique de la rivière Mackenzie qui draine une surface grande quasi comme la France avec des sous-bassins aux noms mythiques : Athabasca, La Paix, Liard, Grand Lac des Esclaves, Grand Lac de l’Ours ,.. Un bassin versant qui va, via les Territoires du Nord-Ouest essentiellement occupés par des autochtones, se jeter dans la Mer de Beaufort bien au-delà du cercle polaire arctique. Des régions réputées pour leur fragilité écologique comme le sont toutes les régions subissant des climats extrêmes.

 

En amont de ces espaces sauvages et peu peuplés que Roger Frison Roche a magnifiés dans un splendide récit d’exploration de contrées quasi vierges dans les années soixante (« Nahanni », 1969, Ed. Arthaud), est en train de se jouer la plus énorme dégradation de l’environnement que l’homme ait jamais engagée sur Terre. Une gabegie énergétique qui consomme du gaz naturel à outrance pour produire du bitume (à peu près le même niveau d’ineptie que d’utiliser de l’eau potable pour vider les toilettes !!!)

 

Un état dans l’état qui classe « confidentiel » ses impacts sur l’environnement (quand seulement les études existent). Un état dans l’état qui spolie les populations autochtones de leurs droits sur des territoires ancestraux. Qui fait remercier les fonctionnaires d’Environnement Alberta (l’équivalent du Ministère de l’Environnement) qui ne se complaisent pas dans le béni-oui-oui. Qui permet que les populations de travailleurs venus de tous les coins du monde soient abreuvées d’alcool et de drogues. Qui bénéficie d’un lobbying monstrueux faisant adopter, par des politiciens soumis, les lois provinciales et fédérales aux besoins des industriels et mettant à la charge du contribuable futur la remise en état des sites (si tant est qu’elle soit seulement possible) pour laquelle aucune garantie financière n’est exigée aujourd’hui en prévision de demain.

 

Le chapitre 12 (« Principes premiers de Pétropolitique ») est un monument qui fait froid dans le dos, qui incite à la plus extrême prudence, vigilance, réserve aussi, vis-à-vis de l’extraction des gaz de schistes dont nos politiques hexagonaux nous promettent monts et merveilles sur la foi des explications industrielles !

 

Voir comment un état comme le Canada peut sombrer dans ce qui ressemble à une dictature de l’industrie, à un asservissement des populations locales comme « Les 7 Sœurs » (Anthony SAMPSON, 1979, Editions Québec/Amérique) ont été capables de le déployer dans les pays du Moyen Orient dans l’après-guerre, reste sidérant. Les intérêts industriels battant en brèche la démocratie dans un pays développé est un spectacle ahurissant.

 

 

Soyons vigilants !

 

Mais cette vigilance exacerbée par cette lecture doit s’accompagner d’une autocritique du lecteur par lui-même : les millions de barils de bitume extraits quotidiennement des sables albertains ne le sont pas sans raisons. Il faut donc méditer le constat atterrant de Vaclav Smill cité par Andrew NIKIFORUK d’ « une femme de 50 kg conduisant un VUS (véhicule utilitaire de sport) de 3.000 kg pour aller chercher une pinte de lait » !!!...

 

Ne serait-il pas en train de parler de moi ?

 


Pour approfondir

Editeur : Ecosociété
Genre : sciences de la...
Total pages : 312
Traducteur : marianne champagne
ISBN : 9782923165684

Les sables bitumineux

de Andrew NIKIFORUK

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