Concerto pour phrase, nouvelles bulgares

Clément Solym - 12.06.2008

Livre - concerto - phrase - nouvelles


La Bulgarie, très honnêtement, hormis une vague réminiscence laitière, n’a jamais laissé dans mon âme d’enfant un souvenir impérissable. Et encore, pour le coup, je me demande si l’industrie des produits laitiers n’a pas complètement biaisé ma mémoire au point de me faire accroire que les fameux yaourts, dit goût bulgare, n’ont pas été ma seule expérience avec ce peuple. Mais quelle expérience ! Imaginez retrouver un véritable morceau de Bulgare à l’intérieur…

Enfin, HB Éditions a entrepris le courageux parcours qui consiste à proposer des écrivains totalement inconnus – mais tous primés d’une récompense pour le texte présenté ou une autre partie de leur œuvre – et de les rassembler dans un recueil de nouvelles, pas toujours folichonnes.

Plutôt que de vous dire à quel point 80 % des textes m’ont déplu au point que je n’aurais pas attendu la page fatidique avant d’envoyer le bouquin ad patres, au fin fond de ma cheminée, dans ma résidence secondaire non loin de Chambord, je préfère autant pointer deux textes particulièrement touchant et agréable.

Le premier Sang de taupe de Sdravka Evkimova, raconte comment un marchand d’animaux va finalement se tailler les veines pour offrir, à une mamie croyant dur comme fer que le sang de taupe peut guérir son petit-fils, un peu de son sang à lui. Et le faire passer pour du sang de taupe…Évidemment, toute la ville sera chez lui le lendemain… « Chacun avait un malheur à la maison et un canif dans la main. »

Voilà, ça c’est percutant, drôle, bourré d’une sorte d’ironie tragique qui respire à plein nez la maîtrise du récit court autant qu’incisif.

Signalons aussi Oh, Henry ! de Gueorgui Guspodinov, variation drôle et touchante sur le thème de Noël qui ne manque pas sa cible. Un homme est à la recherche d’une histoire – ou d’un compagnon – pour passer la soirée du gros Barbu rouge…

La toute première mérite également un bref mot : Groupe de lecture n°31. Une femme, lectrice professionnelle au service de l’État est payée pour lire tout ce que les auteurs autorisés par le gouvernement produisent, et délivre des autorisations sous forme de feuillets verts, bleus ou jaunes selon qu’ils sont acceptables, mitigés ou impropres à la lecture. C’est dans celle-ci que l’on trouve une théorie sympathique sur la page 368, élément déclencheur qui ruine tout le texte.

Voilà, voilà… Pourtant, je ne me sens pas en mesure de dire que les dix-sept nouvelles de ce recueil ne sont pas bonnes. D’abord parce qu’il y a entre les auteurs et moi un traducteur, voire plusieurs, et que ces derniers, quelle que puisse être leur bonne foi, corrompent forcément l’esprit du texte. Oui, c’est une mauvaise excuse. Mais une mauvaise traduction a également autant le don de détruire un texte qu’un des fameux feuillets jaunes de notre lectrice du groupe n° 31. Ensuite, je ne suis manifestement pas sensible aux thèmes abordés. Et c'est rien de le dire.

Alors sans remettre en cause la totalité des récits, ni imputer la totale responsabilité de cette échec à la traduction, je vais juste m’accuser de n’être pas attiré par ce qui est raconté, ni par les qualités littéraires des auteurs.

Reste que l’on se trouve face à une carotte, comme l’on dit en géologie, de ce qui peut être produit par des auteurs bulgares et qu’à ce titre, la chose est intéressante pour qui n’a jamais eu l’occasion de se frotter à cette littérature.

Intéressante. Mais pas convaincante.


Crédit photo La Bulgarie