Coups de soleil, de Valérie Morales-Attias

Laurence Biava - 20.03.2017

Livre - Valérie Morales-Attias - Coups de soleil - Casa Express Editions


Valérie Morales Attias est écrivaine. Elle partage sa vie entre Casa et Paris. Coups de soleil, son quatrième livre est sélectionné pour le prix Sofitel Tour Blanche. Elle dédicace son livre au Salon du Livre de Paris le samedi 25 mars sur le stand Oiseau Indigo

 

 


Coups de soleil est d’abord un roman d’amour écrit à la première personne. Valérie Morales-Attias y dresse le portrait d’une femme libre, aimant comme elle l’entend, dépassant les clivages sociaux, et réfutant le regard du colonisateur sur le colonisé. L’histoire démarre le 5 juillet 1962, jour de l’Indépendance de l’Algérie. L’héroïne est dans la ville, à terre, entre la vie et la mort, et le sol est jonché de cadavres. Le premier quart du livre — en particulier — livre des passages saisissants et très émouvants sur ces histoires douloureuses des temps de la colonisation.

 

Puis, très vite, de l’autre côté du miroir algérien, de l’autre côté des rives de la Méditerranée, une autre histoire à la croisée des chemins s’installe et s’écrit. D’abord, c’est celle du déracinement avec la terre matrice, puis celle de l’arrivée en France. Et d’un mariage, avec un infidèle et aisé politicien en vue.

 

« … Oui, j’ai adoré cette France, les garçons et les filles, grappes de jeunesse pâle, toujours en retard au boulot, jeunesse poseuse et goguenarde. Moi, j’étais à l’heure et tout marchait merveilleusement. Tout roulait dans cette usine, chacun son job, sa chaîne, son contremaître. Rien ne pouvait se passer. C’est que le hasard n’existait plus, noyé sou la perfection d’une organisation impeccable. Au début, il faut bien le dire, on me regardait de travers, malgré moi. À chacun de nos gestes, ils nous repèrent, n’est-ce pas ? … »

 

Le livre est formidable en ce qu’il théorise énormément sur les affaires de domination entre les hommes et les femmes et sur l’effroyable discrimination qui en découle. Pourquoi ? Parce qu’ici, les rapports de domination entre les genres sont combinés à des rapports de domination entre les cultures et les classes sociales. Le mari ne cesse d’humilier sa femme en lui rappelant indéfiniment ses origines arabe et populaire. Mais l’héroïne n’a pas peur du choix, des choix. Elle refuse de souffrir, elle ne s’assujettit pas à la peur, elle sait ce qu’elle veut. Farouchement.

 

À l’égal de son mari, qui multiplie les conquêtes, elle décide de prendre un amant et s’affranchit des poids des fumeuses tromperies.. Se vengeant ainsi de la sorte, et provoquant une rupture ensuite, elle renvoie non seulement aux calendes grecques les humiliations qu’elle a subies dans sa vie conjugale, mais elle retrouve une dignité en ruinant la carrière politique de son époux.


Dans cette quête illusoire, l’héroïne, faite de son passé, de son présent, de son futur, écoute sa voix intérieure et revient 50 ans plus tard sur les traces de ses premiers ébats amoureux. L’intérêt du lecteur croît au fil des pages. La narratrice retrouve le premier homme qui lui recouvrait autrefois le visage avec une extrême bienveillance, afin de la prémunir. Là, ce qu’elle veut faire, dire, représenter, accomplir, ne dépend définitivement plus des autres… et du désir, justement, « le vrai patron de la Méditerranée », il en est longuement question ici. C’est tout l’un ou tout l’autre : désir assouvi ou désir refoulé ? Les ambivalences de la société algériennes sont si sensibles sur ce point, et les femmes, si « frileuses » ! L’auteur en parle bien.

Coups de soleil est un texte très sensuel, charnel même, à la forme à la fois ouatée, ronde et féroce. L’écriture est enroulée, et le fil narratif rudement bien mené. Maîtrisé.

 

Valérie Morales-Attias a écrit un livre sublime et fort, qui mêle l’Historique algérien au travail complémentaire d’introspection et d’observation du reflet des âmes. C’est ce qui renforce son allure mélancolique. L’auteur affirme également des vérités bien senties sur les sociétés orientales et occidentales, ravivant sainement les rapports conflictuels entre les individus, y compris dans le rapport des femmes aux femmes. Un livre acéré qui a un certain relief, et possédant une fin d’une rare poésie. Coups de soleil est un roman qui dépoussière, qui fouette le sang, qui fait du bien. Une réussite totale. 


Pour approfondir

Editeur : Casa-Express
Genre :
Total pages : 164
Traducteur :
ISBN : 9789954611524

Coups de soleil

de Morales Attias, Valerie(Auteur)

Coups de soleil de Valérie Morales Attias est d'abord un roman d'amour, une quête illusoire d'une ville et d'un amant, une mystification d'Eros qui conduit la narratrice à revenir sur les traces de ses premiers ébats amoureux. Paradis, parce que perdu, moi qui suis sans lumière à jamais (Cortazar). Le déracinement a conduit la narratrice et sa mère de l'autre côté de la méditerranée : " Les premiers jours à Paris, ma mère marchait le nez en l'air et regardait le ciel plombé avec stupeur. Elle n'en revenait pas, trompée une fois de plus dans ses croyances, cette vieille enfant tentait d'agir comme si de rien n'était ". Ensuite la narratrice trouve un travail, épouse le patron de l'usine. Sa mère s'appelle Blanche... " Chez nous un nom pareil, ça ne pouvait pas exister ". ...Valérie Morales-Attias brosse un portrait au vitriol de cette bourgeoisie provinciale comme ce mari, Pierre Henri qui s'est marié " contre ses parents, leurs amis, contre ce curé qui roulait des yeux de passion car jamais vu personne comme mon ardente maman. Contre les amis des grandes écoles... ". Ou encore : " Il est persuadé, le malheureux, que Sade est l'auteur des Liaisons dangereuses. Trompé dans ses littératures, Pierre-Henri se rattrape au cinéma. Ses mèches claires savamment ébouriffées, il s'entraîne, le bougre, à rouler des yeux vicieux comme John Malcovitch... " Après ça le divorce en attendant le retour refoulé. "

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