Le malheur sera ta chance de Renaud Santa Maria ou "Je est un autre"

Félicia-France Doumayrenc - 20.10.2015

Livre - Renaud Santa Maria - malheur chance - Belfond livre


La mort, l’amour, la rupture sont des sujets récurrents chez les romanciers. Ils permettent à ceux-ci d’exorciser certaines douleurs. De mettre une espèce de point final à une histoire.

 

Réelle ou imaginaire, Le malheur sera ta chance, est une histoire qui devrait être simple bien que douloureuse. Le héros Augustin perd un être tant aimé. Aimé au-delà de toute raison, à la folie. Un 9 septembre sa vie bascule, car Palma succombe après une lutte digne et acharnée contre un cancer du sein. Comment survivre après un deuil, se reconstruire ? C’est une des interrogations soulevées par ce roman au titre intriguant. En effet, très croyante, Palma lui a promis un signe :

 

« Allait-elle lui prouver, par un signe, une apparition, un murmure – comment vraiment le savoir ? – qu’il y a autre chose après la mort ? La veille de sa disparition, elle lui en fit en tous cas la promesse. »

 

Le malheur sera ta chance Renaud Santa Maria

 

 

Un an plus tard, lors d’une commémoration avec les amis de la défunte, il perçoit des bruits autour de la tombe et prend conscience qu’elle est, mystérieusement, entretenue. Augustin interpelle ses proches et aucun de ceux-ci ne se rend quotidiennement au cimetière. Quadragénaire bouleversé par ce deuil, Palma est sa mère. Et, par une pirouette habile, l’auteur laisse planer le doute au début de son texte. Palma est la femme par excellence, celle de sa vie, mais qu’il a laissé mourir seule, s’absentant un court instant de la chambre d’hôpital.

 

« Jamais il ne pourra oublier qu’elle le quitta seule, lui qui aurait tout donné pour qu’à son dernier souffle, il fût auprès d’elle. » 

 

N’arrivant pas malgré tous les moyens à se remettre de cette perte, il se perd dans les méandres de sa pensée. Part à Bruxelles lors d’un voyage forcé par ses amis, sur les pas de Rimbaud et Verlaine, n’y reste que vingt-quatre heures et a enfin à son retour, lors d’une conversation avec Pierre, vieil ami de sa mère qui abandonna la prêtrise, le signe que Palma a laissé. Et, ainsi le héros peut ouvrir une nouvelle page de sa vie et quitter, enfin, ce cimetière qui le vampirise. Car il doit :

 

« Cracher le poison de la mort qui me contamine nuit et jour. Avorter ; oui ; avorter me semble plus proche de la réalité, et je me suis rendu compte que cela prenait davantage de temps que neuf mois. »

 

Renaud Santa Maria écrit un livre avec une langue très classique, on y trouve beaucoup de références tant littéraires que musicales. C’est un ouvrage sur la mort, le deuil et sur les façons de gérer ceux-ci. Le récit est vu au travers du prisme d’un quadragénaire, c’est ainsi, très souvent, qu’il désigne Augustin, son héros. On y sent la nostalgie de l’adolescence, la difficulté du passage à l’âge adulte. Cela nous pousserait à détourner cette phrase de Rimbaud et à écrire on n’est pas sérieux quand on a quarante ans.

 

Éprouvé, triste, malheureux au-delà du pensable, Augustin l’est incontestablement. Grave ? Non, son regard sur le monde est celui de l’adolescent curieux qui guette ce signe. C’est un roman où introspection, analyse, voyage mental et intérieur, réflexions sur l’existence tiennent une très grande place. S’ajoute aussi la foi, la foi chrétienne et nous avons donc nécessairement droit à une fin quasi mystique qu’il serait dommage de dévoiler.

 

 Renaud Santa Maria a sans contexte une plume et ce livre est remarquablement écrit. Il y a, néanmoins, comme quelque chose de facile dans celui-ci et on aurait aimé que la boîte de Pandore s’ouvrît autrement. Car Pandora est le nom de la chatte qui vit avec lui et, je ne pense pas, que le nom donné à l’animal soit un pur hasard stylistique. Le malheur sera ta chance est à lire pour les gens qui ont la chance d’avoir la foi, ils y trouveront un réconfort après la perte d’un être cher. Car, ce livre est plein d’espoir.


Pour approfondir

Editeur : Belfond
Genre : litterature...
Total pages : 272
Traducteur :
ISBN : 9782714460318

Le malheur sera ta chance

de Renaud Santa Maria

Le roman d'une renaissance ou le malheur sublimé. Il est là. Face à une des stèles de la division 74 du Père-Lachaise. Il observe le nom de celle qui l'a tant aimé. Celle qu'il a tant aimée. Un an tout juste qu'elle a disparu. Un an que lui non plus ne respire plus, ne vit plus, guettant le signe qu'elle lui a promis sur son lit de mort. Un an sans que le temps ne parvienne à tempérer la tristesse de cet homme au cœur en berne. La tristesse de cet enfant qui a perdu sa mère, la femme parmi toutes les femmes. Puis un jour un frémissement. Du bruit autour de la tombe, régulièrement. Augustin se sent épié, suivi. Ses amis un brin moqueurs le croient fou, fatigué et lui ordonnent le retour à la vie. Car les souvenirs, la nostalgie qu'affectionnent tant Augustin, comme des palliatifs à cette insoutenable absence, sont-ils la clef pour la vie à retrouver? Entre sa fascination pour la mort et la mélancolie, couplée à ce désir de vivre qui lui fut légué par celle qui la lui donna, Augustin descendra aux enfers pour mieux en jaillir et retourner vers le bleu et la lumière. Une leçon de vie fulgurante, une véritable esthétique de vie.

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