Confession d'un inverti-né, Anonyme

Clément Solym - 11.12.2007

Livre - Confession- - inverti-ne - Emile-Zola


Il paraît que tout comportement déviant de la sexualité « naturelle » est aberrant. Ces mêmes comportements condamnés au XIXècle siècle étaient pourtant considérés comme de véritables modes de vie dans la Grèce Antique. Deux écrits authentiques nous rapportent l’expérience et le quotidien de deux jeunes « invertis » qui témoignent de leurs difficultés, de leurs interrogations et de leurs envies à une époque de tradition et de morale chrétienne encore très poussée.

La démarche d’étudier ce « phénomène » est une véritable révolution pour l’époque. Il s’agit de s’interroger sur les causes de cette sexualité longtemps assimilée à de la perversité animale, à la dégénérescence d’une société. Est-ce une question de pulsion ? Être homosexuel - pédéraste comme on le qualifiait alors - est-ce héréditaire ? Des ersatz de réponses à ces questions ont pu être apportés par la démarche d’auteurs littéraires pour qui le sujet méritait d’être introduit, et par de nombreux médecins pour qui il fallait trouver un remède pour « ces pauvres âmes perdues dans les méandres de leur perversité ».

Les Confessions d’un inverti né sont, à l’origine, la compilation des lettres d’un jeune dandy italien envoyé à Emile Zola. Pourquoi lui ? Pourquoi pas un autre ? Emile Zola est justement un de ces auteurs qui s’intéresse à ces pratiques jusque là jugées corrompues. Lui ne porte pas de jugement, il compatit, il s’interroge… Dans La Curée, son personnage Maxime est décrit « comme un garçon qui aurait dû être une femme », mettant ainsi en évidence la question de l’identité et du corps. Très précurseur à l’époque, le transgenre, naître homme et se sentir femme, et inversement. Ces lettres sont reprises par le Docteur Georges Saint-Paul, ami de Zola, qui écrit sous la quasi-anagramme du Dr. Laupts. A la lecture de ces lettres, chacun se rend compte de l’atmosphère d’une époque : une certaine intolérance religieuse, sociale, pécuniaire… insistant évidemment sur le mal-être et la différence de celui qui se confesse.

A la lecture de ce premier témoignage, on ne peut toutefois s’empêcher d’avoir ce sentiment désagréable de voyeur. Certains passages sont très explicites et posent la question de la censure. On imagine aisément les lecteurs de l’époque, atterrés, voire même écœurés devant de tels écrits décrivant des actes dont certains n’imaginaient même pas la possibilité. Une petite astuce à l’époque pour passer outre les censeurs consistait à traduire certains passages en latin, avec l’argumentaire de l’étude scientifique. Peur du scandale ? Certainement, au vue de l’époque marquée par les conventions sociales.

Là où nous reconnaissons une vie difficile faite de honte, de solitude et de tristesse pour le narrateur, l’homme de science de l’époque y voit le délitement d’une famille, la désorganisation de la société voire la mort de l’humanité. De pareils propos aujourd’hui seraient condamnés sans hésitation – Christian Vanneste, sénateur du Nord peut vous en parler. Toutefois, ce qui choque, c’est que le jeune narrateur soit lui-même convaincu des interprétations de l’époque se qualifiant de rebut de la société, succombant toutefois toujours à la tentation. A la lecture de ses aventures, Oscar Wilde semble présent à chaque fin de phrase.

Quant aux Confidences et Aveux d’un Parisien rapportées par Henri Legludic, il a été publié après le succès de cette première étude du Dr Laupts. Ici le jugement des contemporains est sans retenue : on y explique l’homosexualité par l’hérédité et par la dégénérescence congénitale, parfois les femmes sont même mises en accusation pour leur éducation trop laxiste. A la découverte de ce second témoignage, la perversité du genre humain atteint des sommets. L’individu utilisé comme marchandise voilà qui n’est pas nouveau. Mais c’est surtout l’indifférence et l’intolérance abritées par les classes les plus aisées qui dépeint le mieux un siècle qui peut se caractériser par son hypocrisie.

D’un côté, cette société bien pensante baignée de la douce chaleur familiale ; de l’autre, l’envers du décor, les bas fonds, les maisons closes, les prisons, les coulisses des grands salons... Les protagonistes, eux-mêmes victimes, sont tout aussi bourreaux ; en témoigne le manque de scrupule lors de la mort tragique de l’amant.

 Bien sûr, il y a des tentatives vers « la normalité » qui échoue invariablement. Les personnes évoluant autour de ces jeunes hommes sont pourtant aveugles à leur différences, à leur détresse, à leur besoin d’amour… sentiment qui m’a fois n’a pas vraiment changé depuis si on vit homo hors de toute métropole urbaine moderne…

Ce petit recueil apparaît comme un témoignage d’une époque difficile pour vivre son homosexualité, d’autant plus que ce genre de particularité était vite exploité. Ce que l’on retiendra dans l’ensemble, c’est cette énergie à se battre pour ses passions, pour l’amour parfois et pour la liberté de mener sa vie comme et surtout avec qui on l’entend.


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