Au XIXe siècle, Paris, dans le feu de l'été

Félicia-France Doumayrenc - 15.07.2015

Livre - Paris - Gaëlle Nohant - La part des flammes


Le roman de Gaëlle Nohant, La Part des flammes, pourrait être un des livres de l’été, mais ce serait réducteur de le réduire ainsi. En effet, ce livre met en scène un événement historique : le feu qui a embrasé, le 4 mai 1897, le bazar de la Charité. Et décrit l’existence de personnages que rien n’aurait réunis, si cet incendie n’avait pas eu lieu.

 

Celle de Violaine de Raezel, meurtrie par la mort de son époux, de Constance d’Estingel, jeune fille si pieuse qu’elle en rompt ses fiançailles avec Lazlo de Nérac, jeune écrivain et journaliste prometteur, de Mary Holgart, américaine attachante et dénotant dans son époque et d’autres protagonistes qui ont tous un lien commun : celui d’avoir été ami, d’avoir servi, d’avoir été proche de Sophie D’Alençon (princesse de Bavière, l’une des nombreuses sœurs d’Elizabeth d’Autriche, qui a vu Louis II de Bavière, son cousin devenu fou, rompre ses fiançailles). 

 

Sophie, qui sous la plume de Gaëlle Nohant fuit dans les flammes pour échapper à son destin, pour retrouver un amour perdu, et fuir une détresse qui la ronge.

 

a part des flammes Gaëlle Nohant

 

 

Violaine, Constance et Sophie sont toutes trois, sur le même stand, lors de cet incendie et voient l’horreur se dérouler sous leurs yeux. La mort est devant elles et ceux qui survivent, miraculés de l’horreur, ne sont, pour la plupart, plus que souffrance, chair brûlée, traumatisés à vie. Un homme nommé Joseph, cocher de la duchesse d’Alençon se lance, au péril de la sienne, au secours de tous ces gens pris au piège de l’incendie. Il devient un héros et est décoré de la Légion d’honneur. 

 

Le roman de Gaëlle Nohant nous emporte dans ces braises, dans cette tourmente. Elle décrit, avec acuité, les sentiments des personnages qui sont les siens. Elle imagine, à partir d’une situation réelle, ce qui s’est produit, ce jour-là, et mêle faits historiques et fiction. Elle met en situation des gens que, tout séparent initialement et qui, brusquement, en raison de cette tragédie se retrouvent.

 

Elle étudie avec minutie chaque trait de caractère de ses héros, fouille leur psychologie et les met à nu. Elle les rend, de temps à autre, déplaisants (par exemple lors de la scène où les Estingel font interner Constance diagnostiquée comme hystérique), mais le plus souvent attachants. 

 

La Part des flammes pourrait être lu comme un simple livre de l’été, mais il n’en est rien. C’est un roman où le lecteur s’attache, et ce, de manière inédite, aux protagonistes, car tous ont un vécu douloureux. Constance qui aime Laszlo réprouvé par tous, car injustement accusé de lâcheté lors de l’incendie et qui est obligé pour laver son honneur de se battre en duel, et qui, par malheur, tue son adversaire. Violaine qui souffre et survit plus qu’elle ne vit en raison d’un événement dramatique qu’elle a vécu toute jeune fille. 

 

Mary Holgart, Américaine venue passer des vacances en France, et qui est un des personnages les plus intrigants de ce roman. Car, elle devient le lien, grâce à la magie des mots de Gaëlle Nohant de toutes les autres figures de ce récit. Le feu est le premier lien, mais cette Américaine dépositaire du secret bien caché de Sophie d’Alençon en est un autre. Et, le lecteur aimerait à penser qu’elle possède aussi tous les secrets de Sissi et des autres sœurs de Sophie tout aussi nobles et tout aussi discrètes. Sont-elles folles ? Sont-elles tristes ? Sont-elles perdues ? Sont-ce elles que le lecteur retrouve sous l’écriture de l’écrivaine ? Elles qui épousent la psychologie de ces femmes toutes solitaires et malheureuses ? 

 

Sophie la sacrifiée est le fil conducteur de cet ouvrage, et c’est ainsi que la présente l’auteure : « (…) la duchesse d’Alençon avait le pouvoir de réunir les êtres qu’elle avait aimés, et de les lier les uns aux autres par un fil invisible ».

 

Elle est, même si elle apparaît peu, le personnage principal de cet ouvrage. Tout semble graviter autour d’elle. C’est là où réside le talent de Gaëlle Nohant d’emporter le lecteur dans son imaginaire. Et, grâce à celui-ci, la réalité prend le pas sur la fiction. En effet, on a le sentiment que ces figures fictives sont vraies et ont été présentes lors de ce monstrueux brasier. 

 

Ce roman, sur lequel Gaëlle Nohant, a travaillé pendant près de quatre ans et qui ne pourrait être qu’un livre de plus de lecture de vacances a une profondeur étonnante. Il décrypte, avec intensité, la psychologie des personnages de cette époque et nous fait comprendre ce Paris de la fin du 19e siècle, ce monde d’un autre temps où il ne fait pas bon d’être l’objet des médisances. La plume de Gaëlle Nohant est dense. Son vocabulaire recherché donne, au lecteur, une ouverture nouvelle. 

 

Ce n’est pas un livre historique. Et, l’imaginaire de l’écrivaine y prend toute sa place. Gaëlle Nohant arrive à faire rentrer le lecteur au cœur même de l’intrigue et celui-ci peut avoir la sensation de devenir un brasier vivant, un personnage de son roman. L’auteure réussit une prouesse : déjouant les faits réels, elle entraîne dans un imaginaire qui semble si juste, que les personnages qu’elle décrit sont, à ce point attachants, qu’il devient difficile de poser ce roman et de l’oublier comme cela se fait avec tant d’autres. Elle signe, avec La Part des flammes un texte fort, prenant et remarquablement écrit où chaque mot est porteur de sens.


Pour approfondir

Editeur : Héloise d'Ormesson
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782350873107

La Part des flammes

de Gaelle Nohant

4 mai 1897. Autour de l'épisode méconnu du tragique incendie du Bazar de la Charité, La Part des flammes mêle les destins de trois figures féminines rebelles de la fin du XIXe siècle: Sophie d'Alençon, duchesse charismatique qui officie dans les hôpitaux dédiés aux tuberculeux, Violaine de Raezal, comtesse devenue veuve trop tôt dans un monde d'une politesse exquise qui vous assassine sur l'autel des convenances, et Constance d'Estingel, jeune femme tourmentée, prête à se sacrifier au nom de la foi. Qu'ils soient fictifs ou historiques (la duchesse d'Alençon, née duchesse de Bavière, est la sœur de Sissi), Gaëlle Nohant donne vie et chair à ses personnages dans une histoire follement romanesque, qui allie avec subtilité émotion et gravité. Tout à la fois porté par un souffle puissant, littéraire et généreux, La Part des flammes, nous entraîne de rebondissements en révélations à la manière d'un roman feuilleton.

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