L’Europe, L’ère du vide

Félicia-France Doumayrenc - 14.10.2015

Livre - Europe vide - Robert Redeker - religion sociétés


À l’heure d’une Europe en crise avec ce nouveau problème des migrants et où Bruxelles voudrait envisager une taxe européenne pour financer cette crise migratoire, le livre collectif L’Europe, L’ère du vide de Laurence Vanin, Robert Redeker, Jürgen Wertheimer ne peut que nous interpeller.

 

 

 

En effet, dans la lignée de Platon, d’Hegel, de Kant etc., les trois philosophes abordent les différentes formes du modèle européen. Notamment, sur la politique et l’économie, la citoyenneté et la dialectique, les Lumières et nous, la révolte de la littérature contre le fondamentalisme, et la philosophie à l’épreuve de la mondialisation. Leurs raisonnements se fondent sur une rationalité qui aurait oublié ses enracinements dans l’être même. 

 

Dans le même courant de pensée que Jean-François Mattéi, les problématiques soulevées prouvent que pour appréhender l’Europe et tenter de comprendre sa difficulté d’existence, il faut tenter d’y répondre en se posant sans cesse des questions. Cet ouvrage nous démontre qu’il faut s’éloigner d’une pensée démagogique qui nous ferait songer, qu’en donnant des réponses définitives, nous pourrions, ainsi, éviter de penser. Comme l’écrit Laurence Vanin : « Certes, pour parfaire son unité, il faut bien évidemment que cette Europe soit pensée par les dirigeants, mais il importe qu’elle fasse également sens pour les citoyens. »

 

Les trois philosophes nous démontrent que la crise de l’Europe – aussi bien institutionnelle, qu’intellectuelle et spirituelle — est avant tout une crise profonde, car elle est métaphysique et qu’elle réside dans l’oubli de l’origine métaphysique des fondements de la civilisation européenne. Ils nous donnent les clés d’analyse quant à l’universalité de l’Europe en nous faisant nous interroger. En effet, comme le fait remarquer Robert Redeker : « Quels sont les symptômes de la crise ? Le plus frappant est celui-ci, qui les résume tous : nous ne savons plus répondre ni collectivement (politiquement) ni individuellement à la question qui est pourtant celle de la politique et de la philosophie : comment vivre ? » 

 

Oui, comment vivre, sans se référer au berceau du logos et de la pensée, c’est-à-dire à la Grèce ? Grèce qui, pour les auteurs, est le lien seul qui rend L’Europe possible. Les difficultés que rencontrent ce pays sont symptomatiques ainsi que la crise de la zone euro, car l’Europe est fondée sur : « Une politique commune que nous pouvons définir comme un ensemble de choix stratégiques qui détermine une organisation générale. » (Laurence Vanin).

 

Cet ouvrage qui critique une certaine forme de modernité avec l’appui de la philosophie classique nous démontre que la philosophie se doit d’être intempestive, et que nous sommes à l’ère de la réflexion. 

 

Pour tous ceux qui ne croient plus à l’Europe et n’y voient plus que du négatif, les pensées de Vanin, Redeker et Wertheimer sont salutaires, car elles amènent à une interrogation poussée.

 

En effet, ils démontrent qu’au regard de l’orientation politique qui dénigre, sans cesse, l’Europe qui fait fi de l’esprit, qui se construit contre les citoyens, contre leurs acquis sociaux et leur histoire, qui ne connaît d’autre dieu que l’économie, d’autre loi que la banque, s’est rendue orpheline de tout avenir en étant une trahison de ce que l’Europe a toujours été. 

 

Et, au regard de l’orientation politique qui dénigre la Grèce, les trois philosophes réhabilitent une idée européenne en nous rappelant que si ère du vide il y a, celle-ci est due parce que : « Les valeurs véhiculées par les Lumières et notamment la question de la laïcité ne sont pas imposées dans l’Europe où l’influence religieuse est marquée mais également parce que la complexité s’est intensifiée avec la religion musulmane révélant des scissions et des tensions ». Et, ils considèrent qu’il est important de se ressaisir sous peine d’assister, à terme, à une catastrophe d’éclatement et de dispersion.

 

Ce livre sur l’Europe est à conseiller à tous ceux qui s’intéressent au problème de l’Europe et cherchent à trouver des explications à l’ère du vide européen.