Ces rois de France aux numéros complémentaires

Audrey Le Roy - 29.06.2015

Livre - rois France - Histoire numérotation - Mérovingiens Capétiens


Michel-André Lévy, auteur de Louis I, II, III… XIV… L’étonnante histoire de la numérotation des rois de France, est perplexe : il vient de se rendre compte que Charles le Gros, qui a régné sur la France de 884 à 887, n’était pas numéroté.  Charles II le Chauve régna de 843 à 877, Charles III le Simple régna de 898 à 922, et au milieu se trouve Charles le Gros. 

 

Louis incroyable histoire de la numération des Rois de France

 


L’embonpoint supposé de ce roi (oui je dis bien supposé, car aucun selfie n’atteste que ce roi fut effectivement gros) explique t-il, plus que la calvitie ou la niaiserie, que ce roi n’ait pas reçu de numéro ? Admettez-le, il doit y avoir une explication plus rationnelle et c’est ce que Michel-André Lévy va essayer de démontrer en rédigeant cette très intéressante enquête sur la numérotation de nos têtes couronnées. 

 

Avant tout, il nous prévient, méfiez-vous des traductions ! 


Dans la traduction de l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours (540-594), le roi Clotaire (584-629) est noté Clotaire II, ce qui nous laisserait supposer que les rois étaient déjà numérotés au VIe siècle. Erreur ! Il suffit de lire l’édition originale (Historia Francorum donc) pour se rendre compte que Gregorius Turonensis (oui oui) n’avait pas écrit Clotaire II, mais « Clotharius iunior », comprenez Clotaire le Jeune. Convaincus ? 

 

D'ailleurs, on apprend que la numérotation des mérovingiens n’est pas contemporaine de leur règne. Ils ont régné quand, au fait, les Mérovingiens ? Bonne question, n’est-ce pas ? La dynastie mérovingienne commence avec Clovis (465 – 511) et laisse place aux Carolingiens en 751.

 

Or, en poursuivant cette enquête, il apparaît que les tout premiers signes de numérotation sont apparus vers le XIe siècle de façon très diffuse et plus régulièrement à partir du XIIIe siècle, certainement sous l’impulsion de Saint Louis (dynastie des Capétiens). Saint Louis a régné de 1226 à 1270, et il souhaitait réorganiser son royaume en modernisant le fonctionnement de son administration. En 1250, il commande, au moine Primat de Saint-Denis, les Grandes Chroniques de France, elles sont d’une importance primordiale dans l’historiographie médiévale. Primat n’y numérote quasiment aucun des rois dans le corps même des chroniques, mais il dresse, dans une sorte d’annexe, une liste où quelques-uns de ces derniers sont bel et bien numérotés.

Parmi les précurseurs de la numérotation cités dans ce livre, nous trouvons Bernard Gui (1261 – 1331). Oui, vous l’avez reconnu, c’est bien l’affreux inquisiteur présent dans le roman Le Nom de la Rose de Umberto Eco, sauf que sa vie n’est pas vraiment la même que dans la fiction. Passionné d’histoire, il a proposé une liste des rois de France qui se veut exhaustive. Certes il y rajoute un Philippe (couronné du vivant de son père, mais mort avant de régner), ignore royalement Charles le Gros (tiens, tiens), mais dans l’ensemble « la numérotation qu’il a proposée a fini par s’imposer, elle est devenue la norme ».

 

C’est Charles le Sage (1338 – 1380) qui va se donner le premier un numéro et ça sera le V (souvenez-vous Charles IV a régné de 1322 à 1328). 


Comment sait-on qu’il a été numéroté dès son vivant me direz-vous ? Et bien grâce à sa bible où il a écrit « Ceste bible est à nous, Charles le Ve de notre nom, roy de France », de même il est le premier à avoir son numéro sur son tombeau « Ici gît Charles le Quint, sage et éloquent, fils du roi Jean, qui régna seize ans, cinq mois et sept jours… ».

Pour reprendre l’auteur, « l’action de Saint Louis a favorisé l’émergence de cette mise en ordre. Charles le Sage (pour nous aujourd’hui Charles V) va lui donner un tour plus définitif. » L’arbre généalogique des rois sera désormais plus facile à établir… quoique.

 

Pourquoi le comte de Provence, frère de Louis XVI, a-t-il choisi de se nommer Louis XVIII. Pourquoi Louis-Napoléon a-t-il décidé de légitimer le fils de Napoléon Ier, l’Aiglon, qui n’a pas régné pour ainsi devenir Napoléon III ?  

À travers cette riche enquête, on s’aperçoit que l’attribution (ou l’éviction, car oui vous en saurez plus sur l’histoire de Charles le Gros) des numéros de nos rois ainsi que de leurs prénoms a souvent été motivée par des raisons autres que la simple volonté de les classer. Politique et religion n’y sont pas étrangères. On regrettera, cependant, de nombreuses répétitions qui rendent le tout parfois un peu confus. 


Pour approfondir

Editeur : Jourdan
Genre : histoire du...
Total pages : 268
Traducteur :
ISBN : 9782874663291

Louis I, II, III... XIV ; l'incroyable histoire de la numération des Rois de France

de Michel-André Lévy

Qui a numéroté les rois de France ? Malgré les apparences, la question est tout à fait sérieuse, et il est étonnant qu’elle n’ait pas été posée auparavant. Il ne faut pas croire en effet que les numéros soient apparus dès qu’un roi a porté le même nom qu’un de ses prédécesseurs. En réalité, pendant des siècles, les rois ont été nommés sans le numéro que nous leur connaissons. Saint Louis était ainsi pour ses contemporains le roi Louis et non pas Louis IX. Pourtant Louis XIV était connu de son vivant comme Louis XIV. Que s’est-il passé entre-temps ? Qui est à l’origine de cette numérotation ? Et puisqu’il a bien fallu alors numéroter rétroactivement les rois des siècles passés, sur la base de quelles connaissances et selon quels critères l’a-t-on fait ? Ces questions n’ont pas de réponse simple, et la manière dont cette nomenclature s’est organisée est encore mal connue. Les numéros finalement adoptés par l’Histoire officielle ne correspondent pas toujours à la réalité des règnes telle que nous pouvons la reconstituer et c’est pourquoi on trouve dans nos généalogies des rois sans numéro. C’est en s’intéressant à l’un d’entre eux – Charles le Gros – que Michel-André Lévy a constaté que la numérotation des rois de France était une question non encore résolue. Il s’est alors lancé dans une véritable enquête pour reconstituer sa mise en place. Il rend compte de ses investigations d’une manière alerte et nous fait parcourir l’Histoire de France avec un regard spécifique sur la manière dont elle a été écrite. En effet, ce qui semble être un simple point de nomenclature dissimule des enjeux politiques et historiques majeurs. La numérotation des rois se révèle un objet de réflexion étonnamment enrichissant.

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