Contact, Cécile Portier

Clément Solym - 05.08.2008

Livre - Contact - Cecile - Portier


C’est une ménagère de moins de cinquante ans. Elle a une maison, deux voitures, deux enfants, un mari… un amant. Ces deux-là sont appelés du même nom : l’autre. Les enfants n’ont pas de nom. Ni les lieux. Cette femme ne sait plus où elle en est. C’est la « mid-life crisis ».

Cette dépression qui transpire, dégoutte de chaque page, poisse nos mains et teint de gris tout ce qui est évoqué. Il y a bien des souvenirs d’une époque joyeuse et amoureuse qu’on a épinglés sur le mur, le long de l’escalier, comme des petits papillons morts. Et puis, à la fin, des paysages de vacances sur le bord de mer, entre supermarchés et ronds-points anonymes.

Les premières pages n’ont rien d’excitant. Un style plat. Absolument neutre. Une existence banale. Absolument ennuyeuse. « L’amour lui a faussé compagnie », dirait Bashung, laissant place à une vie sans désir. Les enfants ont grandi. On ne leur parle plus, à eux non plus. Le plus âgé s’enferme et ne partage rien de ses découvertes. La plus jeune, aux cheveux filasse, nous ennuie au point qu’on préfère écouter la radio, le matin, à sa conversation…

Alors pour décider de la suite de son existence, cette femme à qui l’autre reproche de « ne jamais savoir ce qu’elle veut », prend le volant, comme d’autres jetteraient des dés. Choisir l’un, choisir l’autre, comme si la seconde solution était un changement de vie. Mais voilà, la route est ici métaphore de notre vie moderne, dont la tyrannie impose un départ, un itinéraire, des étapes, une destination. On pensait que « la carte n’était pas le paysage ».

Mais pour ce personnage, point d’échappatoire. Il n’y a pas de solution autre que de choisir l’un des deux « autres ». Et quand elle se perd sur un chemin, c’est que cette route n’existe pas. Seules les grandes artères sont inscrites sur la carte routière. Il en est de même pour sa vie. Pas question, par exemple, de tout plaquer et de vivre SANS HOMME ! On a envie de lui crier que ce serait une solution. Mais elle n’entendrait pas. Engluée qu’elle est dans des schémas tellement conventionnels.

La narratrice est malade de ce mal propre à bien des héroïnes du roman français, une sorte de bovarysme contemporain. Notre Emma moderne ne regarde pas par la fenêtre de son appartement normand. Non, elle s’enferme dans une voiture propulsée à 130 km à l’heure et guette au travers du pare-brise des chemins de traverse qu’elle ne prendra pas de toute façon. Alors qu’importe la fin ? On la connaît déjà.

Ce court premier roman de Cécile Portier est agaçant pour la femme au milieu de sa vie que je suis car on y lit sa propre existence, son propre enfermement, ou celui de certains jours. À cet agacement des premières pages succède cependant un intérêt tout littéraire pour cette métaphore (un peu caricaturale) de notre vie moderne gouvernée par les liens et les représentations.

La lecture est tendue vers l’aboutissement : qui y a-t-il au bout de cette route ? L’auteur nous réserve une surprise qui met en perspective tout son projet littéraire. On regrette un peu que le projet impose des choix qui desservent un peu la crédibilité du personnage.

Belle lecture d’été, le temps d’un trajet vers les vacances. Votre mari au volant. Installez-vous à la place du mort et découvrez votre propre aliénation.


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