Cubes, Yann Suty

Clément Solym - 02.10.2009

Livre - cubes - Yann - Suty


Alors..., comment calculer le périmètre d'un carré ? Oui, facile : côté par quatre. Et la superficie ? Côté par côté, ou côté au carré bien vu. Alors, plus compliqué : l'aire d'un cube (sans regarder sur Wikipédia...) ? Ah, on trime ? Eh bien, c'est six fois celle d'une de ses faces, donc six fois côté a u carré. Et pour finir avec cette gymnastique, le volume ? C'est une arête au cube... Cubes...

Alexis et son voisin, notre narrateur, habitent à B. petite ville où le Duke est devenu le centre des attentions : ce milliardaire, pas vraiment excentrique, mais auréolé de faits légendaires est l'attraction mystérieuse des deux enfants. Ils inventent ses aventures, le sauvent de mille dangers... Ils jouent. Jusqu'au jour où ils parviennent à pénétrer, depuis la forêt, dans l'enceinte du parc : la propriété du Duke s'offre à eux, mais avant tout, des cubes. Gigantesques. Et fascinants.

Bon, ils n'ont que 9 ou 10 ans, mais fascinants tout de même. Et notre narrateur va passer sa vie à repenser à ces cubes, en dépit des remontrances de ses parents qui le récupéreront auprès des gardes du Duke. Une autre attirance forgera sa vie : celle exercée par le Duke. Obsessionnel qu'il va en devenir. Et au fil des années, l'attraction ne faiblira pas. La vie le séparera d'Alexis, et un accident de train les rapprochera, il ratera des études de médecine pour se lancer dans la finance avec succès, il se mariera même avec une Italienne, et parviendra à retourner vivre à B., mais jamais ni les cubes ni le Duke ne le quitteront.

Yann Suty, © Stock
Et à tout hasard la diagonale d'un cube, se calcule comment ?

Je demande ça, parce que d'une les aquariums, vivarium et autres bocaux carrés dans lesquels poussent des bestioles de tous genres, ont besoin d'un minimum d'entretien, et qu'il vaut mieux savoir quelle longueur de plantes vous pourrez déployer dans votre Cube. Parce que viendra le moment où vous aussi, en regardant un dé, un rubik's cube, ou même un glaçon et tout objet ayant de près ou de loin une forme cubique – et pire ! des faces transparentes – vous allez focaliser toute votre attention, oublier le monde autour de vous et devenir complètement monomaniaque.

Si, si. Façon syndrome d'Asperger, mais sans le côté génie. Et inutile de faire intervenir le thé au rhum de Pythagore pour vous en convaincre : si l'écriture est honnête, sans prétention littéraire abusive ni débordements liés à un premier roman, l'histoire de Cubes est simplement indigente. On saute d'années en années pour suivre un narrateur apathique, limite débonnaire, voire pusillanime – une sorte de Frédéric Moreau, tiré d'une Éducation sentimentale fade, et qui nous ressasse son mal de vivre et ses angoisses métaphysiques limitées, très limitées, même attendu que le bonhomme ne doit pas avoir une once de culture.

Si dans les dernières pages, on sent enfin poindre un début d'intérêt (p.275 sur 290...) avec une dimension fantastique esquissée, qui aurait au moins relevé l'ensemble – à condition d'être bien mené, mais inutile de l'évoquer, on n'en verra pas le commencement. Ces Cubes exerçant un pouvoir magnétique sur le narrateur, ils auraient gagné à vraiment devenir magnétiques, dévoiler le futur, le passé, les possibles ; quelques voix de sirènes qui s'en échappent, un rayonnement gamma qui rend la végétation fan de Carla Bruni... N'importe quoi pour épargner la vie morne, longue et pesante d'un narrateur raté, dévoré par une expérience faite dans son jeune temps. Et ce n'est pas l'évocation d'un mythique artistie inconnu, concepteur de ces cubes, qui donne plus d'atours au livre.

Et s'il fallait voir dans ce livre une métaphore, évoquant les traumatismes de l'enfance qui nous suivent au fil de nos parcours ; une allégorie de ce qui nous retient aux années de découverte et comment elles conditionnent nos vies ; une parabole pour retracer les infinies probabilités d'une existence et de son chaos, autant que du faisceau de coïncidence qui l'anime... alors inutile d'en faire 300 pages. Une cinquantaine aurait suffi. Maintenant, pour un premier roman, 50 pages, c'est dur...

Dans tous les cas, restons dans les cubes : si vous vous ennuyez cet après-midi avant de partir en week-end, voilà de quoi passer le temps.



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