Chronique : Lazarus, d'Emannuel Dadoun

Clément Solym - 09.06.2010

Livre - tuer - suspect - rituel


Piquier tue ! Sans fioritures. Avec méthode. Sans hargne, mais avec beaucoup de férocité. Ici. Ailleurs. Sans préméditation. Laissant au hasard le choix de ses victimes. En Bretagne. À Agen. À Paris. Des femmes. Des hommes. Un seul point commun entre ces gens qui n’ont aucun lien entre eux c’est qu’il emporte d’eux, à chaque fois, l’index de la main droite.

C’est le Commissariat de Rennes qui, le premier, a dû enquêter sur ces meurtres en série. Kowalski est parti sur la piste avec les quelques gars qui travaillent pour lui et en particulier, Marcius, de la scientifique, qui n’a pas son pareil pour découvrir le petit truc qui va faire avancer l’enquête et orienter les recherches.

Mais, en fait, c’est une banale caméra de surveillance dans le hall d’une gare où le tueur a opéré qui va permettre son identification rapide. Et conduire l’inspecteur Kowalski sur la piste d’un homme divorcé, licencié et progressivement éloigné des siens, de son frère, de sa fille.

Un beau suspect à traquer sur les routes d’une France que Kowalski parcourt en tous sens, pistant les morts qui s’égrènent devant lui. Mais il ne reste suspect que jusqu’au moment où, tirant méthodiquement toutes les ficelles de son enquête, Kowalski bute sur un hic : Piquier s’est suicidé plus d’un an avant que commence la litanie des meurtres.

Il faut reconnaître que l’entame de ce livre d’Emmanuel DADOUN est un peu rock’n roll comme le suggère l’originale « bande-son » qui est proposée comme écoute, pendant la lecture, dans une sorte de préface.

Je ne suis pas particulièrement adepte de l’hémoglobine à tous crins ni du sadisme à qui mieux mieux et je dois avouer qu’il y a quelques passages qui sont juste à la limite de ce que je peux accepter. Mais même si cette approche un peu sanglante est toujours présente, elle n’atteint cependant pas les excès qui auraient pu me la rendre totalement rédhibitoire.

S’imbriquent les différentes histoires qui se déroulent en parallèle, alternant le chaud et le froid des situations, jusqu’au moment où elles vont finir par atteindre leur point de convergence et leur épilogue.

Ainsi, c’est donc un polar très méthodique qui se déroule au fil des pages avec un flic obstiné (mais est-ce que tous les flics de la vraie vie sont aussi seuls, renfrognés, obsédés par leur boulot ou encore obstinément en opposition avec leur patron ?) qui poursuit inlassablement son travail de fourmi et ne s’étonne pas plus que cela de toutes les invraisemblances que l’enquête qu’il mène lui met sous le nez.

Et, au fond, c’est un peu cela qui empêche ce roman d’atteindre à l’excellence alors qu’il est bien écrit, prenant, captivant même (je l’ai ouvert et lu jusqu’au bout d’une seule traite). Ce sont ces quelques passages où l’invraisemblance ne s’assume pas totalement. On n’est pas franchement au pays des zombies, mais courent, entre les pages, les effets des pouvoirs surnaturels d’un shaman mexicain. Le héros flic est loin d’être un acrobate, mais il réussit des merveilles insensées au craché de boulettes de viande, suspendu par les pieds !

Dommage ! À naviguer entre plusieurs modes, on n’est finalement ni complètement dans l’un, ni complètement dans l’autre.