medias

Courtisans, ministres, amis : Marie-Antoinette racontée par ses proches

Audrey Le Roy - 30.01.2017

Livre - histoire Marie Antoinette - Louis XVI France - rois Révolution française


Les éditions Grasset viennent de sortir dans leur fameuse collection « Les Cahiers Rouges », Marie-Antoinette… racontée par ceux qui l’ont connue. Qui sont-ils ? Des courtisans, des ministres, des amis…

 

La baronne d’Oberkirch, tout d’abord, qui à travers ses Mémoires sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 donna de précieux renseignements sur la reine. Madame Vigée Le Brun, peintre officielle de Marie-Antoinette et amie ; le duc de Croÿ qui nous raconte, dans son Journal, les magnificences du mariage du dauphin, futur Louis XVI avec la dauphine ; Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette ; la fidèle duchesse de Tourzel qui était avec le couple lors de leur tentative de fuite, et d’autres encore.

 

Marie Antoinette Versailles

Kimberly Vardeman, CC BY 2.0

 

 

De nombreux mauvais procès ont été faits à Marie-Antoinette. L’appeler « l’Autrichienne » d’abord, comme on la surnommait pendant la Révolution Française. Elle était l’arrière-arrière-petite-fille de Louis XIII. Les monarques qui ont gouverné la France étaient, certes consanguins, pour la plupart, mais européens avant l’heure. La mère de Louis XVI était Marie-Josèphe de Saxe, une Allemande, celle de Louis XIV, une Espagnole… Comme me disait, il n’y a guère, un ami proche, « les chats n’ont pas le monopole des généalogies troubles ».


On lui a reproché ses fréquentations. Arthur Chevallier, qui a réalisé et préfacé cette anthologie, nous le dit : « Ses proches ont une responsabilité dans sa mauvaise réputation. Elle détestait les vieilles dames de la cour et s’entourait de jeunes gens beaux, frivoles et sympathiques ». Mais est-ce un crime que de vouloir s’entourer de jeunes gens quand on est jeune soi-même. La jeunesse a toujours agacé les plus anciens, c’est toujours et encore le cas.

 

Est-il encore besoin de réhabiliter cette reine ? De nombreuses biographies s’en sont déjà chargées. Il n’en reste pas moins intéressant, pour ne pas dire passionnant, de lire ce que l’on en pensait d’elle alors.

 

Que nous disent-ils ? Qu’elle était plus gracieuse que belle. Blonde aux yeux bleus, pleine de vie, elle charmait toutes les personnes qui croisaient son chemin. Mariée à 15 ans au dauphin, d’un an son aîné. Le futur Louis XVI était mal dégrossi, timide et gauche avec les femmes, il ne ressemblait en rien aux deux monarques précédents.


Ils sont sacrés Roi et Reine de France en 1774, elle a 19 ans, lui 20 et n’ont toujours pas consommé leur mariage. Ce n’est que dans « les derniers mois de 1777 », comme le raconte Mme Campan dans ses Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, que le mariage sera consommé, soit sept ans après leur mariage (la cause était liée à une malformation des organes génitaux de Louis XVI, qu’il ne fera donc opérer qu’au bout de sept longues années… pas pressé le garçon).


Résumons, arrivée à 15 ans dans un pays qu’elle ne connaît pas, loin de sa famille, de ses amis. Mariée à un jeune homme maladroit qui essaiera pendant sept ans d’en faire sa femme et vivant dans un palais où la rigueur du cérémonial ne laisse que peut de place à l’improvisation… et l’on devrait réellement s’étonner qu’elle recherche la compagnie de jeunes gens avec lesquels elle puisse s’amuser ? Parmi ces jeunes gens, se trouvaient, entre autres, Mme de Polignac, dont nous vous avons parlé cet été, Mme de Lamballe, le Prince de Ligne et puis le fameux Comte Fersen. Amants supposés (chacun se fera son opinion sur le fait qu’il y ait eu relation sexuelle ou non) mais sans aucun doute amoureux, deux lettres « qui n’ont jamais été publiées en volume » avant, nous le prouvent, si l’en était encore besoin.

 



Marie-Antoinette avait un goût très prononcé pour la musique, la baronne d’Oberkirch nous apprend, toujours dans ses Mémoires, qu’elle était « fort bonne musicienne et élève du chevalier Gluck ». Elle aimait aussi le théâtre, elle jouait elle-même la comédie avec le frère du roi, le comte d’Artois, avec qui elle s’entendait merveilleusement. Elle se rendait fréquemment à Paris pour voir jouer des pièces ou aller à l’Opéra. Cependant, tout en aimant les arts, nous ne pouvons pas dire qu’elle fût très clairvoyante sur le potentiel de certaines pièces, en effet, d’après Mme Campan, elle trouva Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, « mal conçue et dénuée d’intérêt ». Pour sa défense, la monarchie y est assez mal traitée, par ailleurs, d’aucuns considèrent cette pièce comme l’un des premiers actes de la Révolution française… peu surprenant, en reconsidérant la chose, qu’elle ne la goûta guère.

Parmi les nombreux reproches qui lui ont été faits, figure celui de son ingérence dans les affaires du royaume et il semblerait, cette fois-ci, qu’elle aurait effectivement mieux fait de ne s’intéresser qu’à ses toilettes. S’il a été prouvé qu’elle correspondait avec sa famille pendant les heures sombres de sa vie, dans l’espoir d’une aide finalement assez légitime, il s’avère également, comme l’écrit le baron de Besenval dans ses Mémoires, que Louis XVI avait du mal à remettre sa femme à sa place. Ainsi quand elle avait une idée en tête elle finissait, semble-t-il, par arriver à ses fins. Elle réussira à faire évincer de duc d’Aiguillon même si, comme le dit le baron, « elle ne parvint cependant à son but qu’au bout de six semaines ». Il en sera de même pour Necker avec les résultats que l’on sait pour la suite des événements.

 

Bien sûr, la fameuse Affaire du Collier est très longuement relatée dans cette anthologie. Nous ne reviendrons pas dessus, nombreux sont ceux qui, historiens ou romanciers, se sont emparés de cette histoire rocambolesque où la réalité a de maintes fois dépassé la fiction. Et bien qu’elle soit complètement innocente, cette histoire finira de discréditer la reine aux yeux de peuple.

 

Les 5 et 6 octobre 1789 furent les jours où les Parisiennes allèrent chercher le roi et la reine (« le boulanger, la boulangère et le petit mitron ») pour les ramener à Paris et ainsi ne plus manquer de pain, croyaient-elles. Désormais logés aux Tuileries, un premier projet de fuite se profile mais sans le roi. Jacques-Mathieu Augeard, marquis de Buzancy, nous rapporte qu’après bien des préparatifs, la reine renonça finalement à son projet en déclarant : « Toute réflexion faite, je ne partirai pas : mon devoir est de mourir aux pieds du roi. » La jeune femme éprise de liberté est devenue une reine forte et somme toute assez lucide sur ce qui se passe, ainsi après avoir accepté les termes de la Constitution dira-t-elle : « Nous succomberons à leur tactique perfide, mais très bien suivie ; ils démolissent la monarchie pierre par pierre. »

 

Marie-Antoinette racontée par ceux qui l'ont connue

 

La suite est bien connue, la fuite et l’arrestation à Varennes, l’assaut des Tuileries le 10 août 1792, la prison du Temple, la mort de Louis XVI, la Conciergerie, son procès, dont on retrouve ici les comptes rendus, et le réquisitoire qui se conclut sur une condamnation à mort le 16 octobre 1793 :  « À midi, étant arrivée sur la place de la Révolution, elle devint beaucoup plus pâle qu’elle n’avait été jusqu’alors ; elle monta ensuite sur l’échafaud avec assez de courage : après sa mort, l’exécuteur montra sa tête au peuple, au milieu des cris mille fois répétés de vive la république. »


Pour approfondir

Editeur : Grasset Et Fasquelle
Genre :
Total pages : 300
Traducteur :
ISBN : 9782246862413

Marie-Antoinette racontée par ceux qui l'ont connue

de Collectif

Cette anthologie rassemble exclusivement des textes écrits par des personnes qui ont connu la plus célèbre des reines de France. Les auteurs en sont, entre autres, sa portraitiste officielle, Elisabeth Vigée Le Brun, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de Louis XV, le duc de Choiseul, certaines de ses plus proches amies, comme la princesse de Lamballe, sa femme de chambre madame Campan ou la gouvernante des enfants de France, la duchesse de Tourzel.Ces témoins de première main racontent Marie-Antoinette comme personnage privé tout autant que comme personnage public. Ils révèlent son intimité, sa parole, ses goûts, mais aussi la nature de ses rapports avec le roi, ses enfants, et ses passions amicales comme celle qu’elle a eue pour la duchesse de Polignac. On découvre comment elle a réagi aux scandales qui l’ont touchée, en particulier la fameuse affaire du collier. On aimait la qualifier de reine sotte et indigne du prestige Versailles ? On la voit défendre la monarchie avec courage et habilité. C’est aussi l’occasion de découvrir des anecdotes rarement relatées, comme sa toute première danse dans la Galerie des glaces, après son mariage avec Louis XVI, ou encore son opiniâtreté lors des interrogatoires par les révolutionnaires, avant son procès, à la prison du Temple. Et nous la suivons dans son calvaire jusqu’à la guillotine.Voici Marie-Antoinette charmante et irritante, frivole et appliquée, ingénue et déterminée, souvent naïve, parfois calculatrice, toujours attachante.En annexe, et pour la première fois en volume, on trouvera les deux lettres décryptées en 2016 de Marie-Antoinette à Axel de Fersen : « Je vous aime à la folie et (…) jamais, jamais je ne peux être  un moment sans vous adorer. »L'anthologie est réalisée et préfacée par Arthur Chevallier, déjà auteur dans les Cahiers rouges des anthologies Napoléon raconté par ceux qui l'ont connu et Le Cahier rouge des chats. 

J'achète ce livre grand format à 9.80 €

J'achète ce livre numérique à 19.99 €