Dans la musette du caporal, Jacques Perret

Clément Solym - 15.02.2012

Livre - Dans la musette du capora - Jacques Perret - Le Dilettante


Sept petits récits autobiographiques composent ce recueil élaboré par les petits enfants de Jacques Perret. Tous des textes parus dans différentes revues  dans l'immédiate après Guerre (la Deuxième Mondiale) mais qui couvrent aussi une partie de l'histoire familiale qui, comme d'innombrables autres, a été largement éprouvée par la Première.

 

Mais autobiographique ne veut pas seulement dire parler de soi. Jacques PERRET nous raconte surtout les autres. Comme dans « Pour Ramos » qui décline la vie et la mort d'un camarade de maquis dans les dernière heures de l'Occupation au fond de quelque vallée alpine. Un hommage à l'homme touché près de lui certes mais aussi à tous ces anonymes qui « ont repris leurs outils » ou « sont retournés à leur jardin » loin de ces « esbroufeurs de la dernière minute ».

 

Le ton est donné : une certaine conception de la fraternité à l'épreuve du maquis mais aussi de la captivité.

 

Dans « La Mort de Mon Grand Frère », l'auteur, encore, n'est qu'un faire valoir, trop jeune pour participer à la « Grande Guerre » d'où ne reviendra pas ce grand frère qui, revenu en famille lors de sa dernière permission, avait déjà perdu l'innocence dans le regard ou les gestes de connivence et de complicité qu'ils pouvaient partager avant son départ pour le front.


Un détour par l'enfer qui le dispute à l'absurde. Cent fois recommencé, ce carnage laissera durablement dans la désolation tant de familles européennes : « A l'Ouest, Rien de Nouveau… ».

 

De souvenirs de captivité en récits de pèlerinages, ce sont autant d'images d'un passé révolu que les moins de quatre vingt ans ne peuvent pas connaître et qui n'intéresseront pas grand monde aujourd'hui où tout est organisé pour que « les carnages d'hommes libres aient lieu désormais sans flafla ». Aujourd'hui où les révolutions comptabilisent des morts qui ne nous touchent pas car il n'y a que très peu de chances pour que nous connaissions leurs familles.

 

Certes, c'est un peu suranné. Certes, ces mots ont du mal à faire résonner quelque chose en nous mais ce sont des textes d'où est extirpée toute haine et qui ne gardent de la cicatrice que la douceur de la peau reconstituée par dessus le souvenir de la blessure. Loin des hymnes guerriers, il y a une belle langue qui nous parle de choses graves sans nous donner de leçon pour autant, sans « flafla ». Juste un témoignage qu'on peut goûter sans déplaisir.