De Sophie à Marie, un autre roman d'amour

Félicia-France Doumayrenc - 09.06.2015

Livre - Jean Paul Croizé - Terrasses bistrots - roman amour


Curieux roman d’amour que celui de Jean-Paul Croizé qui nous invite à voyager avec lui dans un Paris lourd de réminiscences et hanté par les souvenirs du narrateur. Étrange roman que Les terrasses de Bistrots dont le titre, avant qu’on n’entre dans le livre, pourrait nous faire penser qu’il s’agit d’un itinéraire des bistrots parisiens.

 

Rue Daguerre (1)

Jean-François Gornet, CC BY SA 2.0

 

 

Il n’en est rien. L’italique qui ouvre le récit à la Rhumerie nous laisse tout d’abord songer à un texte sur une rupture.

« Tu n’es plus là », font, en effet, partie des premières phrases. Interpellant « tu » où le lecteur devient, sous la plume de Jean-Paul Croizé, la femme interpellée. Ce « tu », parti pris stylistique intéressant, dans son interpellation même, est une des façons dont l’écrivain nous permet de rentrer au cœur de l’intrigue, de vivre celle-ci, d’être en quelque sorte le personnage principal des Terrasses de Bistrots.

 

L’histoire pourrait être une simple histoire d’amour banal, ordinaire, où le héros rencontrerait une femme qui quitterait tout pour lui, vivrait avec lui, construirait sa vie, pour ensuite la déconstruire, et la finirait de manière heureuse dans une espèce de fin heureuse qui ressemblerait alors à une bluette.

 

Elle pourrait être simple. Si l’écrivain n’avait pas pris le risque de la rendre, en soi, différente de tant d’histoires d’amour communes. Car, c’est bien d’amour dont il s’agit dans chaque page de ce livre, d’amour profond, d’amour passionné pour les femmes, mais aussi d’amour filial que le narrateur éprouve pour Marie, la fille de la femme aimée à laquelle il s’adresse et qui se prénomme Anne.

 

Traversant Paris, porté par les mots et le souffle de la passion amoureuse, il nous fait visiter chaque coin de la capitale.

 

Chaque endroit devient un lieu de culte amoureux, un lieu de rencontre, un lieu d’invention, un lieu où, comme sur un fil qui relierait tous les points de rendez-vous, se déroulerait l’intrigue et donnerait sens et vie à celle-ci.

Chaque endroit devient surtout un emplacement de mémoire, de souvenirs passés, présents et futurs. Le narrateur aime follement la nouvelle femme rencontrée, Anne, mais reste halluciné par son amour passé, Sophie, la femme qui l’a quitté avant cette nouvelle rencontre, cette femme rousse, aux grand yeux verts qui habite et rend touchant le livre et lui donne toute sa dimension.

 

En effet, ces Terrasses de Bistrots sont aussi et pourrait-on presque dire, avant tout, un livre sur le deuil, sur la mort d’un être aimé, sur l’accompagnement dans la mort et sur la reconstruction après la perte.

 

Jean-Paul Croizé à, aucun moment, ne sombre dans le pathos, dans les clichés sur la maladie, la mourance, la souffrance liées à la perte. Bien au contraire, il donne une formidable envie de croire et d’espérer que tout ne finit pas quand l’autre vous quitte définitivement, brutalement. La mort ne sépare pas, elle rapproche à jamais ceux qui s’aiment, nous fait-il comprendre.

 

« Ceux qui sont morts en vous aimant, et que vous aimiez aussi au moment de cette séparation restent toujours près de vous. Et ils continuent à vous apaiser après leur départ, tant leur douceur vous répète ce qu’ils ont compris au moment de disparaître : ce ne sera pas parce que vous aimerez quelqu’un d’autre, plus tard, dans une autre vie qui n’est plus la leur, que vous les oublierez, que vous cesserez de les appeler. »

 

 

De Sophie à Anne, en passant par Marie la fille de Anne et par Zora la baby-sitter de la petite fille, de la Rhumerie à Montmartre, Jean-Paul Croizé nous dévoile avec une sensibilité jamais mièvre et avec une plume quasi féminine, un panel de sentiments et un voyage dans un Paris habité par le sentiment amoureux.

 

De l’intrigue, il ne faut rien dire. Ce livre est à lire assis à une des terrasses d’un café. En retenant son souffle, comme on ouvre une lettre d’amour. Oui, le « tu » employé par l’auteur est bien une lettre d’amour que Jean-Paul Croizé envoie à tous ses lecteurs, une lettre résolument optimiste, même si par moments la douleur est présente.


Cette lettre, en effet, ne tombe jamais dans la sensiblerie et laisse le lecteur sur un rivage où, soudain, il fait bon d’aimer et d’être aimé.


Pour approfondir

Editeur : Ovadia
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782363921253

Les Terrasses Des Bistrots

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