Corps, sauvagerie, hantises, humanité... À n'en plus finir

Auteur invité - 10.01.2020

Livre - Alain Veinstein - poète auteur questionnement - écriture brouillon jour


Qui ne se souvient encore des Nuits magnétiques, et du Jour au lendemain, sur France Culture. Deux émissions de radio qui ont marqué leur temps et bercé toute une génération d’auteurs en quête de reconnaissance et de gloire. Alain Veinstein, un homme aux multiples facettes. 



 

L’introduction de la pelle ! 


Producteur d’émissions radio, galeriste malchanceux dans les années 90, romancier intrépide également, mais avant tout poète. Auteur d’une œuvre considérable dans ce genre littéraire injustement oublié des grands médias. Propagateur du blanc, et dompteur des mots secs et puissants, côtoyant la mort avec une certaine jouissance, sur une ligne de rupture incidemment. 

N’écrit-il pas d’ailleurs avec une souveraine intention : « Pour ne pas perdre le premier geste j’écris », avec la conscience du poète qui tente d’adopter des mots qui se refusent à lui « dans les brouillons du jour », comme si créer oblitérait inconsciemment le sens du langage abrupt et insicif, tourné vers la splendeur du blanc. Nulle dérobade donc qui détruirait aveuglément la sensibilité ou plutôt théoriserait son postulat. Un simple avertissement en somme. 

Le poète n’est jamais tout à fait maître de ses mots. Il en est même parfois l’esclave. Maudit à tout jamais ! Utopique dans sa vision, sans résistance. Procédant par sauts et allant par-devers eux dans un jour sans distance et empreint de nostalgie. Alain Veinstein est en effet un être nostalgique où la douleur du vécu parfois s’achemine vers une incertaine présence qui n’est certainement pas une glorification de l’âme, mais plutôt une mise au pilori. 

Faire l’épreuve de soi-même, au gré des circonstances de la vie, renvoie toujours l’homme à la terre comme un ultime recours au renoncement. Creuser encore avec la pelle, jusqu’au fond du trou, ou alors plus raisonnablement rester à la lisière du sol presque impuissant, pour éviter tout accès malencontreux à la sourde morbidité de l’entendement. 

D’ailleurs combien de poètes contemporains se sont heurtés à l’inexprimable, quitte à y laisser leur peau, mais vraisemblablement dans un souci de vérité. « L’aberration s’accomplit une fois, les excès du jour m’ont initié », écrit-il encore dans Répétitions sur les amas. 
 

Comme à n’en plus finir !


De ce point de vue, le roman chez Alain Veinstein, n’est précisément pas une aberration, mais plutôt une excroissance. Là où il peut en apparence se raconter plus librement. Ce qui ne signifie nullement un éloge de la fuite. Ce serait méconnaitre l’auteur qui a toujours affronté la tragédie de l’existant de plein fouet et ce, quel que soit le style requis, sans se soucier des revers de l’infortune et encore moins du succès. 
 
Et si le roman n’est jamais tout à fait l’expression du pire, au point parfois de s’en déprendre, il marque au moins de manière perceptible une transition nécessaire dans la langue. Il tranche avec la langue noblement usitée et amèrement consentie de la poésie, pour une narration plus linéaire. Pas plus sereine, mais plus offerte au sein d’une respiration moins saccadée et pulmonaire. 

À n’en plus finir, est le titre de son dernier roman ou fiction plus justement, et qui pourrait laisser croire que le drame se poursuit aussi pesant que récurrent. Possible en effet, car Veinstein aime emprunter les chemins de traverse surtout lorsqu’il n’y a rien à contempler dans une banlieue solitaire presque étourdie. Alors on regarde par la fenêtre, l’œil un peu perdu ou momentanément inquiet ; des sortes de signaux épars et sourdement intuitifs, reflets de l’âme en peine, accidentellement diluée dans le brouillard de souvenirs inféconds. 

Un livre sorti de l’ombre en somme, qui tranche avec le temps, publié pour la première fois en 2001 et finalement oublié. La question des origines qui sans cesse revient hanter l’auteur. Le père et la mère, et ses tensions qui ne laissent pas en paix et se transforment en fable comme une sorte d’exorcisme avec en soubassement le saisissement des corps et la violence inscrite au cœur des humanités. 

La hantise aussi de l’accomplissement. Mais lequel d’ailleurs ? Et qui n’a rien de parcellaire, mais qui conjugue sans s’abasourdir, un régime imparfait de juxtapositions où l’auteur se replie malgré lui, résigné, mais debout. « Celui qui ne fait pas entendre sa voix, tout le monde lui tombe dessus. Aujourd’hui dès que j’ouvre la bouche, je prends le ton de la confession, parle sous le sceau du secret, ce qui n’arrange pas les choses ». Tout est dit ! 

Alain Veinstein – A n'en plus finir – Seuil – 9782021442731 – 18 €


Jean-luc Favre Reymond est un écrivain, poète et critique français né en 1963 en Savoie. Il a publié de nombreux ouvrages. Traduits tout ou partie en huit langues. Il figure dans le Larousse de la Poésie française. Édition établie par Jean Orizet en 2007. Il a publié Tractacus logico-poeticus. Suivi d'Epistémé en septembre dernier (editions 5 Sens - 9782889491155)


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