Nicolas Fouquet : de roi de France à plus rien, en 24 heures

Audrey Le Roy - 17.08.2015

Livre - Nicolas Fouquet - roi France - Vaux Vicomte


Le 17 août 1661, Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, organisait une splendide fête en son château de Vaux-le-Vicomte. La légende urbaine veut que ce soit à cause de cette réception que le Roi Soleil le fit emprisonner. Il est avéré qu’en fait Louis XIV avait décidé d’arrêter le surintendant depuis déjà plusieurs mois. Plus que son sublime château, le Roi – mais surtout Colbert – lui reprochait de se servir dans les caisses de l’État, et pire encore, de construire une place forte à Belle-Île-en-Mer, ce qui pouvait être aisément considéré comme crime de lèse-majesté. 

 

 

 

La fête de Vaux n’a donc pas été la cause de l’arrestation de Fouquet mais il est incontestable qu’elle en a accéléré l’accomplissement ! Le château de Vaux-le-Vicomte reste pour tout le monde intrinsèquement lié à Nicolas Fouquet, pourtant ce monument n’en était qu’au début de son histoire. 

 

Les éditions Flammarion viennent de publier (le 8 juillet dernier) un magnifique coffret sur l’histoire du château intitulé Un jour à Vaux-le-Vicomte. Et qui mieux que les actuels propriétaires des lieux pouvaient nous la conter ? Alexandre, Ascanio et Jean-Charles de Vogüé sont issus d’une famille qui règne sur le domaine depuis 1875 !

 

C’est le 1er février 1641 que le jeune Nicolas Fouquet, âgé alors de vingt-cinq ans, achète la terre seigneuriale et vicomté de Vaux. Il « devenait ainsi seigneur et vicomte de Vaux, avec droit de haute, moyenne et basse justice sur cette terre noble. » (Fouquet, Jean-Christian Petitfils), le domaine lui procurait, en outre, une rente régulière.
Ce n’est qu’en 1656, une fois la Fronde passée, qu’il commença à y faire de grands travaux.


Fouquet avait un goût très sûr en matière d’art et s’entoura des meilleurs artistes pour faire bâtir sa demeure. Ce livre nous apprend que les jardins étaient créés avant la construction même de l’édifice. C’est le grand jardinier André Le Nôtre qui s’en chargea. Fouquet confia les plans du bâtiment à l’architecte Louis Le Vau et la décoration d’intérieur à l’artiste peintre et décorateur Charles Le Brun. Tous ses hommes furent récupérés plus tard par Louis XIV pour la construction de Versailles.

 

Le château qui sort alors de terre rompt les codes de l’époque et éblouit par son équilibre et sa magnificence. C’est, toutefois, oublier, un peu vite, tout ce qui fût détruit pour en arriver là. Nicolas Fouquet n’hésita pas à faire raser le village de Vaux et pria les habitants de chercher domicile ailleurs. La beauté et l’enchantement sont à ce prix. 

 

Le 5 septembre 1661, Nicolas Fouquet est arrêté puis, à la suite d’un procès mémorable, condamné à perpétuité. Il meurt dans la prison de Pignerol le 23 mars 1680.


Madame Fouquet finit par vendre « les terres, seigneuries, château et vicomtés de Melun et Vaux-le-Vicomte » au maréchal Louis-Hector de Villars, le 29 août 1705.


Vaux-le-Vicomte change de nom et devient dès lors Vaux-Villars.

Madame la maréchale, qui était paraît-il, d’une très grande beauté, y tiendra régulièrement salon. De beaux et grands esprits aimeront s’y rendre, à l’image de Voltaire, pour ne citer que lui.


De Villars meurt en 1734, sa femme près de trente ans plus tard, c’est leur fils, le duc de Villars qui hérite du domaine. Hélas, ce dernier est criblé de dettes, il se sépare de Vaux au bout d’un an au profit du duc de Choiseul-Praslin, cousin du célèbre duc de Choiseul, ministre de Louis XV.


Les armes des Choiseul-Praslin figurent toujours sur le fronton du château. 

 

L’édifice traversera la Révolution Française sans encombre et restera dans la famille jusqu’en 1847, moment où un drame allait faire oublier ce lieu magnifique pendant près de trente ans : le sixième duc, Charles-Théodore, assassine sa femme de vingt-sept coups de poignard avant de se suicider, ce qui allait contribuer à déclencher une autre Révolution, celle de 1848, mais c’est une autre histoire. 

 

 

photographie Bruno Ehrs. "Un jour à Vaux-le-Vicomte", Flammarion Style & Design

Posted by Flammarion Style & Design on mercredi 1 juillet 2015

 

 

En 1875, les enfants du duc meurtrier décident de vendre le château. Il est mis aux enchères. Alfred Sommier, seul enchérisseur, l’obtient pour la modique somme de 2.275.400 francs-or. 

 

Et c’est une période méconnue de l’histoire du château que nous font découvrir ses descendants, car avouons-le à part l’épisode de Nicolas Fouquet, et le lit escamotable d’Alexandre Dumas dans Le Vicomte de Bragelonne, nous savons peu de choses sur ce monument qui reçoit environ 300.000 visiteurs par an.


Ainsi nous découvrons des photos de l’édifice pendant la Grande Guerre, apprenons qu’il a abrité un hôpital militaire, qu’entre 1914 et 1918, y ont été soignés 1.115 blessés, ce qui valut à Germaine Sommier d’être décorée de la croix de guerre par Clémenceau.

 

Le château ouvre ses portes au public en mai 1968, ironie du sort ? Il ouvre également ses portes au cinéma. 

 

Voici un livre élégant, riche et merveilleusement bien illustré par le photographe Bruno Ehrs qui a réussi la prouesse de capter la magie de Vaux-le-Vicomte. Un léger regret cependant (même si compréhensible au vu de la politique culturelle actuelle de notre pays), l’impression par moment que l’on s’adresse plus à un potentiel chaland qu’a un lecteur curieux de s’instruire.


Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre : monographie /...
Total pages : 192
Traducteur :
ISBN : 9782081331273

Un jour à Vaux-le-Vicomte

de Alexandre de Vogüé, Ascanio de Vogüé, Jean-Charles de Vogüé, Bruno Ehrs

Une histoire du château, de son architecture et de ses transformations, et une promenade dans ce lieu emblématique de l'art du XVIIe siècle.

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