Les étrangères : En amour, comme au quotidien, nous sommes apatrides

Radu Bata - 22.10.2015

Livre - Littérature française - Roumanie - histoire d'amour


C’est l’histoire d’une fillette franco-roumaine, Joséphine, qui s’éveille à la vie, à l’amour et à l’art, en faisant de grands écarts. Elle commence à Bucarest, au temps du choléra dictatorial, et finit une quinzaine d’années plus tard, dans une dimension non répertoriée. 

 

Alternant comme un pendule amoureux entre la Roumanie et la France, «Les étrangères» d’Irina Teodorescu est un roman à mi-chemin entre la poésie et la vertu, entre la sensualité et le jeu (conçu comme outil existentiel), entre l’image et le mouvement, entre épanouissement individuel et mémoire affective, entre amour et désamour, entre fantasmes et réalités.

 

Ainsi dit, le livre pourrait paraître un bazar conceptuel ; il n’en est rien, heureusement, la narration est fluide et incantatoire. L’écriture d’Irina Teodorescu est chantante, touchante, à fleur de peau, comme son propos. Elle fait des arabesques, danse sur le fil de nos émotions, élevée par une grâce enfantine. Et, de temps en temps, des petits mots repris comme des refrains illuminés ou des syncopes pour nous rappeler que l’existence est bâtie sur des ellipses.

 

 

 

Dans ce monde bipolaire dans lequel nous bougeons avec la constance des papillons, nous sommes tous des étrangères.

Étrangères dans ce vieux continent bifocal, étrangères dans sa propre famille (ou son entourage proche), étrangères dans une passion ou un (seul) sexe, étrangères dans un pays (d’origine ou adopté), étrangères dans une liaison (qu’on croyait indestructible), étrangères dans sa peau, comme dit la chanson.

 

Il est difficile de poser ses valises quelque part : même dans sa maison, on sera, de toutes façons, un jour ou l’autre, étranger/étrangère.

 

La seule patrie qui compte c’est la joie qu’on aura traversée, la fusion et l’apesanteur amoureuses, quand elles nous tombent dessus.

 

Joséphine s’invente tout un univers, se dédouble, se multiplie même pour se trouver et, finalement, pour mieux se damner. La liberté totale a ce prix. Sa passion pour Nadia aura duré 4 ans, et non 3, comme disait un certain guignol, et donné de jolis pieds de nez lyriques.

 

Irina Teodorescu brille de mille feux quand elle embrasse la perspective de Joséphine-enfant ou quand, bien plus tard, elle met le stéthoscope sur la déliquescence d’un amour dévorateur.

 

Après le succès si mérité de «La malédiction du bandit moustachu», Irina Teodorescu passe avec brio la difficile épreuve du deuxième roman. Et, si l’on peut se sentir étonné par le changement de ton de la deuxième partie, on y déniche bien des raisons de bonheur : il y a de l’exotisme, du sexe, des questionnements qui nous ressemblent et surtout cette écriture lumineuse - truffée de belles images - qui rend souvent la lecture incandescente.

 


Pour approfondir

Editeur : Gaïa
Genre : litterature...
Total pages : 192
Traducteur :
ISBN : 9782847206487

Les étrangères

de Irina Teodorescu

Par l'auteur de La malédiction du bandit moustachu. Leur histoire est celle d’une passion dévorante et sensuelle. Joséphine est roumaine et française, étrangère à Bucarest comme à Paris. Avec une question en suspens: peut-on être amoureuse de sa professeure de violon? Devenue photographe, elle rencontre Nadia, la louve, qui danse, débordante, son corps en mouvement est comme un fleuve en colère. Étrangère à son tour dans les ruelles de Kalior, la ville endormie, sur laquelle veille le dieu doré.

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