Condamnée d'avance, comment s'envoler avec le chat ailé?

Mimiche - 20.03.2019

Livre - Jenni Fagan La sauvage - Métailié litterature Ecosse - jeunesse services sociaux


ROMAN ETRANGER - Alors que la voiture des flics avance vers Panapticon, Anaïs Hendricks ne cesse de ressentir des démangeaisons insolites, dont les menottes qui lui ont été passées rendent l'apaisement difficile. Des « têtes de nœuds » l'accompagnent au centre où elle doit être accueillie après trois jours de garde à vue : la flic dans le coma qu'on l'accuse d'avoir agressée et les tâches de sang sur ses vêtements ne plaident pas pour elle.
 


Seule l’absence formelle de preuve (et la flic dans le coma plutôt que morte) la met provisoirement à l’abri de l’incarcération. Mais pas de l’assignation dans cette maison qui accueille des adolescents, voire des enfants, qui, comme elle, n’ont pas été gâtés par la vie, qui ont été malmenés par elle et qui, à cette épreuve, ont opposé tous les moyens possibles pour s’en sortir : la violence, les drogues, l’alcool, le sexe… Tout ! À Panapticon, chaque résident traîne avec lui les vicissitudes que son passé lui a infligées.
 
Et les travailleurs sociaux n’ont pas les moyens de leur apporter tout ce qui, peut-être, pourrait leur permettre de sortir de l’engrenage qui a toutes les chances de les mener, filles et garçons confondus, soit en prison, soit sur le trottoir quand ce n’est pas la disparition définitive. Soit parce que les jeunes les repoussent, soit parce qu’ils n’en peuvent plus eux-mêmes, soit parce qu’ils n’y croient plus et ne vivent que dans l’attente d’un autre boulot. Ailleurs. Loin de ces problèmes quasi insolubles. Désespérants autant que désespérés.
 
Et pourtant, tous ces jeunes portent en eux, d’une manière ou d’une autre, l’espoir de s’en sortir. L’espoir d’une issue. Une vraie.
 
Des rêves qui hantent Anaïs comme tous les autres : s’envoler avec le chat ailé, gargouille sur le portail d’entrée, qui n’attend qu’elle pour l’emmener à Paris dévorer les livres de toutes les bibliothèques, pour échapper à la surveillance qu’exercent sur les pensionnaires ceux qui ont fait d’elle un sujet de laboratoire qu’ils martyrisent sans cesse.
 
D’ailleurs, si la flic dans le coma meurt, c’est sûr qu’elle sera accusée même si le sang qu’elle avait sur elle est celui d’un pauvre écureuil à moitié écrasé par une voiture et qu’elle avait ramassé.
 
 
Ce n’est définitivement pas dans une partie de plaisir que Jenni Fagan nous entraîne tout au long de ce roman très dur.
 
Dur, parce que ce n’est pas facile de faire face à des vies aussi cabossées pour lesquelles sortir du cercle infernal est une gageure. De familles d’accueil, possiblement maltraitantes, en amitiés qu’il aurait mieux valu éviter, de violences en viols, de prostitution adolescente en trafic de drogues de toutes sortes, c’est à une sorte de catalogue des horreurs que sont confrontés ces jeunes qui n’ont plus grand-chose sur quoi prendre un point d’appui stable.
 
Dur, parce que les travailleurs sociaux paraissent totalement impuissants à tenter de redresser ces vies tordues, ces vies qui ont eu le temps de prendre tellement de mauvais plis. Dépassés malgré leur bonne volonté. Ou abattus face aux échecs répétés. Ou démobilisés face à la montagne des besoins qu’ils pressentent et auxquels ils n’arrivent à fournir de réponses.
 
Dur, parce que les services de police ont trop facilement tendance à considérer ces jeunes comme des délinquants définitifs, dont le passé justifie toutes les suspicions et toutes les accusations y compris les plus graves. D’un seul coup d’œil. Sans circonstances atténuantes. Sans bénéfice du doute. Même si ce ne sont pas les raisons qui manquent à leur attitude, car ce ne sont pas à des saints qui ils ont à faire.
   
Dur, parce que les riverains de ces établissements s’acharnent à vouloir les repousser loin, toujours plus loin, surtout pas à proximité de chez eux. Surtout pour ne pas avoir ces enfants perdus offrant le spectacle de leur malheureuse vie, sous leurs fenêtres, à leur progéniture protégée.
 
Dur, parce que, entre eux, ces jeunes sont capables des pires trahisons.

Dur, parce que, devant eux, le chemin pour s’en sortir est plus étroit que le chas d’une aiguille.
 
Dur, parce que le livre montre comment cette société qui est la nôtre ne se donne pas les moyens de trouver des réponses assez tôt dans la vie de ces jeunes pour leur offrir autre chose que l’échec programmé irrévocablement.
 
Et pourtant, c’est un livre poignant, sensible, à fleur de peau qui a le mérite de ressasser encore et encore la terrible question : pourquoi ?
 
 
Jenni Fagan, trad. Anglais (Ecosse) Céline Schwaller – La sauvage – Métailié – 9782864249665 – 12 €
 


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Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre :
Total pages :
Traducteur : céline schwaller
ISBN : 9782864249665

La sauvage

de Fagan, Jenni

Anais a connu de nombreuses familles d'accueil et elle a l'impression d'être un sujet de laboratoire. Mais elle a 15 ans, est intelligente, belle et insoumise. C'est surtout une enfant qui a été abandonnée, ou pire, par tous les adultes qu'elle a rencontrés.

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