Tout ce qui m'est arrivé après ma mort : une journée particulière de Ricardo Adolfo

Cécile Pellerin - 16.06.2015

Livre - exil - Littérature portugaise - langue étrangère


C'est une étrange aventure qui arrive à Brito et à sa famille. Immigré clandestin sur une île dont on ne connaitra jamais le nom, où les habitants s'appellent cousins et parlent "en des termes mystérieux", il s'égare suite à un incident dans le métro, un certain dimanche. Incapable de retrouver le chemin de sa maison, ignorant la langue de son pays d'exil, soucieux de ne pas se faire repérer par les autorités qui pourraient l'expulser, le voilà bien incapable d'obtenir de l'aide.

 

" La vie continuait à se passer en version originale non sous-titrée."

 

Une situation qui, en moins de 24 heures, vire à l'absurde plus qu'au désespoir et qu'il raconte avec une tonalité drôle, parfois grinçante mêlée d'autodérision.

 

Au fur et à mesure de ses tentatives pour retrouver son chemin, des rencontres hasardeuses qui le mettent en danger, des échanges animés avec sa femme Carla, des décisions improbables ou des hésitations embarrassantes, Brito livre des bribes de sa nouvelle existence d'immigré, les conditions d'intégration difficiles de la famille, l'impression d'être transparent dans ce pays. "C'était mon lot sur cette île. J'étais là, à côté, presque sur leurs genoux, et personne ne me voyait […] Et ce n'était pas une fois de temps en temps. C'était en permanence." Malgré tout, l'espoir d'une vie nouvelle et meilleure l'anime.

 

Pour sortir  de cette situation insensée, il décide alors, selon sa logique,  de faire le contraire de ce qu'il pourrait trouver sensé. Vous suivez ? Peu importe, le mieux est de vous laisser porter par le style énergique et assez loufoque, de sourire face aux situations insolites et farfelues dans lesquelles il s'embourbe, de ne surtout pas chercher une quelconque rigueur pour cadrer l'histoire, d'accepter de vous perdre avec lui et de connaître, le temps d'un livre, l'agitation et la confusion qu'un émigré peut ressentir lorsqu'il débarque, démuni et solitaire dans un pays où tout lui est étranger.

 

 

Sous ses aspects gentiment déjantés, l'histoire narre, l'air de rien mais avec  réalisme,  le quotidien éprouvant de la famille étrangère, le minuscule logement ("le frigo nain s'ouvrait depuis le lit […] la commode se changeait en table à manger […] le tapis de cuisine donnait sur la chambre de salon") le travail de misère ("frotter ou aspirer"),  la pauvreté ("en général les restes du dîner servaient au déjeuner. Le petit aimait bien manger dans mon assiette et comme ça on évitait d'en salir deux") l'indifférence ou le mépris de certains, le mal du pays, les regrets, l'inquiétude, etc. sans jamais sombrer dans la tragédie. "Par règle ou par habitude, [Carla et moi] on ne pleurait jamais en même temps".

 

Des dialogues détonants,  des expressions percutantes, un rythme vif, de la gaieté et de l'ironie pour une histoire renversante et sans concession, au final. De quoi dérouter parfois mais sans intention d'abandonner un instant "cette famille si sympathique maudite par le langage étranger".


Pour approfondir

Editeur : Métailié
Genre : litterature...
Total pages : 176
Traducteur : elodie dupau
ISBN : 9791022601382

Tout ce qui m’est arrivé après ma mort

de Ricardo Adolfo

« Et je n’arrivais pas à m’habituer à vivre mort.  » Brito a émigré clandestinement dans une ville qu’il ne connaît pas et dont il ignore la langue. Un dimanche après-midi, à la suite d’un incident dans le métro, après avoir fait du lèche-vitrine avec sa femme et son fils, il se perd et ne retrouve plus le chemin de sa maison. Le retour chez lui s’avère impossible. Après une nuit d’errance dans la ville, où il ne rencontre que des étrangers qui ne parlent pas sa langue, il se rend compte que s’il ne demande pas de l’aide il se perdra pour toujours, mais que s’il le fait il détruit tout son rêve d’une vie nouvelle. En moins de 24 heures l’auteur explore ce que signifie vivre en ayant l’impression d’être immigré à l’intérieur de soi-même, ce qui s’avère plus difficile que l’exil.   « Une lecture sublime ; un Portugais qui écrit des livres comme Almodóvar fait des films.  » Néon (Allemagne)

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