Richelieu, sombre et machiavélique : l'histoire, loin des romans

Audrey Le Roy - 09.09.2015

Livre - Richelieu dictionnaire - Françoise Hildesheimer - Dénes Harai


Les Éditions Honoré Champion ont publié, fin mai, un très instructif Dictionnaire Richelieu sous la direction de Françoise Hildesheimer, docteur en Histoire et reconnue pour être l’une des meilleures spécialistes de Richelieu, et Dénes Harai, également docteur en Histoire et dont l’un des thèmes de recherche est l’histoire des représentations du pouvoir politique en France aux XVIe et XVIIe siècles. Il y a trois cent trente ans, le 9 septembre 1685, naissait Armand Jean du Plessis, futur cardinal-duc de Richelieu.  Ce dictionnaire nous aide à appréhender cette période difficile de l’histoire de France. 

 

 


Il y a plus de 150 entrées, dans ce dictionnaire, qui nous informent de façon plus précise sur le cardinal-duc de Richelieu. Il y apparaît bien loin du personnage sombre et machiavélique que ses détracteurs puis les romanciers et scénaristes ont décrit. Voici quelques thèmes développés : 

 

Formation

 

Armand Jean du Plessis est le dernier garçon d’une famille d’aristocrates de province. « Des alliances matrimoniales avec les Clérembault, les Le Roy et les Rochechouart donnent une assise aristocratique et foncière à la famille, protégée par la famille Bourbon-Montpensier. » Tous les enfants de la fratrie recevront une éducation pieuse et respectueuse des valeurs familiales. Étant le dernier de la famille, il est destiné à faire carrière dans les armes. Dans ce but, il étudiera au collège de Navarre, là où avant lui les hommes de la famille ont déjà étudié. Il suivra des cours de théologie, de grammaire, de mathématiques. Il apprendra à maîtriser l’art de la dialectique. Il sera aussi élève de l’Académie d’Antoine de Pluvinel (1552-1620, précurseur de l’école d’équitation française) qui le formera à l’art militaire : équitation, escrime, mais également danse, pour le maintien, lui seront inculqués.


En 1602, le second fils de la famille, Alphonse, qui est destiné à la vie ecclésiastique, pousse un peu trop loin la dévotion et se fait moine. Afin que l’évêché de Luçon, et les rentes qui vont avec, restent dans la famille, Armand Jean abandonne son destin militaire pour entrer au service de Dieu. 


Après avoir approfondi la théologie, il va réussir, grâce à un de ses frères et à son beau-frère, à se faire connaître et apprécier du bon roi Henri IV. Celui-ci le recommandera au pape. Armand Jean part pour Rome, il rentrera évêque de Luçon. 

Bibliothèque

 

Il s’agit du dernier gros chantier de Richelieu. Elle ne sera complètement terminée que quelques mois avant la mort du Cardinal et se situe au premier étage du Palais-Cardinal. Elle était composée de plus de 6.500 livres. Et rien ne sera trop beau pour les protéger : cheminée et tapisseries pour éviter l’humidité, protection contre la poussière, exposée plein nord pour qu’ils ne souffrent pas du soleil et des murs renforcés au sud pour amoindrir les risques d’incendie et les nuisances sonores. 


Les livres sont classés par thèmes puis par langues et enfin de façon alphabétique. Il semblerait qu’un bon tiers des livres soit, sans surprise, des ouvrages de théologie, on trouve aussi de nombreux livres sur le protestantisme (pour bien combattre son ennemi il est nécessaire de bien le connaître), l’histoire et les belles-lettres représentent, quant à elles, à peu près la moitié des ouvrages. 


À la mort de Richelieu, c’est le collège de la Sorbonne qui assure « la surveillance de la bibliothèque, fournissant les candidats bibliothécaires, donnant son avis sur les acquisitions ». 

 

Outre son goût pour les lettres et les arts (n’oublions pas qu’il est à l’origine de la création de l’Académie française) ce sont également tous les grands personnages qui ont été ses contemporains que nous découvrons. 

Marie de Médicis (26 avril 1575 — 3 juillet 1642), Reine de France et régente après l’assassinat d’Henri IV le 14 mai 1610 et mère de Louis XIII (27 septembre 1601 — 14 mai 1643). 

 

 


C’est elle qui favorisera l’entrée de Richelieu à la cour où il sera, dans un premier temps, sous sa protection. Il dira d’ailleurs, à l’occasion des États généraux de 1614 « heureux le roi à qui Dieu donne une mère pleine d’amour envers sa personne, de zèle envers son État, et d’expérience pour la conduite de ses affaires. » Par la suite, il prendra ses distances avec la reine mère et son parti dévot, ce qui sera considéré comme un acte de trahison. S’ensuivra une lutte afin de gagner la confiance de Louis XIII, chacun ayant son opinion sur la façon d’asseoir le pouvoir royal. Ce n’est que le 10 novembre 1630, lors de la Journée des Dupes que Louis XIII choisira de prendre le parti de Richelieu. Marie de Médicis, après avoir tenté une dernière cabale, devra s’exiler à Bruxelles. 

De cabales il en sera question tout au long du règne de Louis XIII et du ministériat de Richelieu. Beaucoup seront liées à Monsieur, frère du roi, Gaston d’Orléans (25 avril 1608 – 2 février 1660). Le mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche est resté, de très nombreuses années, stérile. Dès lors, l’héritier du trône était le frère du roi et la santé fragile de Louis XIII laissait supposer la chose fortement possible. S’il n’était pas question de se débarrasser de ce dernier, en revanche l’idée d’écarter Richelieu, qui semblait avoir trop de pouvoir sur Louis, était plus que tentante. Cependant il refusera toujours de compromettre son nom, il est tout de même fils de France et faire parler de lui dans d’obscurs complots pour assassiner le Cardinal est indigne de son rang. De fait, les conjurations échoueront, les conjurés seront exécutés, à l’image de Cinq-Mars en 1642 (dont l’histoire a remarquablement été romancée par Alfred de Vigny), et Monsieur ne sera pas inquiété. La naissance, le 5 septembre 1638, du Dauphin, futur Louis XIV, mettra, pour un temps, Gaston d’Orléans sur la touche. 


À la mort de Richelieu il s’exclamera « Dieu soit loué, mon ennemi n’est plus de ce monde ! » et arrivera à convaincre un Louis XIII, malade, de lui donner la lieutenance générale du pays et la direction du Conseil de guerre. 

Il est également question dans ce livre de politique, d’économie, de finance, de guerres (Guerre de Trente ans — 1618/1648, Siège de La Rochelle — 1627/1628), de religion (protestantisme, gallicanisme), d’épidémies, de révoltes et de bien d’autres aspects qui ont façonné ce XVIIe siècle. 

 

Le plaisir que l’on goûte à parcourir ce livre au gré de nos envies et/ou de nos recherches, est cependant amoindri par le nombre d’erreurs, certainement liées à un manque de relecture, qui y sont parsemées. Il n’est pas rare de trouver des coquilles dans les livres ou dans les articles, mais lorsqu’il s’agit d’un ouvrage à 70 €, on devient un peu plus chatouilleux sur les inattentions de ce genre. 


Pour approfondir

Editeur : Honoré Champion
Genre : histoire essais
Total pages : 400
Traducteur :
ISBN : 9782745328663

Dictionnaire Richelieu

de Sous la direction de Françoise Hildesheimer et Dénes Harai

"Premier ministre de Louis XIII " et " fondateur de l'Académie française " : tels sont les titres associés à la figure d'Armand Jean du Plessis (1585-1642), cardinal-duc de Richelieu, sur les plaques de rue qui affichent son nom au coeur de Paris. Ce ne sont que les plus connus d'un grand nombre de titres acquis ou attribués à ce célèbre homme d'Etat et d'Eglise dont la vie, l'histoire et la légende se composent de mille et une facettes. Ce Dictionnaire invite le lecteur à les découvrir ou à les redécouvrir autrement

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