Contribution à la théorie du baiser, Alexandre Lacroix

Clément Solym - 19.09.2011

Livre - contribution - theorie - baiser


C’est un livre qui s’aspire, qui se goûte, organique et sensuel.
Depuis quand n’avait-on trouvé pareille langue à se mettre sous la dent ? Suffisamment longtemps pour en avoir oublié la saveur.


Toujours intrigué par la signification tangible des apparences, Alexandre Lacroix sonde le corps. Avec ce dernier livre, le voilà qu’il passe le doigt sur nos lèvres, closes, puis ouvertes. Il capture les baisers et les regarde vibrionner sous son microscope, comme s’ils étaient porteurs de vie, de symboles, révélations, chargés de cellules en mouvement incessant. Les corps cachent les pensées. Tout l’art de l’auteur philosophe est de réconcilier ces deux entités, pour que chacune retrouve son sens.

Alexandre Lacroix écrit à fleur de peau, ce qui donne une sensation de limpidité évidente. Le sentiment amoureux, sa grâce éphémère, sa durée, son intermittence, rien d’autre ne compte. Capiteuse, la langue de l’auteur raconte le cycle de floraison et de fanaison, les tremblements d’effroi, les effusions d’amour, à travers les baisers qui marquent une vie.

L’histoire est bâtie sur des chapitres personnels et collectifs, entrecoupés de passages plus documentés sur l’histoire du baiser. Il aurait pu écrire « de l’utilité du baiser », puisque au-delà de l’histoire de l’occident qui se cache derrière celle du baiser, il prouve avant tout qu’il n’a rien d’anodin.

Que met-on derrière un bisou, un baiser, une bise ? Il livre au fil des pages, non pas en marge de ses fictions mais intrinsèquement liées à elles, ses réflexions sur le baiser comme moyen de « connaissance » de l’amour et de l’homme. Le baiser, son histoire, son élasticité formelle, son efficacité à sonder le réel ou à en saisir les ambigüités et les incertitudes.

Les livres d’Alexandre Lacroix sont une inlassable auscultation de la matière humaine. L’individu complexe, versatile et contradictoire, occupé à aimer, à agir parfois à rebours de ses désirs, ou par eux, égaré et trompé.
Pour l’auteur, on ne choisit apparemment pas les livres qu’on écrit. Un jour, l’un s’impose, ne laissant aucune place pour autre chose.

Il en a déjà fait cette expérience : revenir, se souvenir, transformer en littérature ses années, succomber au récit, raconter son vécu tout en privilégiant la distance. Mettre en mots et en mémoire le temps qui s’effiloche, lui donner corps, vie.

Et Alexandre Lacroix, en écrivant « je » réinvente le récit autobiographique, il lui offre une valeur universelle.
Ici, en attrapant une pique de Kierkegaard qui dans le Journal du séducteur souhaitait écrire ce traité, l’auteur avance à tâtons, redoublant d’acuité, développant une extra-lucidité toujours sidérante.

On aimerait toujours rester dans ses livres, tant il parvient à passer du monde réel au monde cérébral en deux trois mots, d’une mémoire (corporelle) inépuisable à un présent de la plénitude. On en ressort toujours différent.
Merci Alexandre Lacroix, pour cela, on vous embrasse.


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