medias

D'aventures en Errances : la vie de Vitus Jonassen Béring

Mimiche - 02.01.2020

Livre - Olivier Remaud - Errances - steppes forêts Tartarie


ESSAI  – Étonnant ! La première page de la biographie de Vitus Jonassen Béring commence par cette phrase surprenante : « Jamais un marin n’avait autant marché que lui. » Vraiment ? Au bout de deux cent vingt-six pages de la biographie que lui consacre Oivier Remaud, rien ne paraîtra plus vrai au lecteur.



 
Comment imaginer un marin, à pied, cheminant sur des territoires à peine connus, à la rencontre de populations si éloignées de Saint-Pétersbourg, traçant une liaison terrestre de la capitale de Pierre 1er jusqu’aux terres lointaines du Kamtchatka pour, à la demande de l’empereur, cartographier les côtes extrêmes de l’Est de la Russie et tenter d’établir un lien encore inconnu avec le continent américain grâce à une expédition maritime au bout de cette longue traversée !? Tenter de remplir ces zones blanches des cartes du monde en ce début de XVIIIe siècle ? Apporter aux cartographes des réponses concrètes, aux politiques des certitudes territoriales, aux scientifiques de tous crins des informations cruciales en botanique, ethnologie, marine, encore jamais consignées jusqu’alors ?

Tout cela, vous allez le découvrir à la lecture de cette biographie de Vitus Béring qui se dévore comme un livre d’aventures au point d’en oublier parfois les souffrances des hommes et des animaux qui l’ont vécue !

Avant cette première phrase du livre qui m’a tant intrigué au tout début de ma lecture, une énigme ! La première partie est sous-titrée de coordonnées (latitude et longitude) sans l’ombre d’une clé pour en déchiffrer le sens. Piqué de curiosité, je me suis précipité derechef vers la seconde partie pour découvrir qu’elle est également accompagnée d’un sous-titre similaire sans plus d’explication ?! Point de troisième partie !?

Internet faisant bien les choses, j’ai pu localiser ces deux points : Horsens au Danemark et l’île de Béring au large du Kamtchatka dans le Pacifique Nord. Avant de découvrir les explications d’Olivier Remaud détaillées dans les notes de fin d’ouvrage... Au moins, « j’avais bon » !!!

La lecture du livre vous apprendra, si, comme moi, vous ne le saviez pas déjà, qu’il s’agit des lieux de naissance et de décès de celui qui donna son nom au détroit séparant l’Asie et l’Amérique !

Né, donc, danois, rien ne prédestinait Vitus Béring à une vie au service de la couronne de Russie. Toutefois, Horsens, situé au fond d’un fjord, avait un port, des bateaux, un accès à la mer ! Quoi de plus naturel que, passant tous ses instants de liberté à regarder vers le large, ce dernier ne l’ait pas attiré dans ses rets.

Les démêlés de son frère aîné Svend avec la justice ayant conduit leur père à prendre la décision d’envoyer celui-ci dans les colonies danoises du sud-est de l’Inde pour le faire oublier de la maréchaussée, lui éviter la prison et l’occuper dans les affaires familiales d’outre-mer, cette décision s’est accompagnée d’une autre qui a fait sortir Vitus de la léthargie dans laquelle il s’enfonçait et lui a donné plein d’espoir : il allait accompagner son frère. Et donc mettre les pieds sur un bateau !

En 1696, alors qu’il n’avait qu’à peine quinze ans, Béring, à qui « l’esprit de bibliothèque faisait défaut » allait trouver sur les bateaux et dans la carrière maritime, le moyen d’échapper à une « vie de cabinet » pour laquelle il n’avait aucun penchant.
 
Comment s’est-il ensuite trouvé au service de Pierre 1er, puis de Catherine 1ère, puis en train de marcher à travers la Russie (il a quand même effectué cette traversée trois fois entre Saint-Pétersbourg et Okhotsk : deux allers et un retour !), vous le saurez en lisant le livre passionnant d’Olivier Remaud qui, mille fois mieux que moi, vous entraînera dans la boue des terres qui dégèlent, dans les froidures sibériennes, dans des épopées dont nous ne pouvons, aujourd’hui, pas totalement prendre conscience des difficultés qu’elles pouvaient, à cette époque, représenter !

J’espère simplement vous avoir, non pas convaincus, mais au moins alléchés par cette aventure à la fin tragique que l’on connaît.

Un destin et un homme impressionnants racontés avec une verve remarquable pour décrypter une vie qui l’a été encore plus, même si l’histoire ne l’a peut-être pas conservé ainsi en mémoire.

Et c’est tout le mérite d’Olivier Remaud que de rendre à Vitus Béring (mais aussi à Anne, son épouse) l’hommage que mérite une telle vie de découvreur dont je retiendrai l’humanisme, le respect exempt de colonialisme, qu’il a affiché au contact des populations rencontrées lors de ces expéditions.

Olivier Remaud – Errances – Paulsen – 9782375020623 – 21 €


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.