Chronique : Les silences, de Rose Tremain

Clément Solym - 07.07.2010

Livre - ferme - alcoolique - violence


Tout commence lors d’un pique-nique de campagne organisé, où l’on assiste à la déroute d’une fillette qui se termine dans un cri. Ensuite, c'est dans la boutique d’un antiquaire londonien que l'on se retrouve. Lui se rend compte de l’inéluctabilité de la mort en observant le fil arraché d'une tapisserie...

Dans les premiers chapitres, l’auteur nous fait découvrir un lieu, un paysage très finement détaillé ainsi que des personnages. Tout est dans le choix des mots pour planter le décor et nous présenter les personnages, les principaux ou les secondaires avec un aperçu assez juste de leurs pensées.

La lecture des derniers en revanche, c'est un gâteau que l'on déguste. Doucement, en prenant son temps pour découvrir les saveurs, ou bien tout engloutir. Il est même possible de faire une bonne pause entre chaque sans que la lecture n’en soit perturbée. Ne cherchez pas tout de suite l'enchaînement. C’est presque à la fin du livre que l’on comprend où tout cela mène, et ce n’est pas plus mal.

L'histoire se concentre autour de deux personnages que tout oppose à l’exception d’une solitude écrasante, au gré des saisons. Audrun Lunel a soixante-quatre ans et vit au cœur des Cévennes, dans un village « La Callune », dans une simple bicoque posée sur les terres appartenant à sa famille. C’est une femme particulière, hantée par des absences, qui, vive d'esprit, peut-être, ressasse ses souvenirs...

L’autre personnage clé c’est Antony Verey, l’architecte. Un homme qui cultive les restes de sa renommée et ne s’apaise qu’entouré de « ses biens-aimés », toutes les trouvailles et merveilles riches du passé qui s’entassent dans une boutique ou plus personne ne vient.

Rose TRemain
Crédit Random House
Et les deux s’opposent presque en tout : sexe, origines sociales, passés, goûts. Un manichéisme certain et facile, mais qui ne nous étouffe pas. On suit l'un, l'autre dans son quotidien et sa recherche, une fuite éperdue, de derniers instants de calmes et de bonheur... Audrun qui a oublié de vivre et souhaite seulement poursuivre ainsi. Antony quant à lui veut retrouver un second souffle et demeurer auprès de sa soeur.

Les silences, finalement, sont ceux que l’on s’impose, les silences gardés sur certains moments du passé, sur certains traumatismes qui se dévoilent peu à peu au fil des pages. Des silences qui prennent une existence au fur et à mesure que chacun apparaît.

Les mots y sonnent juste et les descriptions soignées nous emportent autant qu'elles dépaysent, de la nature aux beaux objets caressés et de l'antiquaire un peu fou. On retient aussi des mots qui frappent et choquent comme un réveil brutal d’une lecture trop douce et rêveuse. Des mots crus qui donnent le ton et cassent le rythme d’une lecture qui peut devenir un peu languide. Mais un roman qui captive l'attention, et nous fait un peu semblables à ses deux erres.


Retrouvez Rose Trémain et ses Silences, sur Comparonet