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Comment tirer sa révérence : un tueur à gages à la retraite

Xavier S. Thomann - 30.10.2013

Livre - Ecosse - Polar - Glasgow


Rien ne va plus pour Franck MacLeod, le tueur à gages le plus réputé du milieu de Glasgow. Il vient de subir une opération à la hanche et a du mal à retrouver toutes ses forces. Et voilà que sa première mission après sa convalescence échoue lamentablement. Pour un tueur à gages, c'est impardonnable. Franck va devoir, bien malgré lui, réfléchir à son futur. Ce qui n'est pas chose facile quand on a consacré les quarante dernières années de sa vie aux organisations criminelles les plus redoutables. Dans Comment tirer sa révérence (Liana Levi), Malcolm Mackay nous explique comment il est difficile pour un tueur à gages de prendre sa retraite en toute tranquillité. 

 

Ce ne devait être qu'une formalité, une remise en jambes pour le légendaire Franck : descendre Scott, un dealer ambitieux. Sauf que Franck se fait piéger comme un débutant. Son patron, Peter Jamieson, décide d'envoyer une gâchette de secours pour le sauver : Calum Maclean. Calum est un petit jeune en qui Franck croit beaucoup ; à juste titre, puisqu'il s'acquitte parfaitement de cette mission de sauvetage périlleuse. 

 

Par la même occasion, la réputation de Franck, fruit de longues années de travail dans l'ombre, est sérieusement entamée. C'est alors que l'histoire peut vraiment commencer. Franck n'est pas le seul concerné par son avenir. Jamieson a du mal à se résoudre à mettre sur la touche celui qui était encore il n'y a pas si longtemps son plus fidèle allié. Young, le bras droit de Jamieson, sait qu'il faut agir vite et regrette le sentimentalisme de Jamieson. Calum hésite sur l'opportunité de monter en grade en remplaçant Franck. Et l'inspecteur Fischer aimerait bien quant à lui mettre la main sur Franck pour faire plonger une fois pour toutes Jamieson. 

 

Le décor et les ambitions de chacun plantés, Malcolm Mackay s'applique ensuite à sonder l'âme de ses personnages. Car l'action est avant tout psychologique, exit les fusillades et autres courses poursuites, Mackay met en avant les dilemmes et les hésitations de ces hommes. On en apprend aussi un rayon sur le mode de réflexions des gangsters écossais : « Jamieson prépare sûrement l'assaut contre Shug Francis. Il le faut. Il aurait déjà dû le faire. Shug a menacé Jamieson, donc Jamieson doit l'écraser sous peine de passer pour une lavette. » 

 

Le narrateur utilise à merveille son regard omniscient pour décrypter le jeu d'échecs qui se déroule entre les voyous : chacun cherche à anticiper en analysant au mieux la situation avec l'espoir d'en tirer parti. On tergiverse beaucoup dans Comment tirer sa révérence. Calum par exemple. La mise à l'écart de Franck est tout à son avantage. Mais voilà, il ne veut pas être trop lié à l'organisation de Jamieson, il préfère travailler en free-lance. Mais d'un autre côté... etc. 

 

Ajoutez à cela qu'il n'est pas tous les jours facile d'être tueur à gages : la solitude fait partie intégrante du métier. Même les plus grands ne sont pas à l'abri d'un petit questionnement existentiel. Heureusement, les interrogations de Franck et de Calum ne versent jamais dans le ridicule. Après tout, on a affaire à des hommes froids et intelligents : l'action prend toujours le pas sur le doute. 

 

Le talent de Mackay réside à saisir tous les enjeux de cette période de crise. On est plus proche parfois du drame psychologique que du polar en bonne et due forme. Ce d'autant plus que l'action est ramassée sur une période de quelques jours. Tout ceci est fort bien mené et l'absence d'action (ou la monotonie qui se dégage aussi des scènes de filature) ne se ressent pas vraiment à la lecture. Une autre raison de lire Comment tirer sa révérence : le livre a reçu il y a peu le Prix du Meilleur Polar Ecossais.