La nuit tombée : retour à Tchernobyl

Mimiche - 05.01.2016

Livre - Tchernobyl - catastrophe nucléaire - humanité


En cette fin d’après-midi, Gouri sort de Kiev sur sa vieille moto à laquelle il a attaché, tant bien que mal, une remorque. Il roule en évitant les pièges de la route, tranquillement. Et poursuit son voyage vers Chevtchenko où il veut arriver avant la nuit.

 

Alors qu’il a depuis longtemps roulé à la lueur minimaliste de son phare, il parvient aux dernières maisons du village : une halte chez Véra et Iakov avant son but ultime.

 

Son ami Iakov est de plus en plus faible. La cause ? Toutes des interventions autrefois réalisées sur la centrale après l’accident. La radioactivité, à ces doses, ne pardonne pas.

 

C’est pour cela que Gouri revient : pour aller chercher des souvenirs qu’il n’a pas eu le temps d’emporter lorsque l’évacuation générale a été imposée. Quand il est apparu que le village où était sa maison était condamnée. Trop près de Tchernobyl ! Il a fallu partir. Tout laisser, abandonner, sans seulement savoir si un retour serait un jour possible.

 

Sur le trajet interdit vers le village évacué de Pripiat, Gouri partage la soupe et la vodka avec ses amis. Il repartira plus tard. Au plus profond de la nuit. Pour échapper à la surveillance de ceux qui sont là pour empêcher tout retour dans la zone interdite : tant aux habitants évacués qu’à ceux qui viennent piller le peu qu’il reste après les destructions préventives.

 

 

Rien d’explicitement politique (au sens géopolitique) dans le roman d’Antoine CHOPLIN. Toutefois, à la fin de son livre, le lecteur n’en reste pas moins avec une foule de questions qui lui viennent à l’esprit et pour lesquelles les réponses font défaut.

 

Les plus lourdes restent : comment et pourquoi ?

 

Comment est-il possible qu’un accident de cette nature ait pu intervenir ? Quelles défaillances ? Humaines ? Techniques ? Organisationnelles ? Est-ce seulement imaginable que cela ait eu lieu ?

Comment a-t-il pu être si mal géré ?

 

Et puis la série des « pourquoi ? ». Avec au centre : pourquoi a-t-on envoyé des hommes se battre à armes tellement inégales avec un ennemi qu’ils ne voyaient pas et dont les blessures ne se soignent pas ? Répondre à cette question (parce que, comme aux échecs, il faut savoir perdre des pions pour sauver la reine) est, en soi, le commencement d’une suite infinie d’autres « pourquoi ? ».

 

Antoine CHOPLIN n’embarque pas ses lecteurs sur cette pente difficile. Il reste dans le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui ont été, de fait, martyrisés et qui, à ce titre, forment une communauté qui possède ces traumatismes en commun. En partage.

 

Chaque verre de vodka levé et avalé cul-sec est une ode à cette fraternité de ceux qui ont risqué – et brûlé – leur peau pour que d’autres soient épargnés. Gouri, l’écrivain, est là pour témoigner.

 

Témoigner de ce courage insensé (mais avaient-ils vraiment conscience du risque ?) de ces hommes auxquels la machine à broyer des êtres a réussi à leur faire croire que leur geste avait la valeur rédemptrice du sacrifice glorieux !

 

L’humanité qui existe, et existera toujours, entre ces hommes et ces femmes vaincus mais non brisés est magnifique. Le Graal que Gouri va chercher au-delà de la frontière, la volonté de Iakov, le courage de Véra ont-ils une autre valeur ?


Pour approfondir

Editeur : La Fosse Aux Ours
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782357070332

La nuit tombée

de Antoine Choplin

Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission. Le voyage de Gouri est l'occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d'évoquer un monde à jamais disparu où, ce qui a survécu au désastre, tient à quelques lueurs d'humanité.

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