Comme Dieu le veut : tendresse et misère à l'italienne, Niccolo Ammaniti

Mimiche - 17.05.2013

Livre - Italie - enfance - inégalité sociale


Dans une petite ville d'Italie, Cristiano Zena traîne ses quatorze ans entre Rino, son père, chômeur, buveur sans soif, une force de la nature avec un gueule grande comme ça, des tendances franchement fascistes et une très dure manière d'éduquer son fils et Quattro Formaggi et Danilo, des copains de Rino qui ne valent pas beaucoup mieux que ce dernier.

 

Quattro Formaggi doit son surnom à son amour immodéré pour les pizzas. Mais depuis que, au cours d'une partie de pêche, un malheureux lancer sur une ligne électrique l'a électrocuté, il n'est plus vraiment lui-même et construit dans son appartement crasseux, une crèche avec tous les jouets perdus par les enfants - ou discrètement volés - dans les squares de jeux : du soldat de plomb au dinosaure !!!

 

Danilo, lui, rêve de Teresa qui l'a quitté après la mort de leur petite Laura. Un accident terrible. Qui a tout brisé en lui. A cause de son chagrin et de sa culpabilité. Alors Teresa est partie et a refait sa vie avec le garagiste. Teresa que Danilo rêve à tout instant de reconquérir. En lui offrant une petite boutique en plein cœur de la ville. Qu'il achètera avec l'argent du distributeur de billets de la banque. Dont il prépare avec minutie le casse depuis des mois. Et qu'il va réaliser avec succès avec Rino et Quattro Formaggi. Aucun doute possible la dessus.

 

A part les putes que Rino ramène parfois à la sortie d'une soûlerie pour se soulager, pas de mère, aucune femme dans le paysage de Cristiano. Et les filles du collège, comme Esmeralda ou Fabiana, sont trop jolies pour le regarder autrement que pour se moquer de lui !

 

 

C'est une extraordinaire fresque sociale que Niccoló AMMANITI dépeint dans ces pages noires d'une Italie moderne qui crée la misère à côté de l'extrême richesse.

 

Une société débridée où tout va à vau-l'eau et où les anciens repères n'ont plus cours : la force du travail, la valeur de la parole, le respect. Une société qui rejette sans un regard celui qui ne veut ou ne peut rentrer dans le rang. Une société qui sécrète en son sein les ferments des toutes les explosions individuelles par l'alcool, la drogue, les extrémismes, l'un, l'autre ou tous rassemblés !

 

Ce sont des horreurs qui se succèdent et pourtant Niccoló AMMANITI ne dérape jamais, ne déborde jamais dans le glauque, le vulgaire ou le voyeurisme. Les scènes sont posées, esquissées puis il nous emmène voir ailleurs. Au retour, l'état des lieux est seulement suggéré : il n'y a rien de plus à en dire, ce n'est pas l'important.

 

L'important, ce sont les gens, leurs vies, leurs errances, leurs soucis, leur quotidien implacable, leurs peines et leurs joies.

 

L'important, c'est que les fleurs puissent encore s'épanouir sur cette mer de déchets.

 

L'important, c'est qu'un petit garçon faisant fi de ses peurs, des ces pensées qui le terrorisent, soit capable de réaliser un miracle pour sauver son père.

 

Sous les pavés, la plage ! Une plage dont le sable de Niccoló AMMANITI est très fin !