Chronique : L'apocalypse selon Fred, de Philippe Setbon

Clément Solym - 08.07.2010

Livre - identite - angoisse - crise


Bon, petite précision à l'attention du chaland qui chalande : apocalypse signifie précisément Révélation. Et comme l'apocalyptique Saint Jean a écrit la révélation de la fin de ce monde et de l'avènement de l'autre, la sagesse populaire en a gardé l'idée primordiale de fin du monde. Voyez comme les gens sont égocentriques. Si ce n'est pas malheureux...

Fred, de son côté, vit aussi une série de révélations. En ce sens, il est à même de parler d'apocalypse. Surtout que les siennes, de révélations, frôlent méchamment la catastrophe. Jusqu'à ne plus pouvoir faire autre chose qu'y plonger.

Ce romancier un peu raté depuis quelque temps, dont la femme est partie, se retrouve à contacter un vieux copain du bahut, un certain Ange Zucchini.
Pas méchant, le bougre (là encore, quelle étrange étymologie que le terme bougre), surtout une référence dans les yeux de Fred, si désemparé qu'il se fierait à la moindre étoile, même de type supernova en phase terminale.

Ce qui tombe bien : Ange a un plan, pour détrousser des thunards. De gros riches, qui ont une fille. Le tout, avec son beau-fils, qui ne fait pas vraiment partie de sa famille, mais que son ex-femme, morte, lui a laissé en caution. Et sa femme, Uzi. L'idée est simple : comme Ange possède une boîte de sécurité, qui a installé toutes les alarmes de la maison des thunards, il en possède aussi les codes. L'effraction ne se verra même pas. On kidnappe la fille, on demande une rançon, on est riches et à nous la belle vie.

Mais la fille, Whilemine, s'avère plus complexe à gérer que prévu. Et surtout, dotée d'un appétit féroce, de type vampirique.

Non, non, non... revenez. Ce n'est pas parce que le mot 'vampire' vient de m'échapper que vous devez reposer ce livre. Bien au contraire. L'apocalypse, c'est après. Jusque-là, comme dit le dicton, tout va bien. Ce qui compte, ce n'est pas la chute, mais l'atterrissage. Et avec le livre de Philippe, ce dernier sera corsé. Vampire, finalement, ce n'est qu'un infime détail dans la série (et la loi des séries) qui va fondre sur Fred.


Après une première partie, le livre bascule sur deux autres, où notre romancier va côtoyer une psy langoureuse, un serial-killer qu'il est probablement lui-même, des policiers inquiétants, un pousseur chargé par l'Entreprise de tuer des gens, quand c'est leur heure, une ex-femme qui ressuscite... Les rebondissements n'ont pas fini de vous prendre au cou, le tout avec un humour qui tantôt grince, tantôt jubile. Mais joue en permanence sur une corde raide très raide.

Trois parties, trois ambiances, trois enfers. Et la rédemption que l'on attend avec la même impatience que le futur pendu sa corde. Fred sera le jouet de tout ce qui ressemble de près ou de loin à des forces qui le dépassent, à raison, ou non. Et Ange Zucchini sera bien là pour le seconder, mais tout dépendra de la réalité – et du référentiel – dans lequel on va le placer.

Fin, équilibré et rugueux, ce guide de survie du looser est un vrai Corbières, que l'on savoure quand on a du palais !


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