Hanoï : la douceur d'Adriana Lisboa

Mimiche - 24.06.2015

Livre - Jazz - Amour - Chicago


Ce jour-là ne fut pas un très bon jour à Chicago.

 

D’abord ce fut le jour où l’oncologue, triturant l’éléphant de pierre verte de son bureau, annonça à Adam le verdict issu de ses derniers examens : rien à attendre de la chimiothérapie ou de la radiothérapie. Les atteintes au cerveau étaient telles qu’il ne restait plus grand-chose à faire d’autre que d’essayer d’atténuer la douleur.

 

Ensuite, à quelques rues de là, ce fut le jour où le patron d’Alex, dans la petite superette asiatique de quartier, la réprimanda parce qu’elle n’affichait pas un sourire commerçant pour accueillir et servir les clients. Et ça, c’était mauvais pour les affaires. Mais Alex considérait que le sourire que Thuong lui demandait n’était pas payé par le maigre salaire qu’il lui versait même s’il était bien gentil de lui avoir offert cet emploi, certainement par amour inavoué pour la mère d’Alex.

 

Ces deux-là n’avaient aucune chance de se rencontrer. Lui, le vendeur dans un magasin d’outillage, trompettiste au fond de l’âme, amateur de Jazz, fils d’un brésilien et d’une mexicaine immigrés, quitté par son ex-petite amie qui ne supportait pas son absence d’ambition. Elle, petite-fille d’un GI américain et d’une vietnamienne également immigrée aux Etats Unis mais n’ayant jamais recherché ce soldat au motif qu’elle ne voulait pas le déranger dans la vie qu’il s’était  certainement créée sans elle, employée dans cette petite supérette, mère d’un petit Bruno qu’elle avait eu avec Max, un Noir marié qui continuait de l’aider, de s’occuper de son fils mais qui n’avait jamais divorcé – à sa demande à elle – ni abandonné ses autres enfants.

 

Sauf qu’un jour qu’Alex travaillait, Adam était passé, par hasard, faire quelques courses et ils avaient parlé un peu pendant qu’il payait, qu’elle encaissait et qu’elle lui traduisait les idéogrammes affichés dans son dos : « Merci d’avoir fait vos courses chez nous ! ».

 

Sauf que David eut encore envoie de la revoir.

 

Sauf qu’Alex ne refusa pas.

 

 

Ce n’est vraiment pas tous les jours qu’il est permis de tenir entre les mains un livre aussi délicat, aussi délicieux, aussi profondément humain, aussi sensible, aussi lumineux.

 

La traduction de l’ouvrage d’Adriana LISBOA qu’en fait Geneviève LEIBRICH est d’une sobriété magnifique face à des situations personnelles des personnages qui sont particulièrement complexes, difficiles, angoissantes même.

 

Tout est fort dans ce texte.

 

Le découpage du récit qui fait ces allers-retours entre le passé, le présent, et pas d’avenir pour certains.

 

Le récit qui est tout en finesses et en légèretés malgré des situations très dures.

 

Les perspectives qui changent selon l’angle de vue choisi par le narrateur.

 

La musicalité qui, comme le Jazz, est capable de tous les rythmes, de toutes les sonorités, de toutes les orchestrations depuis l’intimiste jusqu’à la formation symphonique.

 

L’humanité des divers personnages qui sont capables d’oublier leurs préoccupations pour être attentionnés à l’égard des autres.

 

L’universalité qui s’exprime dans un kaléidoscope des cultures et des origines.

 

La délicatesse des sentiments qui se manifeste juste par des regards et n’a pas besoin de grands discours.

 

La sobriété et la pudeur qui évite le mélodrame.

 

Bref, pour moi, ce fut un vrai régal.

 

Ce livre fait partie de ces ouvrages dans lesquels je tombe par curiosité, dont j’accélère rapidement la lecture tant je suis captivé par le récit et que j’essaye tout aussi rapidement de ralentir pour faire durer le plaisir – que dis-je ?! le bonheur – de le découvrir à chaque page.

 

Je ne peux que vous inviter à faire de même.

 


Pour approfondir

Editeur : Métailié
Genre : litterature...
Total pages : 176
Traducteur : geneviève leibrich
ISBN : 9791022601610

Hanoï

de Adriana Lisboa

Alex est mère célibataire, elle essaie de concilier les études et le travail dans une épicerie asiatique. Elle vient d’une lignée de femmes vietnamiennes qui ont aimé des Américains, d’abord pendant la guerre du Viêtnam puis aujourd’hui à Chicago, où Alex a toujours vécu sans jamais avoir mis les pieds à Hanoï. Fils d’une mère mexicaine et d’un père brésilien, David est passionné de jazz, il joue de la trompette et le futur devrait s’ouvrir à lui sans cette nouvelle inattendue : il est atteint d’une maladie au stade terminal. Mais il est aussi amoureux d’Alex qu’il regarde de loin. Ces enfants d’émigrants vivent dans un mélange de cultures et de coutumes, une véritable mosaïque d’identités. L’urgence de sa situation décide David à liquider toute sa vie et à partir mourir ailleurs. Il demande à Alex où elle aimerait aller, elle répond Hanoï. Il lui propose de l’accompagner. En entrelaçant des vies aussi différentes, Adriana Lisboa construit, avec profondeur et légèreté, autour de personnages fragiles et attachants, une histoire d’amour et de détermination, mais aussi d’acceptation et de renoncement, dans laquelle les choix des personnes peuvent changer le destin de ceux qui les entourent.

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