La végétarienne : la femme qui veut devenir végétale

Mimiche - 11.01.2016

Livre - Littérature coréenne - peinture - névrose


Rien ne prédisposait Yönghye à ça. Pourtant, un jour, voilà qu’elle s’est mise à abhorrer toute nourriture carnée et à en refuser systématiquement toute consommation.

 

Au point d’inquiéter ses parents et de déstabiliser son mari, impuissant devant ce refus obstiné mais inacceptable.

 

Jusqu’au jour où son père, aussi obstiné qu’elle, a voulu lui en faire avaler de force lors d’un repas familial. Mais il n’y est pas parvenu et a fini par gifler sa fille autant par colère que par impuissance.

 

Et ce fut le début de la rupture avec son mari et sa famille. Une rupture par incompréhension d’une attitude inacceptable dans les schémas sociaux d’une société encore engluée dans des principes indéfectibles.

 

Des principes qui ne sont pas non plus à même d’accepter que les démarches non conventionnelles puissent permettre de traiter des problèmes psychologiques lourds et profonds, ne donnant qu’à une médecine psychiatrique, pourtant impuissante, la légitimité pour tenter de venir à bout de tels traumatismes.

 

 

Ce livre intéressant m’a cependant posé plusieurs problèmes de lecture.

 

D’une part il est conçu en trois chapitres dont le premier pourrait très bien être une nouvelle à lui tout seul, ce qui fait qu’il permet de commencer le deuxième avec un esprit neuf et libéré. Ce n’est que quelques pages plus loin que se dévoile la continuité de l’histoire pourtant faussement hachée par des titre intermédiaires très marqués. C’est assez étonnant et m’a un peu dérouté même si cela est resté très provisoire, une fois la surprise passée.

 

D’autre part, je n’en ai pas particulièrement apprécié la chute finale qui ne me paraît pas être à la hauteur de ce que laissait pourtant espérer un chapitre deux absolument enchanteur de sensualité, de communion et de justesse dans la vision de la capacité de l’art à atteindre la profondeur de l’âme : ne parle-t-on pas de musicothérapie, pourquoi ne pas envisager de la « peinturothérapie » ?

 

C’est pourtant ce que je retiendrai de cette lecture qui, en dehors du fait qu’elle permet d’accéder (un peu) à des schémas de la société coréenne qui m’étaient parfaitement inconnus, ne semble avoir d’autre but que de dénigrer une approche traditionnelle des désordres psychologiques restant incapable d’apporter à ces derniers une réponse satisfaisante.

 

Même si les objectifs du peintre (dans le roman) restent totalement égoïstes, il n’en demeure pas moins qu’il parvient à toucher Yönghye alors qu’elle était déjà largement plongée dans son délire, qu’il semblait que plus rien n’était en mesure de l’atteindre, qu’elle se détachait de toute relation humaine y compris avec sa sœur et qu’elle s’enfonçait dans une folie où l’autodestruction le disputait au refus (peut être à l’incapacité) du contact avec autrui. Pourtant, au milieu de cette brume, la peinture semblait bien avoir réussi à percer cette carapace d’isolement.

 

L’aurait-elle guérie est une question sans réponse. Un seul rêve peut-il conduire à une telle déstabilisation dans un quotidien dont le réglage quasi métronomique semblait l’exclure en est une autre qui a aussi quelque peu contribué à me laisser sur une impression mitigée après la dernière page.

 

 


Pour approfondir

Editeur : Serpent A Plumes Editions
Genre : litterature...
Total pages : 208
Traducteur : jeong eun-jin
ISBN : 9791094680032

La Végétarienne

de Kang Han

Une nuit, elle se réveille et va au réfrigérateur, qu'elle vide de tous ce qu'il contenait de viande. Guidée par son rêve, Yonghye a désormais un but, devenir végétale, se perdre dans l'existence lente et inaccessible des arbres et des plantes. Ce dépouillement qui devient le sens de sa vie, le pouvoir érotique, floral, de sa nudité, vont faire voler en éclat les règles de la société, dans une lente descente vers la folie et l'absolu. Han Kang est née en 1970 à Gwangju, en Corée du Sud. Ses ouvres sont traduites dans le monde entier (USA, Angleterre, Japon, Espagne.) et deux de ses romans, dont La Végétarienne, on déjà été adapté au cinéma. La Presse : « Une fable étrange et éthérée, rendue plus fascinante encore par la précision et la fraîcheur de sa prose. » Times Literary Supplement « La Végétarienne est une expérience extraordinaire. » The Guardian

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